‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 122 sur 221 · Cap. n. XI, li; tora. VI, col. 251. ~ 2. Luc ix · texte numérisé non relu

Cap. n. XI, li; tora. VI, col. 251. ~ 2. Luc ix

Sauveur? et qu'a de commun ce discours avec la gloire qui vous environne ? C'est, mes Frères, que ce qu'il commande étant fondé sur ce qu'il a fait, il nous propose ce qu'il a fait, pour disposer nos esprits à suivre humblement ce qu'il commande. « Ipsum audite : » a Écoutez Jésus;» écoutez-le, croyez ce qu'il fait : mais écoutez-le. faites ce qu'il dit.

Mais permettez-moi, Chrétiens, d'étendre davantage cette vérité si solide et si importante, et de vous expliquer le dessein pour lequelle Sauveur Jésus, dans cet état auguste et majestueux où il nous paroît au Thabor, ne parle que de sa croix et de ses souffrances. Chrétien, ne le vois-tu pas ? et ne l'as-tu pas encore entendu? C'est qu'il a dessein de te préparer à écouter ses préceptes; il veut lever les difficultés que tu trouves à suivre ses commandements et à marcher dans ses voies. En effet, pour ôter ces difficultés, il faut nous inspirer du courage et nous donner de la force. Pour nous inspirer du courage, qu'y a-t-il de plus efficace que de le voir marcher le premier dans la carrière qu'il nous a ouverte, tout couvert de sueur et de sang, poursuivant tout ce que les hommes fuient, méprisant tout ce qu'ils désirent, soufi'rant volontairement tout ce qu'ils redoutent : a Omnia contema. nendo quae pravi homines cupiunt, et omnia patiendo quae horres- « cunt '; 30 et dans cet état de souffrances, nous disant d'un ton ferme et vigoureux: « In mundo pressuram habebitis; sed confidite, ego « vici mundum': » Mes disciples, je le confesse, «vous aurez à souffrir au monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. » Se peut-il trouver des âmes si basses qui ne soient encouragées par cet exemple? Que si vous vous plaignez, Chrétiens, que vos forces ne suffisent pas pour suivre ce Dieu qui vous appelle, vous me faites tous cette objection, je lis dans vos cœurs; regardez que non-seulement il marche devant, mais encore qu'il se tourne à vous pour vous tendre sa main charitable. Quelle preuve en avons-nous? ses souffrances mêmes. Écoutez saint Paul dans l'Épître aux Hébreux : a In eo enim H in quo passus est ipse et tentatus, potens est et lis qui lentantur a auxiliari ' : > a Par les choses qu'il a souffertes, il nous montre qu'il est puissant pour prêter secours à ceux qui souffrent.» Mystère admirable! Messieurs, il prouve sa puissance par sa foiblesse, et avec befucoup de raison : car il est juste que celui qui s'est fait infirme par sa bonté devienne l'appui des autres par sa puissance; et que, pour honorer la fo'blssse qu'il a prise volontairement, il soit le support de ceux qui soni f/ibles par nécessité. Ne craignons donc pas, ChrélienSf de suivre Jésus-Christ dans la voie étroite, et d'écouter un Dieu, maichant devant, nous donnant l'exemple, se retournant, nous tendan la main.

Par conséquent écoutons la voix de ce Maître si charitable : « Ipsun ■ audite : » «Écoutons Jésus; » mais écoutons-le comme il parle, prenons ses sentiments comme il nous les donne. Car combien et-

1. S. Âug. lib. de Ver. Relia., n. 31. tom. I, col. 758. — 2. Joan xvi, »3. 3 H«b. II, is.

Toyons-nous tous les jours qui s'approchent du Fils de Dieu, non pour recevoir la loi, mais pour la donner, pour le faire parler à leur mode, selon les préjugés de leurs passions et au gré de leurs convoitises? Tels sont ceux qui consultent pour être trompés, qui ne trouvent de bons conseils que ceux qui les flattent, qui cherchent à se damner es conscience : tels sont ceux dont parle Isaïe : « Voici, dit-il, un peuplf rebelle qui irrite la fureur de Dieu; ce sont des enfants menteurs, enfants rebelles et opiniâtres, qui ne veulent pas écouter la loi de Dieu : oc Populus ad iracundiam provocans est, et filii mendaces '. » De tell hommes disent aux voyants : « Ne voyez pas, aveuglez-vous pour nous plaire; ne nous montrez pas la droite voie : » « Nolite aspicere nobis a quae recta sunt ^ : » ce n'est pas ce que nous cherchons, nous voulons des détours commodes ; nous demandons des expédients pour assouvir nos vengeances, pour pallier nos usures, pour continuer nos rapines, pour contenter nos mauvais désirs : a Loquimini nobis place centia, videte nobis errores' : » a Dites-nous des choses qui nous plaisent, débitez-nous des erreurs agréables.» Que si quelque docteur véritable, de ceux dont parle l'apôtre saint Paul, « qui traitent droitement et fidèlement la parole de vérité *, » au lieu de cette voie large et spacieuse qui nous mène à la perdition, leur montre le chemin du salut dans une vie mortifiée et pénitente : « Otez-nous, disent-ils, cette voie : » « Auferte a me viam, declinate a me semitam ^ : » ôteznous cette voie, elle est trop incommode; « tirez-nous de ce sentier,» il est trop étroit : s'il les presse par l'Évangile , et qu'il leur dise : C'est Jésus qui parle : ah! nous ne voulons point entendre sa voix, elle nous fâche et nous importune : a Cesset a facie nostra Sanctus Israël « : » qu'il n'y ait aucune partie de nous-mêmes qui fléchisse.

Ainsi, mes Frères, l'arrogance humaine emportée par ses passions ne veut point écouter le Sauveur Jésus, s'il ne parle à sa fantaisie. Et jugeons-en par nous-mêmes, mettons la main sur nos consciences. Qui de nous, s'il en était cru, n'entreprendroit pas de changer et de réformer l'Évangile en faveur de ses convoitises? Il y a des vices que nous haïssons par une aversion naturelle; et il n'y a point d'homme si corrompu, qu'il n'y ait quelque péché qui lui déplaise. Ah! que nous aimons l'Évangile, lorsqu'il condamne ces vices que nous détestons! Celui-là sera d'un naturel doux, ennemi du trouble et de l'injustice : tonnez tant qu'il vous plaira, ô divin Sauveur, contre les rapines et les violences, il applaudira à votre doctrine : mais si vous lui ôtez ces plaisirs si chers, que votre parole lui paroltra rude ! Il ne pourra plus l'écouter. Un autre, naturellement libéral, entendra tou- X)urs avec joie ce qui se dira contre l'avarice : mais qu'on ne lui défende pas la médisance, qu'on lui permette de venger cette injure, qu'on lui laisse envelopper ses ennemis ou ses concurrents dans une intrigue malicieuse. 0 folie ! ô témérité I mon Sauveur, que vous êtes rude! on ne peut s'accommoder avec vous. «Sauvez-nous, sauvez-

l. Is. XXX, 9. — 2. Ibid., 10. — 3. Ibid. — 4. // Tim. u, 5.

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