ACTE II , SCÈNE XIV. 3oi
plaisir de in*c^tropier de toutes les manières possibles; allez au diable , Barbaro ! Barbe à I*eau ! et dites à votre impertinent maréchal-^ des-logis que, depuis mon voyage à Madrid, je suis exempt de loger des gens de guerre.
LE COMTE , à part, O del ! ficheux contre*-temps !
BARTHOLO
Ah, ah, notre ami, cela vous contrarie et vous dégrise un peu ? Mais n*en décampes* pas moins à Tinstant.^
LE COMTE, à part,
J*al pensé me trahir. (Haut.) Décamper!
Si vous êtes exempt des gens de guerre, vous n'êtes pas exempt de politesse peut-être ? Décamper ! Montres-moi votre brevet d'exemption ; quoique je ne sache pas lire , îe verrai, bientôt...
BAKTHOLO.
Qu'à cela ne tienne. II est dans ce bureau.
SX COMTE, pendant qu'il y va, dit, sans quitter sa plfice.
Ah ! ma belle Rosine!
ROSINE
Quoi , Lindor , c*est vous ?
3oa LE BARBIER DE SEVILLE.
Recevet au mmns eetVe leUre.
HOSlNfi.
Prenez gaf de , il a Ifes yeux sur nous.
LC c O'M t E.
Tirei votre mouchoir , je la laissera! tomber. {Il s'approcha.)
BARTHOLÔ.
Doucement, douceméht, seigneur soldat, ^e n*aime point qu'on re^vde ma'fommie db si près.
LE C OM9 tL.
'fille est votre femme ?
Bi^xrttot'O. - £h quoi donc?
LB co<Hir«.
Je i^us ai pri8'pMir^s<M-bisaafè«l paternel , maternel , sempiternel ; il y a au moite troB générations entre elle et vous.
BAHTH'OLO Ut Vitt pardhemih. ^ « Sur les bons et fiéètes ^tëmoigisa^es qml « nous ont étél'endus... »
LE COUTE donne im^edup éê main sout les parchemins , qui le» envtûe au plancher.
Est-ce que j*aib«M>i(i de tout «a variMige ?
A.CTE U , SCÈNE XIV. 3p3
BAïTHOXOt
Savez-vous bien, soldat, que si j*appell& mes gens , je vous fais traiter sur-le-champ comme vous le méritez?
LE COMTE
Bataille ? Ah , volontiers , bataille ! c*est jnon métier à moi ( montrant son pistolet de ceinture); et voici de quoi ieur jeter de la poudre aux yeux. Vous n'avez peut-être jamais, vu de bataille, madame?
E o s I lï E.
Ni ne veux en voir.
LE CQMTE.
Kien n^est pourtant ai^sî gai que bataille ; figurez- vous (poussant le, docteur) d'abord que ]*ennemi est d*un côté du ravin , et les amis de l'autre. (J Rosine f en lui montrant la let" tre, ) Sortez le mouchoir. ( Il crache à t^rre» ) Voilà le ravin , cela s'entend. ( Rosine tire son mouchoir ; le Comte laisse tçmber sa lettre entre elle et lui, )
BARTHOLO, se baissant.
Ah, ah...!
LE COMTE Za reprend et dit:
Tenez... moi qui allais vous apprendre ici les secrets de mon métier... Une femme bien
3o4 LE BARBIER DE SÉVILLE.
discrète , en vérité ! Ne voîlà-t-U pas un billet doux qu^elle laisse tomber de sa poche ?
BARTHOLO.'
Donnez , donnez.
LE COMTE
Dulcitfr, papa! chacun son afiaire. Si une ordonnance de rhubarbe était tombée de la vôtre... ?
a ô S I N E avance la main.
Ah ! je sais ce que c*est, monsieur le soldai. {Elle prend la lettre qu'elle caché dans la petite poche de son tablier. )
BARTROLO.
Sortez-vous, enfin?
LE COMTE
Hé bien ! je sors : adieu, docteur; sans rancune. Un petit compliment , mon cœur : pries la mort de m*oubIier encore quelques campagnes ; la vie ne m*a jamais été si chère.
BARTHOLO
Allez toujours; si j*avais ce crédif-là sur la mort...
Sdr la mort? N*ètes-vous pas médecin ?
Vous faites tant de choses pour elle , qu^elIe n*a rien à vous refuser. {Il sort.)