‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 11 sur 221 · Terluil.,deBapt.,n · texte numérisé non relu

Terluil.,deBapt.,n

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core toute récente. Mais si sa modération nous charme, sa douceur dans la conduite des âmes ae sera pas moins touchante ; c'est ma troisième partie.

TROISIÈME POINT

Qui que vous soyez, Chrétiens; qui êtes appelés par le Saint-Esprit à la conduite des âmes que le Fils de Dieu a rachetées , ne vous proposez pas de suivre les règles de la politique du monde. Songez que votre modèle est au ciel, et que le premier directeur des âmes, celui dont vous devez imiter l'exemple, c'est ce Dieu même que nous adorons. Or, ce directeur souverain des âmes ne se contente pas de répan- • dre des lumières dans l'esprit, il en veut au cœur. Quand il veut faire sentir son pouvoir aux créatures inanimées, il ne consulte pas leurs dispositions ; mais il les contraint et les force. Il n'y a que le cœur humain, qu^il semble ne régir pas tant par puissance, qu'il le ménage par art, qu'il le conduit par industrie, et qu'il l'engage par douceur. Les directeurs des consciences doivent agir par la même voie, et cette douceur chrétienne est le principal instrument de la conduite des âmes; parce qu'ils doivent amener à Dieu des victimes volontaires, et lui former des enfants et non des esclaves.

Pour avoir une belle idée de cette douceur évangélique, ce seroit assez, ce me semble, de contempler le visage de François de Sales. Toutefois, pour remonter jusqu'au principe, allons chercher, jusque dans son cœur, la source de cette douceur attirante, qui n'est autre que la charité. Ceux qui ont le plus pratiqué et le mieux connu ce grand homme, nous assurent qu'il étoit enclin à la colère; c'est-àdire , qu'il étoit du tempérament qui est le plus opposé à la douceur. Mais il faut ici admirer ce que fait la charité dans les cœurs, et de quelle manière elle les change; et tout ensemble vous découvrir ce que c'est que la douceur chrétienne, qui semble être la vertu particulière de notre illustre prélat. Pour bien entendre ces choses, il faut remarquer, s'il vous plaît, que le plus grand changement que la nature fasse dans les hommes, c'est lorsqu'elle leur donne des enfants : c'est alors que les humeurs les plus aigres et les plus indifférentes conçoivent une nouvelle tendresse, et ressentent des empressements qui leur étoient auparavant inconnus. Il n'y a personne qui n'ait observé les inclinations extraordinaires qui naissent tout à coup dans le cœur des mères et des nourrices, qui sont comme de secondes mères. Or, j'ai appris de saint Augustin, que a la charité est une mère, et que la charité est une nourrice: » aCharitas nutrix^, charitas mater <c est^» En effet, nous lisons dans les Écritures, que la charité a des enfants : elle a des entrailles, où elle les porte; elle a des mamelles qu'elle leur présente; elle a un lait qu'elle leur donne. Il ne faut donc pas s'étonner, si elle change ceux qu'elle possède, et surtout les con-

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