Ephes. rv, 9, to - 2. Philip, ii, fi. 7. — 3. Lbid
surprenante , violoient les plus grands. Et ce qui les a soulevés contre le Fils de Dieu, c'est ce qu'il a dit lui-même en un mot : a Je suis venu au monde comme la lumière, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étoient mauvaises •. »
C'est pourquoi Jésus a été, plus que Moïse, plus que Jérémie, plus que tous les autres prophètes, un oDJet de contradiction, de murmure et de scandale à tout le peuple, a C'est un prophète, ce n'en est pas un : c'est le Christ; le Christ peut-il venir de Nazareth? peut-il venir quelque chose de bon de Galilée*? Quand le Christ viendra, on ne saura d'où il vient 3; mais nous savons d'où vient celui-ci*. C'est un blasphémateur et un impie qui se fait égal à Dieu s, qui enseigne à violer le jour du sabbat». C'est un samaritain et un schismatique'; c'est un rebelle et un séditieux, qui empêche de payer le tribut à César*; c'est un homme de plaisir et de bonne chère, qui aime les grands repas des publicains et des pécheurs 3; il est possédé du malin esprit, et c'est en son nom qu'il délivre les possédés '». » En un mot, c'est un trompeur, c'est un imposteur; ce qui enfermoit le comble de tous les outrages, et ce qui fait aussi qu'on lui préfère un voleur de grand chemin et un assassin. Lequel des prophètes a été en butte à de plus étranges contradictions ? Il le falloit ainsi, puisque portant aux hommes, plus près que n'avoit fait aucun des prophètes, et avec un éclat plus vif, la vérité qui les condamnoît, il falloit qu'il soulevât contre lui tous les esprits jusqu'aux derniers excès : c'est pourquoi la rébellion n'a jamais été portée plus loin. Il fait des miracles que jamais personne n'avoit faits, et il ne laissoit aucune excuse à l'infidélité des hommes. Mais plus la conviction étoit manifeste, plus le soulèvement devoit être brutal et insensé. Car voyez jusqu'où ils portent leur fureur : il avoit ressuscité un mort de quatre jours en présence de tout le peuple : et non-seulement c'est ce qui les détermine à le faire mourir, mais ils veulent faire mourir avec lui celui qu'il avoit ressuscité, afin d'ensevelir dans un même oubli, et le miracle, et celui qui en étoit l'auteur, et celui qui en étoit le sujet; parce qu'encore qu'ils sussent bien que Dieu, qui avoit fait un si grand miracle, pouvoit bien le réitérer quand il voudroit, ils osoient bien espérer qu'il ne le voudroit pas faire, ni renverser si souvent les lois de la nature. Voilà jusqu'où ils poussent leurs complots; et jamais la vérité n'avoit été plus en butte aux contradictions, parce que jamais elle n'avoit été plus claire, ni plus convaincante, ni, pour ainsi parler, plus souveraine. C'est donc alors que les pensées, que plusieurs tenoient cachées dans leurs cœurs, furent découvertes. Et quelle fut la noire pensée qui fut alors découverte ? que l'homme ne peut soufifrir la vérité; qu'il aime mieux ne pas voir son péché, pour avoir occasion d'y demeurer, que de le voir et le reconnoître pour être guéri : et en un mot que le plus
î: Joan. m, 19. — 2. Ibid., vn, 40, 41. — 3. Ibid., 27. — 4. Ibid., ix, 29. 5. Ibid., X, 33. — 6. Ibid., ix, 16. — 7. Ibid., vm, 48. — 8. Luc. xxn, 2. 9. Matth. XI, 19. — 10. Ibid., xu. 24
grand ennemi qu'ait l'homme , c'est l'homme même. Voilà cette secrète et profonde pensée du genre humain, qui devoit être révélée à la présence de Jésus-Christ et à sa lumière, a Ut revelentur ex multis a cordibus cogitationes. »
Prenez donc garde, mes Frères, de ne pas imiter ces furieux. Tu t'enfonces dans le crime, malheureux pécheur; et à mesure que tu t'y enfonces, les lumières de ta conscience s'éteignent; et cette parole de Jésus-Chrit s'accomplit encore : <r Vous voulez me faire mourir, parce que ma parole ne prend point en vous '. » Les lumières de ta conscience, et cette secrète persécution qu'elle te fait dans ton cœur, ne t'émeuvent pas ; pour cela tu les veux éteindre : les vérités de l'Évangile te sont un scandale ; tu commences à les combattre, non point par raison, car tu n'en as point, et « les témoignages de Dieu sont trop croyables*; » mais par paresse, par aveuglement, par fureur. Il n'y a plus devant tes yeux et dans le fond de ton cœur qu'une petite lumière; et sa foiblesse fait voir qu'elle n'est plus en toi que pour un peu de temps : a Adhuc modicum lumen in vobis est' : » « La lumière est encore en vous pour un peu de temps. » Au reste, mon cher frère, c'est Jésus-Christ qui te luit encore, qui te parle encore par ce foible sentiment : marche donc à la faveur de cette lumière, de peur que les ténèbres ne t'enveloppent : et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va<; il choppe à chaque pas, à chaque pas il se heurte contre la pierre, et tous les chemins sont pour lui des précipices.
TROISIÈME POINT
Mais ce qu'il y a ici de plus étrange, c'est que le dernier sujet du scandale qui a soulevé le monde contre Jésus-Christ, c'est sa bonté. Si dans le temps de sa passion et dans tout le cours de sa vie, on a poussé les outrages jusqu'à la dernière extrémité : c'est à cause qu'il se livroit à l'injustice, comme dit l'apôtre saint Pierre* qu'il se laissoit frapper impunément, comme un agneau innocent se laisse tondre, et se laisse même mener à l'autel pour y être égorgé comme une victime : c'est que s'il fait des miracles, c'est pour faire du bien à ses ennemis, et non pas pour empêcher le mal qu'ils lui vouloient faire. C'est de là qu'est venu le grand scandale que le monde a vu arriver dans Israël, à l'occasion de Jésus-Christ. Mais voici, dans le vrai Israël et dans l'Église de Dieu, le grand scandale. Parce que, dans l'institution de ses sacrements, Jésus-Christ n'a point voulu donner de bornes à ses bontés, les chrétiens n'en donnent point à leurs crimes. On a reproché au Sauveur l'efficace toute-puissante de son baptême, où tous les crimes étoient également expiés; et Julien l'Apostat a bien osé dire que c'étoit inviter le monde à faire mal* : mais la clémence du Sauveur ne s'en tient pas là. Novatien et ses sectateurs en