De schol. instit., Capit. Baluz., t. I, p
6. Conc. Francof., can. 8, t. II Conc Gall., p. 196; Capit. Âquis., an. imp. :n, c. 4; Baluz., t. I, p. 380, 381 ; Capil. De divis. regni, c. 15, ibid., p. 444.
ses successeurs ia défense de l'Église de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avoit reçu de son père et de son aïeul, et qu'il vouloit laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile sous l'un de ses descendants, que a quand cette Église imposeroit un joug à peine supportable, il le faudroit souffrir1 » plutôt que de rompre la communion avec elle. Elle n'imposoit point de tel joug; mais ce sage prince vouloit tout prévoir, pour affermir l'union dans tous les cas. Au reste les canons que lui envoya son sage et intime ami, le pape Adrien, n'étoient qu'un abrégé de l'ancienne discipline, que l'Église de France regarde toujours comme la source et le soutien de ses libertés : nous demandons encore d'être jugés par les canons envoyés à ce grand prince; et, sous un nouveau Charlemagne, nous souhaitons d'avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.
Jamais règne n'a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n'a été moins guidé par un faux zèle; jamais on n'a mieux su distinguer les bornes des deux puissances. On voit parler dans les décrets du concile de Francfort, tantôt les évoques seuls, tantôt le prince seul, sur les deux puissances ensemble7. Je ne veux pas m'étendre sur les diverses matières qui donnèrent lieu à cette diversité; je remarquerai seulement que les évêques ayant prononcé seuls la condamnation de la nouvelle hérésie qu'on vit alors s'élever en Espagne3, ce grand roi sut bien trouver sa place dans une occasion si importante. Comme son savoir éclatoit dans l'Église autant que son équité, les nouveaux hérétiques le prièrent de se rendre l'arbitre de la cause4. Charlemagne, pour les confondre par eux-mêmes, accepta l'offre; mais il savoit comment un prince peut être arbitre en ces matières. Il consulta le saint-siége avant toutes choses; il écouta aussi les autres évêques, qu'il trouva conformes à leur chef. C'est sur quoi se régla ce religieux prince; c'est par ce canal qu'il reçut la doctrine de l'Évangile et l'ancienne tradition de l'Église catholique : c'est de là qu'il apprit ce qu'il falloit croire; et sans discuter davantage la matière, dans la lettre qu'il écrit aux nouveaux docteurs4 il leur envoie « les lettres, les décisions, et les décrets formés par l'autorité ecclésiastique, les exhortant à s'y soumettre avec lui, et à ne se croire pas plus savants que l'Église universelle : parce que, ajoutoit ce grand prince, après ce concours de l'autorité apostolique, et de l'unanimité synodale, vous ne pouvez plus éviter d'être tenus pour hérétiques, et nous n'osons plus avoir de communion avec vous. »
Qu'on n'impute point à la France des sentiments nouveaux; voilà
t. Capit. Car. M., De hnn. sed. apost., an. imp., Baluz., tom. I, p. 357; Conc. Tribur. sub Arn. imp., can. 30, t. IX Conc. col. 456; Capit. Angilr. data, tom. II Conc. Gall., p. 100; Epist. can. ab Adr., Car. M. oblat., Conc. tom. VI, col. 1800.
2. Conc. Francof., can. t, 2; can. 3, 5; can. 4, 5, 6, 7, tom. II Conc. Gall., pag. 193 etseq.
3. Ibid., can. I, p. 193. —4. Ibid., Epist. Car. M., p. 188. 5. Ibid., p. 188, 190.
de l'église. 511
tous ses sentiments du temps de Charlemagne : mais Charlemagne les avoit reçus de plus haut, et ils étoient venus des anciens Pères, et dès l'origine du christianisme. Le saint-siége principalement, et le corps de l'épiscopat uni à son chef, c'est où il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique confiée aux évoques par les apôtres : car c'est aussi à cette unité qu'il est dit : « Qui vous écoute, m'écoute1; » et encore : « Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle2; » et encore : « Vous êtes la lumière du monde3; » et encore : « Ditesle à l'Église; et s'il n'écoute pas l'Église, qu'il vous soit comme un gentil et un publicain4; » et encore, pour me servir du même passage qui est ici allégué par Charlemagne : « Je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles5. » Ce grand prince, soumis le premier à cette règle, ne craint plus après cela de condamner les hérétiques, comme déjà condamnés par l'autorité de l'Église; et le jugement du saint-siége et du concile de Francfort devint le sie^
Est-il besoin de raconter ce que Charlemagne, à l'exempie cfu roi son père, fit pour la grandeur temporelle du saint-siége et de l'Église romaine? qui ne sait qu'elle doit à ces deux princes et à leur maison tout ce qu'elle possède de pays? Dieu, qui vouloit que cette Église, la mère commune de tous les royaumes, dans la suite ne fût dépendante d'aucun royaume dans le temporel, et que le siège où tous les fidèles doivent garder l'unité, à la fin fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'État pourroient causer, jeta les fondements de ce grand dessein par Pépin et par Charlemagne. C'est par une heureuse suite de leur libéralité que l'Église, indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement, pour le bien commun et sous la commune protection des rois chrétiens, cette puissance céleste de régir lésâmes; et que, tenant en main la balance droite au milieu de tant d'empires souvent ennemis, elle entretient l'unité de tout le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments.
L'empire sortit trop tôt d'une maison et d'une nation si bienfaisante envers l'Église. Rome eut des maîtres fâcheux, et les papes avoient tout à craindre tant des empereurs que d'un peuple séditieux; mais ils trouvèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pelage II avoit espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée, que l'Italie et que Rome même, leur devint comme un second siège où ils tenoient leurs conciles, et d'où ils faisoient entendre leurs oracles par toute l'Église. Troyes, et Clermont, et Toulouse, et Tours, et Reims plusieurs fois, et les autres villes le peuvent dire; pour ne point parler ici de deux conciles universels tenus à Lyon, et d'un autre concile universel tenu à Vienne : tant les papes ont pris plaisir à faire les actes les plus importants et les plus authentiques de l'Église, dans le sein et avec la fidèle coopération de l'Église gallicane.
Cependant la troisième race étoit montée sur le trône : race encore
I. Luc. x, 16. — 2. Matth. xvi, 13. —3. Ibid., v, 14. - 4. Ibid., xvui. 17. 5. Ibid., xxviii, 20.
512 SERMON SUR l' UNITÉ-
plus pieuse que les deux autres, qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire; qui seule dans tout l'univers, et depuis le commencement du monde, se voit sans interruption depuis sept cents ans toujours couronnée et toujours régnante : race enfin qui devoit donner saint Louis au monde; en laquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses, et en attend de plus grandes. Vous dirai-je combien de fois et en quels termes elle a été bénie par le saint-siége ? Sous cette race la France est « un royaume chéri et béni de Dieu, un royaume dont l'exaltation est inséparable de celle du saint-siége1, »> 'jn royaume; mais si j'entreprenois de tout raconter, le jour n'y suffirait pas.
Aussi faut-il avouer qu'il y a eu dans ces rois, avec beaucoup de religion, une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre, et qui les :i mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantoient de combattre pour les intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur État, et dans une plus grande hauteur de leur couronne, une plus sûre défense; puisque, r-ans qu'ils eussent besoin de se remuer, leur majesté ne fut pas même attaquée dans ces premiers temps, et que jamais ils n'ont été obligés ni à soutenir des guerres, ni, ce qui est bien plus horrible, à faire des schismes pour la défendre.
Ces rois, aussi bienfaisants que religieux, loin de profiter de la foiiilesse des papes toujours réfugiés dans leur royaume, se relâchoient volontairement de quelqu-s-uns de leurs droits, plutôt que de troubler .;a paix de l'Église; et pendant que saint Thomas de Cantorbéry étoit Wanni d'Angleterre , comme ennemi des droits de la royauté, la Krance, plus équitable, le recevoit dans son sein comme le martyr des libertés ecclésiastiques. Nos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers. L'Église, qu'ils honoraient, les honorait à son tour; et l'égalité, tant recommandée par l'Apôtre, s'entrenoit par de mutuelles reconnoissances.
La piété se ralentissoit, et les désordres se multiplioient dans toute la terre. Dieu n'oublia pas la France : au milieu de la barbarie et de l'ignorance elle produisit saint Bernard, apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants, et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus zélé pour son prince; jamais prêtre ne fut plus soumis à l'épiscopat; jamais enfant de l'Église ne défendit mieux l'autorité apostolique de sa mère l'Église romaine. Il regardoit dans le pape seul tout ce qu'il y avoit de plus grand dans l'un et l'autre Testament; un Abraham, ua Melchisédech, un Moïse, un Aaron , un saint Pierre, en un mot Jésus-Christ même2. Mais afin qu'une autorité sur laquelle l'Église est fondée, fût plus
1. Alex. III, ep. xxx, t. X Conc, col 1212; Innoc. III, Greg. IX. t. XI Conc. part, i, col. 27, 367.
2. S. Bern., De comid., lib. II, cap. S ; et 1. IV, c. 7, 1. 1, ccl. 422, 444
«ainte et plus vénérable à tous les peuples, ii ne cessa d'en séparer grandir P°UVClt' C° ^ Sembl0it p,UtÔt la désh<>norer que IV
Tout est à vous, disoit-il», tout dépend du chef, mais c'est avec un certain ordre. On feroit un monstre du corps humain si on aUachoit immédiatement tous les membres à la tête : c'est par "es vêqu et les archevêques qu'on doit venir au saint-siége : ne troublez p^nt cette hiérarch.e, qui est l'image de celle des anges. Vous pouvez to f il t est vrai; ma.s un de vos ancêtres disoit : « Tout m'est perm ' m tout n'est pas convenable >. » Vous avez la plénitude de la puissant mais rien ne convient mieux à la puissance que la règle. Enfin l'É-lisé romaine est la mère des églises*, mais non une maîtresse impérieuse et vous êtes non pas le seigneur des évoques, mais l'un d'eux : paroles
aqUf!itCeJT »°mmfi ?'* PSS Pr°férées p0llr affoiblir u»e autorité ou'il a fait révérer à toute la terre; mais afin de rappeler en la mémoire du
auTTZ^r^ P-6rre T'1' eXCelIente d0Ctrine' *ue ^sus-Christ, qui la élevé à une si grande puissance, n'a pas voulu néanmoins lui
ÎT'LZ ?!^" SU;?é±Ur.lCei-' de ******* ««H que, dans
et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique : puisque si le nane doit gouverner les évêques, il les doit aussi gouverner' parles To!^ \IZ munes que le sa.nt-siége a faites siennes en les confirmant. C'est ce que disent tous, les papes; et encore qu'ils puissent dispenser des lois pour l'utdité publique < , e plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l'origine du christianisme. Voilà ce que disoit samt Bernard et tous les saints de ce temps; voilà ce qu'ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. C'est aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au saint-siége, et le plus ardent défenseur de la foi romaine (vous reconnoissez saint Louis), à persévérer dans ces maximes, et h publier une Pragmatique pour maintenir dans son royaume « le droit commun et la puissance des ordinaires, selon les conciles généraux »< les institutions des saints Pères 5. »
Ne demandez plus ce que c'est que les libertés de l'Église gallicane Les voilà toutes dans ces précieuses paroles de l'ordonnance de saint • M5 ^°AS n en VOUIons jamais connoître d'autres. Nous mettons notre liberté à être sujets aux canons; et plût à Dieu que l'exécution en fût iussi effective dans la pratique, que cette profession est magnifique dans
U^t *\?T qU'U en soit' c'est notre loi : nous disons consister aotre hberté à marcher, autant qu'il se peut, « dans le droit cornmun » qui est le principe ou plutôt le fond de tout le bon ordre de
i. S. Bern., De consiâ., 1. m, c. rv, col. 433. - 2. I Cor x 22
s! Vr^Lué' IV' °- VU' C°L W " 4' Ibid-' l ™> c' *•* 433' Bossuet. — v 00
M 4 SERMON SUR L-'UNIÎÉ
l'Église; « sous la puissance canonique des ordinaires, selon les conciles généraux et les institutions des saints Pères : » état bien différent de celui où la dureté de nos cœurs, plutôt que l'indulgence des souverains dispensateurs, nous a jetés; où les privilèges accablent les lois ; où les grâces semblent vouloir prendre la place du droit commun, tant elles se multiplient; où tant de règles ne subsistent plus que dans la formalité qu'il faut observer d'en demander la dispense : et plût à Dieu que ces formules conservent du moins, avec le souvenir des canons, l'espérance de les rétablir I C'est l'intention du saint-siége; c'en est l'esprit, il est certain. Mais s'il faut, autant qu'il se peut, tendre au renouvellement des anciens canons, combien religieusement faut-il conserver ce qui en reste, et surtout ce qui est le fondement de la discipline 1 Si vous voyez donc vos évêques demander humblement au pape l'inviolable conservation de ces canons et delà puissance ordinaire dans tous ses degrés, souvenez-vous qu'ils ne font que marcher sur les pas de saiut Louis et de Charlemagne, et imiter les saints dont ils remplissent les chaires. Ce n'est pas nous diviser d'avec le saintsiége, à Dieu ne plaise! c'est au contraire conserver avec soin jusqu'aux moindres fibres, qui tiennent les membres unis avec le chef. Ce n'est pas diminuer la plénitude de la puissance apostolique : l'Océan même a ses bornes dans sa plénitude; et s'il les outrepassoit sans mesure aucune , sa plénitude seroit un déluge qui ravageroit tout l'univers.
Au reste, la puissance qu'il faut reconnoltre dans le saint-siége est si haute et si éminente, si chère et si vénérable à tous les fidèles, qu'il n'y a rien au-dessus que toute l'Église catholique ensemble : encore faut-il savoir connoitre les besoins extraordinaires et les extrêmes périls où il faut que tout s'assemble et se réunisse. Ces maximes sont de tous les siècles; mais dans l'un des derniers siècles un besoin pressant de l'Eglise, un grand mal, un schisme effroyable, obligea toute l'Église à les expliquer, à les mettre en pratique d'une façon plus expresse dans le saint concile de Pise, et dans le saint concile de Constance. La France fut la plus zélée à les soutenir-, mais la France fut suivie de toute l'Église. Ces maximes supposées comme indubitables du commun consentement des papes, de tous les évêques et de tous les fidèles, rétablirent l'autorité du saint-siége affoiblie parles divisions. Ces maximes mirent fin au schisme, extirpèrent les hérésies que le schisme fortifioit, et firent espérer au monde, malgré la dépravation des mœurs, la réforme universelle de la discipline dans toute la chrétienté, sans rien excepter.
Ces maximes demeureront toujours en dépôt dans l'Église catholique Les esprits inquiets et turbulents voudront s'en servir pour brouiller; mais les humbles, les pacifiques, les vrais enfants de l'Église s'en ser* viront toujours selon la règle, dans les vrais besoins et pour des biens effectifs. Les cas où on le doit faire seroient aisés à marquer, puisqu'ils sont si clairement expliqués dans les décrets du concile de Constance1 ;
• SfiSS v.
mais il vaut mieux espérer que la déplorable nécessité de réfléchir sur ces cas n'arrivera pas, et que nos jours ne seront pas assez malheureux pour avoir besoin de tels remèdes. Ah l si le nom de concile œcuménique, nom si saint et si vénérable, doit être employé, que ce ne soit pas en matière contentieuse et pour faire durer de funestes divisions; mais plutôt pour réunir la chrétienté déchirée par tant de schismes, et pour travailler à l'œuvre de réformation, qui jamais n'est achevée durant cette vie! Cependant conservons ces fortes maximes de nos pères, que l'Église gallicane a trouvées dans la tradition de l'Église universelle; que les universités du royaume, et principalement celle de Paris, ont apprises des saints évêques et des saints docteurs qui ont toujours éclairé l'Église de France, sans que le saintsiége ait diminué les éloges qu'il a donnés à ces fameuses universités1. Au contraire c'est en sortant du concile de Bâle, où ces maximes avoient été renouvelées avec l'applaudissement de tout le royaume, que Pie II qui le savoit, puisqu'il avoit autrefois prêté sa plume à ce concile, s'adressant à un évêque de Paris, dans l'assemblée générale de tous les princes chrétiens, lui parla ainsi de la France ' : <* La France a beaucoup d'universités, parmi lesquelles la vôtre, mon vénérable Frère, est la plus illustre, parce qu'on y enseigne si bien la théologie , et que c'est un si grand honneur d'y pouvoir mériter le titre de docteur; de sorte que le florissant royaume de France, avec tous les avantages de la nature et de la fortune, a encore ceux de la doctrine et de la pure religion. » Voilà ce que dit un savant pape qui n'igno- ?*oit pas nos sentiments, puisqu'ils étoient dans leur plus grande vigueur; et je puis dire qu'il en approuve le fond dans la bulle3 où en révoquant ce qu'il avoit dit avant son exaltation en faveur du concile de Bâle, il déclare qu'il n'en révère pas moins le concile de Constance, dont il embrasse les décrets, et nommément ceux où l'autorité et la puissance des conciles est expliquée.
Il savoit bien que la France n'abusoit point de ces maximes, puisque même elle venoit de donner un exemple incomparable de modération dans la célèbre assemblée de Bourges; où, louant les Pères de Bâle qui soutenoient ces maximes, elle rejeta l'application outrée qu'ils en firent contre le pape Eugène IV. Nos libertés furent défendues; le pape fut reconnu; le schisme fut éteint dans sa naissance; tout fut pacifié : qui fit un si grand ouvrage ? un grand roi fidèlement assisté par le plus docte clergé qui fût au monde.
Jamais il ne fut tant parlé des libertés de l'Église, et jamais il n'en fut posé un plus solide fondement que dans ces paroles immortelles de Charles VII : « Comme c'est, dit-il4, le devoir des prélats d'annoncer avec liberté la vérité qu'ils ont apprise de Jésus-Christ, c'est aussi le levoir du prince et de la recevoir de leur bouche, prouvée par les Écritures, et de l'exécuter avec efficace. » Voilà en effet le vrai fon*
1. Urban. VI, epist. il, t. XI Conc, col. 2048. a. Pins II, in Conv. Mant., t. XIII, col. 177 '.). Bulîa retract. Pii II, ibid., col. 1407. *- 4. Prag. Car. VII.
dément des libertés de l'Église : alors elle est vraiment libre quand elle dit la vérité, quand elle la dit aux rois qui l'aiment naturellement, et qu'ils l'écoutent de leur bouche; car alors s'accomplit cet oracle du Fils de Dieu : « Vous connoîtrez la vérité, et ia vérité vous délivrera, et vous serez vraiment libre'. »
Nous sommes accoutumés à voir agir nos rois très-chrétiens dans cet esprit. Depuis le temps qu'ils se sont rangés sous la discipline de saint Rémi, ils n'ont jamais manqué d'écouter leurs évêques orthodoxes. L'empire romain vit succéder au premier empereur chrétien un empereur hérétique. La succession des empereurs a souvent été déshonorée par de semblables désordres. Mais, pour ne point reprocher aux autres royaumes leur malheureux sort, contentons-nous de dire, avec humilité et actions de grâces, que la France est le seul royaume qui jamais, depuis tant de siècles, n'a vu changer la foi de ses rois; elle n'en a jamais eu, depuis plus de douze cents ans, qui n'ait été enfant de l'Église catholique : le trône royal est sans tache et toujours uni au saint-siége; il semble avoir participé à la fermeté de cette pierre : « Gratias Deo super inenarrabili dono ejus : » « Grâces à Dieu sur ce don inexplicable de sa bonté2. »
En écoutant leurs évêques dans la prédication de la vraie foi , c'étoit une suite naturelle que ces rois les écoutassent dans ce qui regarde la discipline ecclésiastique. Loin de vouloir faire en ce point la loi à l'Église, un empereur, roi de France, disoit aux évêques3 : <* Je veux qu'appuyés de notre secours et secondés de notre puissance, comme le bon ordre le prescrit : » « Famulante, ut decet, potestate nostra » (pesez ces paroles; et remarquez que la puissance royale, qui partout ailleurs veut dominer, et avec raison, ici ne veut que servir). « Je veux donc, dit cet empereur, que, secondés et servis par notre puissance, vous puissiez exécuter ce que votre autorité demande : » paroles dignes des maîtres du monde, qui ne sont jamais plus dignes de l'être, ni plus assurés sur leur trône, que lorsqu'ils font respecter l'ordre que Dieu a établi.
Ce langage étoit ordinaire aux rois très -cnretiens; et ce que faisoient ces pieux princes, ils ne cessoient de l'inspirer à leurs officiers. Malheur, malheur à l'Église, quand les deux juridictions ont commence à se regarder d'un œil jaloux ! ô plaie du christianisme! Ministres de l'Église, ministres des rois, et ministres du Roi des rois les uns et les autres, quoique établis d'une manière différente, ah! pourquoi vous divisez-vous? l'ordre de Dieu est-il opposé à l'ordre de Dieu? hé, pourquoi ne songez-vous pas que vos fonctions sont unies; que servir Dieu c'est servir l'État, que servir l'Etat c'est servir Dieu ? Mais l'autorité est aveugle : l'autorité veut toujours monter, toujours s'étendre; l'autorité se croit dégradée quand on lui montre ses bornes. Pourquoi accuser l'autorité ? accusons l'orgueil; et disons comme l'Apôtre disoit