‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 114 sur 221 · Ps. XVI, 12. — 2. Ec^l. XXI · texte numérisé non relu

Ps. XVI, 12. — 2. Ec^l. XXI

contre As vices des hommes, et l'esprit se divertit à écouter reprendre les mauvaises mœurs, mais l'on ne s'émeut non plus que si l'on n'avoit aucune part à cette juste censure. Mais le sage rentre profondément dans sa conscience, et s'applique à lui-même tout ce qui se dit : « ad a se adjiciet. » Il ne se contente pas de louer cette parole : il ne va regarder autour de lui à qui elle est propre. Il ne s'amuse pas à deviner la pensée de celui qui parle, ni à lui faire dire des choses qu'il ne songe pas : il croit que c'est à lui seul qu'on en veut. C'est là tout le fruit de vos discours sacrés. Pendant que l'Évangile parle à tous, ch:.cun se doit en particulier confesser humblement ses fautes, trembler dans la vue de ses périls.

Et en effet, Chrétiens, quiconque sent en lui-même que c'est son vice qu'on attaque, doit croire que c'est à lui personnellement que s'adresse tout le discours. Si donc quelquefois nous y remarquons je ne sais quoi de tranchant, qui, à travers nos voies tortueuses et nos passions compliquées, aille mettre, non point par hasard, mais par une secrète conduite de la grâce, la main sur notre blessure, et aille trouver, à point nommé, dans le fond du cœur, ce péché que nous dérobons; c'est alors, c'est alors, Messieurs, qu'il faut écouter attentivement Jésus- Christ qui vient troubler notre fausse paix, et qui met la main tout droit sur notre blessure : c'est alors qu'il faut croire le conseil du sage et appliquer tout à nous-mêmes. Si le coup ne porte pas encore assez loin, prenons nous-mêmes le glaive, et eufonçons-le plus avant. Plût t Dieu que nous le fassions entrer, qu'il entre si profondément, que la blessure aille jusqu'au vif; que le cœur serré par la componction, que le sang de la plaie coule par les yeux, je veux dire les larmes , que saint Augustin appelle si élégamment le sang de l'âme' ! c'est alors que Jésus-Christ aura prêché; et c'est ce dernier effet de la sainte prédication qui me reste à examiner en peu de paroles dans ma dernière partie.

TROISIÈME POINT

Quand je considère les raisons pour lesquelles les discours sacrés, qui sont pleins d'avis si pressants, sont néanmoins si peu efficaces, voici celle qui me semble la plus apparente. C'est que les hommes du monde présument trop de leur sens, pour croire que Ton puisse leur persuader ce qu'ils ne veulent pas faire d'eux-mêmes, et d'ailleurs n'é< tant pas touchés par la vérité qui luit clairement dans leur conscience, ils ne croient pas pouvoir être émus des paroles qu'elle inspire aux autres: si bien qu'ils écoutent la prédication, ou comme un entretien indifférent, par coutume et par compagnie; ou tout au plus, si le hasard veut qu'ils rencontrent à leur goût, comme un entretien agréable qui ne fait que chatouiller les oreilles par la douceur d'un plaisir qui passe.

Pour nous désabuser de cette pensée , considérons, Chrétiens, que la

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