‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 87 sur 171 · De Prxscr.. adv. Hxret., n · texte numérisé non relu

De Prxscr.. adv. Hxret., n

il ne juge point par la vue; Dieu lui a en quelque sorte arraché les yeux : « Non contemplantibus nobis quse videntur1 : » « Nous ne considérons point les choses visibles : » ni le toucher, ni le goût, ne le règlent; il lui est seulement permis d'écouter, et cette liberté est restreinte à écouter Jésus-Christ tout seul :-et encore doit-il l'écouter, non pour examiner sa doctrine, mais pour le croire simplement sur son témoignage. Car comme l'esprit humain s'égaroit dans ses jugements par son ignorance, dans ses mœurs par ses désirs déréglés, dans (a recherche de son bonheur par ses espérances mal fondées, pour donner remède à de si grands maux il falloit que ce divin Maître entreprît de former notre jugement par la certitude de sa doctrine, de diriger nos mœurs dépravées par l'équité de ses préceptes, de régler nos prétentions par la fidélité de ses promesses. C'est ce qu'il a fait. Chrétiens; et il y a travaillé principalement dans sa glorieuse transfiguration. De quelle sorte et par quels moyens, c'est ce qu'il faut vous proposer en peu de mots.

Sachez donc et pesez attentivement que l'effet de ces trois paroles que le Fils de Dieu nous annonce est traversé par trois grands obstacles. Vous nous enseignez, ô Maître céleste, et rien n'est plus assuré que votre doctrine; mais elle est obscure et impénétrable, et l'esprit a peine à s'y soumettre. Divin Législateur, vous nous commandez, et tous vos préceptes sont justes; mais cette voie est rude et contraire aux sens, et il est malaisé de s'y ranger. Enfin vous nous promettez des ÎJiens éternels, et il n'y a rien de plus ferme que vos promesses; mais que l'exécution en est éloignée ! vous nous remettez à la vie fu« ture, et notre âme est fatiguée par cette attente. Voilà, mes Frères, trois grands obstacles qui nous empochent d'écouter le Sauveur Jésus, et de nous soumettre à sa parole : sa doctrine est certaine, mais elle est obscure; ses préceptes sont justes, mais difficiles; ses promesses infaillibles, mais fort éloignées. Chrétiens, allons au Thabor pour y voir Jésus-Christ transfiguré; considérons qui l'y accompagne, de quoi il y parle, comme il y paroît. Moïse et Élie sont à ses côtés; c'est-àdire, si nous l'entendons, que la loi et les prophètes lui rendent hommage. Un maître en qui il paroît tant d'autorité, quoique sa doctrine soit obscure, mérite bien qu'on l'en croie sur sa parole : « ipsum au- « dite. » Mais de quoi s'entretient ce divin Sauveur avec ces deux hommes que Dieu lui envoie? De sa mort, dit l'évangéliste , et du supplice cruel qu'il devoit souffrir en Jérusalem : « Dicebant excessum « ejus quem completurus erat in Jérusalem*. » Chrétiens, ne parlons plus des difficultés des choses qu'il nous a commandées, après que nous voyons les travaux pénibles de celles qu'il a lui-même accomplies. Enfin il paroît, nous dit l'Écriture, plein de gloire et de majesté, et il nous donne comme un avant-goût de la félicité qu'il nous prépare. Par conséquent ne nous plaignons pas que la gloire qu'il nous promet soit si éloignée, puisqu'il nous la rend déjà en quelque sorte présente. Que reste-t-il donc maintenant, sinon que nous entendions

{ II Cor. rv, 18. — 2. Luc. ix, 31.

le Père éternel qui nous avertit d'écouter sou Fils : « ipsum audite? » Écoutons humblement ce divin Maître; écoutons sa doctrine céleste, sans que l'obscurité nous arrête; écoutons ses commandements, sans que leur difficulté nous étonne; enfin écoutons ses promesses, sans que leur éloignement nous impatiente. C'est ce que je me propose de vous faire entendre avec le secours de la grâce.

PREMIER POINT

La première chose, mes Frères, que le Père éternel exige de nous, lorsqu'il nous ordonne d'écouter son Fils, c'est que nous soyons convaincus que, sur toutes les vérités qu'il est nécessaire que nous connoissions, il s'en faut rapporter à ce qu'il en dit, et l'en croire sur sa parole sans examiner davantage. C'est ce qu'il nous faut établir comme le fondement immuable de toute la vie chrétienne : et pour cela supposons, Messieurs, une chose connue de tous, qui nous donnera de grandes lumières, si nous en savons comprendre les suites; que les hommes peuvent parvenir à la vérité en deux manières différentes : ou bien par leurs lumières, lorsqu'ils la connoissent euxmêmes; ou par la conduite des autres, lorsqu'ils en croient un rapport fidèle. C'est une chose connue, et qui n'a pas besoin d'explication; mais les suites en sont admirables, et je vous prie de les bien entendre.

Et pour commencer. Chrétiens, à développer ce mystère, je dis qu'il n'appartient qu'à Dieu seul de nous conduire à la vérité par l'une et par l'autre de ces deux voies. Non, les hommes ne le peuvent pas; c'est folie de l'attendre d'eux. Celui qui entreprend de nous enseigner, doit, ou nous faire entendre la vérité, ou du moins nous la faire croire. Pour nous la faire entendre, il faut nécessairement beaucoup de sagesse; pour nous la faire croire, il faut beaucoup d'autorité : et c'est ce qui ne se trouve point parmi les hommes. C'est pourquoi Tertullien disoit dans cet admirable Apologétique : « Quanta est pru- « dentia hominis ad demonstrandum quid vere bonum ? quanta aucto- « ritas ad exigendum * ? » a La prudence des hommes est trop imparfaite pour découvrir le vrai bien à notre raison; et leur autorité est trop foi bip. pour pouvoir rien exiger de notre créance. » La première, c'est la prudence, est peu assurée; et la seconde, c'est l'autorité, peu considérable : « Tarn illa falli facilis, quam ista contemni.» Par conséquent nous devons conclure qu'il ne faut pas attendre des hommes la connoissance certaine de la venté; parce que leur autorité n'est pas assez grande pour nous la faire croire sur ce qu'ils en disent, et que leur sagesse est trop courte pour nous en donner l'intelligence.

Mais ce qui ne se trouve point parmi les hommes, il nous est aisé, Chrétiens, de le rencontrer en notre Dieu; et vous le comprendrez aisément, si vous considérez avec attention comme il parle différemment

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