ENVOYÉS A ROME
A MONSEIGNEUR
LE CARDINAL BENÏIYOGLÏO,
A MONSEIGNEUR
LE CARDINAL BENTIYOGLIO.
ONSEIGNEUR .
Je ne puis croire ce que M. Maynard m'a écrit de la bonté de votre Eminence. Seroit-il possible qu'elle eût admiré à Rome des orateurs et des poètes de province ? Aimeroit-elle si ardemment les choses médiocres , elle qui connoît et qui sait faire les excellentes P Elle loue donc jusqu'à notre charbon et à notre craie, quand nous essayons de contrefaire ses couleurs. Si nous représentons quelque ombre et quelque lueur de cette vive lumière , qui brille dans ses écrits , elle s'écrie avec joie que nous avons de l'avantage sur elle. Vous prenez plaisir , Monseigneur , à nous voir amuser le peuple avec nos fleurets ; vous faites cas de notre industrie et de notre adresse ; vous qui avez en votre puissance toutes les machines de la persuasion, et qui agissez sur l'âme des hommes, avec une force plus qu'humaine ; vous qui êtes entré par la parole , dans la confidence des princes , vers lesquels vous aviez été envoyé par le Saint-Siège , et qui avez changé auprès d'eux votre ministère en autorité. Il est
certain , et c'est un témoignage que vous rend la voix publique de la chrétienté, qu'en toutes les Cours où vous avez été nonce , vous êtes devenu favori; ne dis pas favori par l'extravagance de la fortune , par la fantaisie du prince, par un prodige du temps, mais par votre vertu , par votre éloquence, et par votre esprit. Après cela , Monseigneur , quelle apparence de chercher de l'esprit et de l'éloquence hors de vousmême, et de me demander mes dernières compositions , avec autant de chaleur que nous attendons les vôtres deçà les monts? Il faut néanmoins obéir, puisque votre volonté m'a été déclarée par M. Maynard. Je ne trouve point de résistance pour opposer à une si douce force ; des prières qui commandent si obligeamment que les vôtres, ne me permettent pas même de remettre mon obéissance à ime autre fois. Sans différer davanlage, ce sera. Monseigneur, par cet oïdinaire , que vous recevrez les deux discours, que vous avez particulièrement désirés.
Ce sont des discours de contradiction et de combat, dans le genre que l'école nomme polémique: et la nécessité, qui aguerrit les plus paisibles esprits, a porté le mien en cette occasion , au-delà de ce que je croyois qu'il pouvoit aller. Je sais bien qu'un galant homme qui a l'honneur d'approcher votre Eminence, lui a conté des merveilles de mes adversaires et de leurs forces; à ce qu'il dit, quiconque pourra défendre les passages qu'on attaque , pourra soutenir une armée royale dans un moulin et lui disputer un pont rompu. Yous verrez, Monseigneur, si j'ai lait ce que
( 379) le galant homme n'a pas estimé faisable j mais si ce que j'ai fait vous pouvoit persuader, je croirois que ce seroit beaucoup plus que d'avoir convaincu mes adversaires. Ce ne seroit pas seulement finir un procès , ce seroit empêcher de naître une infinité de procès, et l'arrêt d'un si grand juge imposeroit silence à toute la chicane présente et future. En attendant cette nou» velle faveur, que je me promets de votre justice et de mon bon droit , je prierai Dieu au désert pour la prospérité de votre Eminence, et demeurerai, avec le respect et la gratitude que je lui dois,
Monseigneur,
Son très-îiurable et très-obéissant serviteur, BALZAC.
A Paris, ce 1 5 juillet 1627.