I. Col. i, 23. —2. Heb, xi, i. — 3. Sbïs. vt, cap
Mais qui dit fondement, dit le commencement de quelque édifice; et qui dit fondement, dit le soutien de quelque chose. Que si la foi n'est encore qu'un commencement, il faut donc achever l'ouvrage; et si la foi doit être un soutien, c'est une nécessité de bâtir dessus. Notre sainte voit si clairement dans une lumière céleste cette conséquence importante, qu'elle n'a point de repos jusqu'à ce qu'elle ait bâti sur la foi , et réduit sa connoissance en pratique. Mais un commencement aussi beau qu'est celui de la foi en Notre-Seigneur demande, pour y répondre, un bâtiment magnifique; et un soutien aussi ferme, aussi solide, attend quelque structure hardie, et quelque miracle d'architecture, si je puis parler de la sorte. Remplie de cette pensée, elle ne médite plus rien qui soit ordinaire; elle n'a plus dans l'esprit que des choses qui surpassent toute la nature; le martyre, la virginité : celui-là capable de nous faire vaincre toute la fureur des démons, de nous élever au-dessus de la violence des hommes; celle-ci donnée pour nous égaler à la pureté des esprits célestes.
Et plût à Dieu, Chrétiens, que nous eussions aujourd'hui compris, à l'exemple de cette sainte, que quelque grande que soit la foi, quelque lumineuse que soit la science qui est appuyée sur ces principes, tout cela n'est encore qu'un commencement de l'œuvre qui se prépare. Peut-être que nous rougirions de nous arrêter dès le premier pas, et que nous craindrions de nous attirer ce reproche (Je l'Évangile : a Hic « homo cœpit aedificare', » voilà cet homme inconsidéré, ce fou, cet insensé, qui fait un grand amas de matériaux, et qui ayant posé tous les fondements d'un édifice superbe et royal, tout d'un coup a quitté l'ouvrage, et laissé tous ses desseins imparfaits. Quelle légèreté, ou quelle imprudence!
Mais pensons à nous, Chrétiens : c'est nous-mêmes qui sommes cet homme insensé. Nous avons commencé un grand bâtiment, nous aver*' déjà établi la foi qui en est le fondement immuable, qui rend présentes les choses qu'on espère : a Sperandarum substantia rerum, » dit l'Apôtre2. Pour poser ce fondement de la foi, quel effort a-t-il fallu faire? Le fonds destiné pour le bâtiment étoit plus mouvant que le sable : ctr est-il rien de moins fixe que l'esprit humain, toujours variable en ses pensées, vague en ses désirs, chancelant dans ses résolutions? Il a fallu l'affermir : que de miracles, que de souffrances, que de prophéties, que d'enseignements, que d'inspirations, que do grâces ont été nécessaires pour servir d'appui ! Il y avoit d'un côté des hauteurs superbes qui s'élevoient contre Dieu, l'opiniâtreté et la présomption; il a fallu les abattre et les aplanir : de l'autre, des précipices affreux, l'erreur, l'ignorance, l'irrésolution, qui menaçoient de ruine; il a fallu les combler. Enfin, que n'a-t-il pas fallu entreprendre, pour poser ce fondement de la foi? Et après de si grands efforts et tant de préparatifs extraordinaires, on abandonne toute l'entreprise, et on met des fondements sur lesquels on ne bâtit rien : peuton voir une pareille folie? Insensés, ne voyons-nous pas que ce fon-
i. Luc. xiv, 30. — 2. Ikb. xi, {.
dément attend l'édifice, que ce commencement de la foi demande sa perfection pour la bonne vie, et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent parce qu'on néglige de les achever, rendent hautement témoignage contre notre folle et téméraire conduite? a Hic homo cœpit « aedificare, et non potuit ccnsummare. »
Mais poussons encore plus loin, et par le même principe, disons, insistons toujours : Quelles choses devons-nous bâtir sur ce fondement de la foi ? Quelles autres choses? Messieurs, il est bien aisé de l'entendre : des choses proportionnées au fondement même, des œuvres dignes de la foi que nous professons. Car un architecte avisé, qui conduit son entreprise avec art, proportionne de telle sorte le fondement avec l'édifice, qu'on mesure et qu'on découvre déjà l'étendue, l'ordre , les hauteurs de tout le palais, en voyant la profondeur, les alignements, la solidité des fondations. Ne doutez pas qu'il n'en soit de même, Messieurs, de l'édifice dont nous parlons, qui est la vie chrétienne et spirituelle. Que cet édifice est bien entendu! Que l'architecte est habile, qui en a posé le fondement! Mais de peur que vous en doutiez, écoutez l'apôtre saint Paul : « J'ai, dit-il, établi le fondement, ainsi qu'un sage architecte : » a Ut sapiens architectus fundamentum « posui >. » Mais peut-être s'est- il trompé. A Dieu ne plaise, Messieurs, car il n'agit pas, dit-il, de lui-même : « il agit selon la grâce qui lui est donnée; » il bâtit suivant les lumières qu'il a reçues : a Secundum « gratiam quae data est mihi. » Il a donc gardé toutes les mesures; et il ne pouvoit se tromper, parce qu'il ne faisoit que suivre le plan qui lui avoit été envoyé d'en haut : « Secundum gratiam quee data est « mihi. » Que s'il a conduit toute l'entreprise suivant les instructions et les règles d'une architecture céleste, qui doute qu'il n'ait, gardé toutes les mesures; et ainsi que le bâtiment et l'ordre de l'édifice ne doivent répondre au fondement qu'a posé ce sage entrepreneur ?
C'est pour cela, Chrétiens, qu'il n'y a rien de plus grand , ni de plus magnifique que cet édifice, parce qu'il a rien de plus précieux, de plus solide que ce fondement. Car dites-nous, ô grand Paul, quel fondement avez-vous posé ? N'entendez-vous pas sa réponse ? « On ne peut point, dit-il, poser d'autre fondement, sinon celui que j'ai mis, qui est Jésus-Christ? » « Fundamentum aliud nemo potest ponere prseter a id quod positum est, quod est Christus Jésus 2. » O le merveilleux fondement," qui est établi en nous par la foi ! et que saint Paul a raison de nous avertir de prendre garde avec soin à ce que nous aurons à bâtir dessus! « Unusquisque videat quomodo supersedificet 3. » Certainement, Chrétiens, sur un fondement si divin, il ne faut rien élever qui ne soit auguste : si bien que toute la science des saints consiste à connoître ce fondement, et toute la pratique de la sainteté à savoir ériger dessus des choses qui lui conviennent, des œuvres qui sentent son esprit, des mœurs tirés sur ses exemples, une vie toute formée sur ses préceptes, sur sa doctrine.
Ainsi sainte Catherine ayant établi ce fondement, plus elle en con-
t. Cor. m, 10. —2. ibid., il. 3. Ibid. 10.
noissoit la dignité par la science des saints, plus elle s'étudioit à bAtu dessus un édifice proportionné; et il est aisé de l'entendre. Un Dieu s'est humilié et anéanti; voilà, Messieurs, le fondement. Qu'est-ce que notre sainte a bâti dessus? Un mépris de son rang et de sa noblesse, pour se couvrir tout entière des opprobres de Jésus-Christ, et de la glorieuse infamie de son Évangile. Un Dieu est né d'une vierge : voilà le fondement du christianisme; et Catherine érige dessus, quoi? l'amour immortel et incorruptible de la pauvreté virginale. Un Dieu a comparu, dit le saint ApôtreJ, devant le tribunal de Ponce-Pilate. pour y rendre un témoignage fidèle : voilà le fondement de la foi, et je vois sainte Catherine, qui, pour bâtir sur ce fondement, marche au trône des empereurs, pour y rendre un témoignage semblable, et y soutient invinciblement la vérité de l'Évangile. Si Jésus est étendu sur la croix, Catherine se présente aussi pour être étendue sur une roue : si Jésus donne tout son sang, Catherine lui rend tout le sien : et enfin, en toute manière, il n'y a rien de plus convenable que ce fondement et cet édifice.
Chrétiens, il est véritable : le même fondement est posé en nous par 1a grâce du saint baptême, et par la profession du christianisme. Mais que l'édifice est différent, que le reste de la structure est dissemblable ! Est-ce vous, ô divin Jésus, qui êtes le fondement de notre foi? Pourquoi donc ce mélange indigne de nos désirs criminels avec ce divin fondement? O foi et science des chrétiens! ô vie et pratique des chrétiens! Est-il rien de plus opposé, ni de plus discordant que vous êtes? Voyez la bizarrerie. Un fondement d'or et de pierres précieuses : un bâtiment de bois et de paille. Je parle avec l'Apôtre2, qui nous représente par là les péchés, matière vraiment combustible, et propre à exciter et entretenir le feu de la vengeance divine. O foi, que vous êtes pure! ô vie, que vous êtes corrompue! Quels yeux ne seroient pas choqués d'une si haute inégalité, si on laregardoit avec attention? et faut-il autre chose que la sainteté de ce fondement, pour convaincre l'extravagance criminelle de ceux qui ont élevé cet édifice.
Éveillons-nous donc, Chrétiens; et que ce mélange prodigieux de Jésus-Christ et du monde, commençant à offenser notre vue, nous presse à nous accorder avec nos propres connoissances. Car comment nous pouvons-nous supporter nous-mêmes, en croyant de si grands mystères, et les déshonorant tout ensemble par un mépris si outrageux? «« Ne porterons nous donc le nom de chrétiens, que pour déshonorer Jésus-Christ? » « Dicuntur christiani ad contumeliam Christi3. » Quelle crainte vous peut empêcher de bâtir sur ces fondements? Ce qu'on vous prêche est grand, je le sais : se haïr soi-même, dompter ses passions, se contraindre, se mortifier, vaincre ses plaisirs, mépriser non-seulement ses biens, mais sa vie, pour la gloire de Jésus- Christ; j'avoue que l'entreprise est hardie : mais voyez aussi, Chrétiens, combien ce fondement est inébranlable. Quoil vous n'appuyez dessus
i. / Tim. vi. 13. — 2. / Cor. m, 12. 3. Saly., De ijub. Dei, lib. VIII, n. a.
qu'en tremblant, comme s'il étoit douteux et mal affermi : vous marchez dessus d'un pas incertain, vous n'osez y mettre qu un pied, et tenez l'autre posé sur la terre comme si elle étoit plus ferme. Et pourquoi chancelez-vous si longtemps entre Jésus-Christ et le monde ? Qut vous sert de connoître les vérités saintes, si vous n'allez point après 1? lumière qu'elles allument devant vos yeux?
0 Jésus, ô divin Jésus, nous allons changer aujourd hui par votre grâce une conduite si déréglée; nous ne voulons plus de lumières que pour les réduire en pratique. Nous ne désirons de croître en science, que pour nous affermir dans là piété : nous ferons céder au désir de faire la curiosité de connoître; et nous fortifierons notre volonté par la modération de notre esprit. Ainsi ayant appris saintement a profiter au dedans de notre science, nous pourrons la produire ensuite dans le même esprit que notre sainte, pour glorifier la vérité par un témoignage fidèle : c'est ma seconde partie.
DEUXIÈME POINT
La vérité esi un men commun : quiconque la possède, la doit a se frères, selon les occasions que Dieu lui présente : et « quiconque se veut rendre propre ce bien public de la nature raisonnable, mérite bien de le perdre, et d'être réduit, dit saint Augustin à ce qui est véritablement le propre de l'esprit de l'homme, c'est-à-dire, le mensonge et l'erreur : » « Quisquis suum vult esse quod omnium est, a « commun! propellitur ad sua, id est, a veritate ad mendac.um- »
Par ce principe, Messieurs, celui que Dieu a honoré du don de sci-nce est oblicé d'éclairer les autres. Mais.comme en faisant connoître la vérité, il se fait paroltre lui-même, et que ceux qui sont instruits par son entremise, lui rendent ordinairement des louanges comme une juste reconnoissance d'un si grand bienfait; il est à craindre qu il ne se corrompe par les marques de la faveur publique, et qu il ne perde sa récompense par un désir empressé de la recevoir.
Que si les têtes les plus fortes sont souvent émues d un encens si délicat et si pénétrant, combien plus celle d'une jeune fille, en qui l'opinion de science est d'autant plus applaudie . qu'elle est plus extraordinaire en son sexe? C'est ici le miracle de la main de Dieu dans la sainte que nous honorons; et quoique ce soit un grand prod.ge de voir Catherine savante, c'est encore quelque chose de plus surprenant vie voir Catherine modeste, et ne se servir de cette science que pour :aire régner Jésus-Christ. ■
Les dames modestes et chrétiennes voudront bien entendre en ce lieu les vérités- de leur sexe. Leur plus grand malheur, Chrétiens c est qu'ordinairement le désir de plaire est leur passion dominante; et comme pour le malheur des hommes elles n'y réussissent que trop tacitement, il ne faut pas s'étonner si leur vanité est souvent extrême étant nourrie et fortifiée par une complaisance presque universelle, yu*