‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 138 sur 221 · SERMON SUR L IMPÉNITENCE FINALE · texte numérisé non relu

SERMON SUR L IMPÉNITENCE FINALE

Qui nous donnera que nous entendions le plaisir de donner la vie ! qui nous donnera , Chrétiens, que nos cœurs soient comblés de l'action du Saint-Esprit, pour goûter ce plaisir sublime de soulager les misérables, de consoler Jésus-Christ qui souffre en eux, de faire reposer, dit le saint Apôtre, les entrailles affamées? a Viseera sancto- <t rum requieverunt per te, frater ». » Ah I que ce plaisir est saint! ah ! que c'est un plaisir vraiment royal l

Sire, Votre Majesté aime ce plaisir; elle en a donné des marques sensibles , qui seront suivies de plus grands effets. C'est aux sujets à attendre, et c'est aux roi's à agir; eux-mêmes ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent, mais ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. Sire, c'est tout ce qu'un sujet peut dire à Votre Majesté. Il faut dire le reste à Dieu, et le prier humblement de découvrir à un si grand roi les moyens de contenter bientôt l'amour qu'il a pour ses peuples, de satisfaire à l'obligation de sa conscience, de mettre le comble à sa gloire, et de poser l'appui le plus nécessaire de son salut éternel.

SERMON POUR LE IIl" DIMANCHE DE CARÊME^

« Homo quidam habuit duos filios, et dixit adolescentior ex illis paa tri : Pater , da mihi portionem substantiae quae me contingit. »

Un homme avoit deux fils, et le plus jeune des deux dit à son père : Mon père, donnes-moi mon partage du bien qui me touche. Luc. xv, 11.

La parabole de l'Enfant prodigue nous fut hier proposée par la sainte Église dans la célébration des mystères, et je me sens invité à ramener aujourd'hui un si beau et si utile spectacle. Et certainement, Chrétiens, toute l'histoire de ce prodigue, sa malheureuse sortie delà maison de son père, ses voyages ou plutôt ses égarements dans un pays éloigné, son avidité pour avoir son bien, et sa prodigieuse facilité à le dissiper, ses libertés et sa servitude, ses douleurs après ses plaisirs, et la misère extrême où il est réduit pour avoir tout donné à son plaisir : enfin la variété infinie et le mélange de ses aventures, sont un tableau si naturel de la vie humaine ; et son retour à son père, où il retrouve avec abondance tous les biens qu'il avoit perdus, une image si accomplie des grâces de la pénitence, que je croirois manquer tout à fait au saint ministère dont je suis chargé, si je négligeois les instructions que Jésus-Christ a renfermées dans cet évangile. Ainsi mon esprit ne travaille plus qu'à trouver à quoi se réduire dans une

Page 1