S- Ang., nbl snora. — 2. Ubl supra, col
SERMON SUR l' AMBITION. 363
puissance est liée bien plus fortement qu'elle ne l'est dans son propre esclave ?
Cent tyrans de cette sorte captivent nos volontés, et nous ne soupirons pas. Nous gémissons quand on lie nos mains, et nous portons sans peine ces fers invisibles dans lesquels nos cœurs sont enchaînés. Nous croyons qu'on nous violente quand on enchaîne les ministres, les membres qui exécutent; et nous ne soupirons pas quand on met dans les fers la maîtresse même, la raison et la volonté qui commande. Éveille-toi, pauvre esclave, qui songes à sauver quelques soldats, et laisse prendre le roi prisonnier; et reconnois enfin cette vérité, que si c'est une grande puissance de pouvoir exécuter ses desseins, la grande et la véritable c'est de régner sur ses volontés.
Quiconque aura su goûter la douceur de cet empire, se souciera peu. Chrétiens, du crédit et de la puissance que peut donner la fortune; et en voici la raison : c'est qu'il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. Car considérez quelle est la condition des grands de la terre. Qu'est-ce qui grossit leur cour, et qui fait la foule autour d'eux ? N'écoutons pas ce qu'ils disent, voyons ce qu'ils portent au dedans du cœur. Chacun a ses intérêts et ses passions, l'un sa vengeance, l'autre son ambition, son avarice; et pour exécuter leurs desseins, ils tâchent de ménager les puissances. Celui qui est obligé, pour se faire des créatures, de satisfaire les passions d'autrui, quand prendra-t-il la pensée de donner des bornes aux siennes ? a Qui compescere debuisti cupi- « dilates tuas, explere cogeris aliénas '. »
Mais entrons plus avant encore dans ces ressorts secrets et imperceptibles qui font remuer le cœur humain, afin, s'il se peut, de vous faire voir comment les vices croissent avec la puissance. En effet, il y a en nous une certaine malignité qui a gâté notre nature jusqu'à la racine, qui a répandu dans nos cœurs le principe de tous les vices. Ils sont cachés et enveloppés en cent replis tortueux, et ils ne demandent qu'à montrer la tête. Le meilleur moyen de les réprimer, c'est de leur ôter le pouvoir; c'est ce qui fait dire à saint Augustin, qui l'avoit bien compris, en l'une de ses épltres à Macédonius, si je ne me trompe, que pour « guérir la volonté il faut réprimer la puissance : •*> « Frae- « natur facultas... ut sanetur voluntas*. » Eh quoi donc! des vices cachés en sont-ils moins vices? est-ce l'accomplissement qui en fait la corruption? Comment donc, est-ce guérir la volonté que de laisser le venin dans le fond du cœur? Voici le secret : on se lasse de vouloir toujours l'impossible, de faire tmijours des desseins à faux, de n'avoir que la malice du crime. C'est j ourquoi uce malice frustrée commence à déplaire, on se remet, on revient à soi à la faveur de son impuissance, on prend aisément le parti de modérer ses désirs. On le fait premièrement par nécessité; mais enfin, comme la contrainte est importune, on y travaille sérieusement et de bonne foi, et on bénit
1. s. Aug., epist. ccx;», ad Bonif., n. 6, tom. II, col. 8«3.