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préparatifs extraordinaires, on laisse l'entreprise imparfaite, et l'on met de beaux fondements sur lesquels on ne bâtit rien : peut-on voir une pareille folie? Et ne Tois-tu pas, insensé, que ce fondement attend l'édifice, que ce commencement de la foi demande sa perfection par la bonne vie; et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent parce qu'on néglige de les achever, rendent hautement témoignage contre ta folle et téméraire conduite? Mais cela paroîtra bien mieux, si, après avoir regardé la foi comme le commencement de l'édifice, nous considérons maintenant qu'elle n'est pas établie pour demeurer seule, mais pour servir de soutien à quelque autre chose. Car s'il en est ainsi, Chrétiens, qu'elle ne soit pas établie pour demeurer seule, mais pour servir d'appui à quelque autre chose, je vous laisse à juger en vos consciences quelle injure vous faites au divin Sauveur, si, ayant mis en vos âmes un fondement si inébranlable, vous craignez encore de bâtir dessus : n'est-ce pas lui dire manifestement que vous vous défiez du soutien qu'il vous présente, et que vous n'osez vous appuyer sur sa parole? c'est-à-dire que sa foi vous paroît douteuse, sa doctrine mal soutenue, ses maximes peu assurées.
Mais laissons ces justes reproches, pour prouver soîfdfemenf par les Ecritures que la foi ne nous est donnée que pour être le soutien des œuvres; et vous en serez convaincus si vous méditez attentivement la conduite de notre Sauveur tant qu'il a été en ce monde. Il a accompli de grands mystères, il nous y a donné de grands préceptes : mais afin que ce qu'il faut croire nous apprît comme il faut agir, il a tellement ménagé les choses, que les mystères qu'il a accomplis fussent le soutien et le fondement des préceptes qu'il a donnés. Saint Augustin, Messieurs, vous fera entendre cette vérité, et il nous l'explique admirablement dans le livre qu'il a écrit, de Agone Christiano, du combat du chrétien, où, suivant le divin apôtre, il appuie toute la vie chrétienne et la liaison des préceptes avec les mystères sur Jésus-Christ humilié et sur le mystère de sa croix. 0 hommes, dit-il, n'aimez pas le monde; voilà le précepte : parce que s'il étoit aimable, le Fils de Dieu l'auroit aimé; voilà le mystère : a Nolite amare temporalia; quia oc si bene amarentur, amaret ea homo quem suscepit Filius Dei '. » Ne vous attachez pas aux richesses; parce que si elles étoient nécessaires, le Fils de Dieu ne serait pas pai^vre : ne craignez ni les souffrances ni l'ignominie; parce que si elles nuisoient à notre bonheur, un Dieu n'y seroit pas exposé. Ainsi vous voyez manifestement que toutes les choses que Jésus commande ont leur fondement immuable sur celles qu'il a accomplies; et que s'il nous prescrit dans son Évangile une vie pénitente et mortifiée, c'est à cause qu'il nous y paroît comme un Dieu anéanti et crucifié. C'est pour cela que sur le Thabor, où l'on nous ordonne d'écouter sa voix, de quoi est-ce qu'il s'entretient avec Moïse et Élie? de sa croix, dit l'évangéliste, et de la mort qu'il devoit souffrir à Jérusalem : « Dicebant excessum ejus, quem « compieturus erat in Jérusalem'.» Pour quelle raison, mon divin