‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 157 sur 221 · Joan. XII, 35. — 2. Ibid., m, S · texte numérisé non relu

Joan. XII, 35. — 2. Ibid., m, S

dira, Chrétiens, que ce qu*il n'a pu souffrir en soi-même, il ne peut jion plus le souffrir nulle part, qu'il n'y a rien qu'il ne lui ôtât après lui avoir ôté son affection; qu'il voudroit être défait sans réserve aucune de îet objet odieux : c'est l'intention secrète de la haine. C'est pourquo l'apôtre saint Jean a raison de dire qu'elle est toujours homicide.

Mais appliquons ceci maintenant à la conduite des pécheurs. II." haïssent la loi de Dieu et sa vérité : qui doute qu'ils ne la haïssent, puisqu'ils ne lui veulent donner aucune place dans leurs mœurs ? Mais l'ayant ainsi détruite en eux-mêmes, ils voudroient la pouvoir détruire jusque dans sa source : a Dum esse volunt mali, nolunt esse veritatem a qua damnantur mali * : » a Comme ils ne veulent point être justes, ils voudroient que la vérité ne fût pas, parce qu'elle condamne les injustes.» Et ensuite on ne peut douter qu'ils ne veuillent, autant qu'ils peuvent, abolir la loi dont l'autorité les menace, et dont la vérité les condamne.

C'est ce que Moïse nous fit connoltre par une excellente figure, lorsqu'il descendoit de la montagne où Dieu lui avoit parlé face à face. Il avoit en ses mains les tables sacrées, où la loi de Dieu étoit gravée; tables vraiment vénérables, et sur lesquelles la main de Dieu et les caractères de son doigt tout puissant se voyoient tout récents encore. Toutefois entendant les cris et voyant les danses des Israélites qui couroient après le veau d'or, il les jette à terre et les brise : oc Vidit vitu- « lum et choros, iratusque valde, projecit de manu tabulas, et conoc fregit eas ^ : » une sainte indignation lui fait jeter et rompre les tables. Que veut dire ce grand législateur? Je ne m'étonne pas, Chrétiens, que sa juste colère se soit élevée contre ce peuple idolâtre pour le faire périr par le glaive; mais qu'avoient mérité ces tables augustes, gravées de la main de Dieu, pour obliger Moïse à les mettre en pièces? Tout ceci se fait en figure, et s'accomplit pour notre instruction. Il a voulu nous représenter ce que ce peuple faisoit alors : il brise les tables de la loi de Dieu, pour montrer que dans l'intention des pécheurs la loi est détruife et anéantie. Quoique le peuple ne pèche que contre un chef de la loi, qui défendoit d'adorer les idoles, il casse ensemble toutes les deux tables; parce que nous apprenons de l'oracle que a quiconque pèche en un seul article ,. viole l'autorité de tous les autres 3, x. et abolit autant qu'il peut la loi toute entière : il en est de même de l'Évangile , de l'unité du corps de Jésus-Christ et de toute sa doctrine.

Mais l'audace du pécheur n'entreprend pas seulement de détruire les tables inanimées, qui sont comme des extraits de la loi divine; il en veut à l'original, je veux dire à cette équité et à cette vérité primitive qui réside dans le sein de Dieu , et qui est la règle immuable et éternelle de tout ce qui se meut dans le temps : c'est-à-dire qu'il en veut à Dieu, qui est lui-même sa vérité et sa justice. « L'insensé a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu*. » Il l'a dit en son cœur, dit

i. s. Aug., in Joan., tract, xc, t. III, part. II, col. 72i. %. Exod. xxxii, 19. - 3. Jac. u, lo. — 4. Ps. lh, i.

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le saint prophète; il a dit non ce qu'il pense, mais ce qu'il désire; il n'a pas démenti sa connoissance, mais il a confessé son crime, son attentat. Il voudroit qu'il n'y eût point de Dieu, parce qu'il voudroit qu'il n'y eût point de loi ni de vérité. Et afin que nous comprenions que tel est son secret désir, Dieu a permis qu'il se soit enfin découvert sur la personne de son Fils. Les méchants l'ont crucifié ; et si vous voulez savoir pour quelle raison, qu'il vous le dise lui-même : « Vous voulez me tuer, dit-il, parce que mon discours ne prend point en vous ', » c'est-à-dire, si nous l'entendons, parce que vous haïssez ma vérité sainte; parce que la rejetant de vos mœurs, partout où elle vous paroît elle vous choque : et partout où elle vous choque, vous voudriez pouvoir la détruire.

Pensons -nous bien, ô pêcheurs, sur qui nous mettons la main lorsque nous chassons de notre âme et que nous bannissons de notre vie la règle de la vérité ? Nous crucifions Jésus-Christ encore une fois; il nous dit aussi bien qu'aux Juifs : a Quaeritis me interfîcere, quia « sermo meus non capit in vobis : » a Vous voulez me tuer, parce que mon discours ne prend point en vous; » car quiconque hait la vérité et les lois immuables qu'elle nous donne, il tue spirituellement la justice et la sagesse éternelle qui est venue nous les apprendre : et ainsi se revêtant d'un esprit de Juif, il doit penser avec tremblement que son cœur n'est pas éloigné de se laisser aller à la cabale sacrilège qui l'a mis en croix. Folle et téméraire entreprise du pécheur, qui entreprend sur l'être de son auteur même, par l'aversion qu'il a pour la vérité l « Gladius eorum intret in corda ipsorum, et arcus eorum u confringatur ' : m « Que son glaive lui perce le cœur, et que son arc soit brisé. » Deux sortes d'armes dans les mains du pécheur : un arc pour tirer de loin, un glaive pour frapper de près. La première arme se rompt, et est inutile; la seconde a son efi'et, mais contre lui-même. Il tire de loin. Chrétiens, il tire contre Dieu; et non-seulement les coups n'y arrivent pas, mais encore l'arc se rompt au premier effort. Mais ce n'est pas assez que son arc se brise, que son entreprise demeure inutile; il faut que son glaive lui perce le cœur, et que, pour avoir tiré de loin contre Dieu, il se donne lui-même un coup sans remède. Ainsi son entreprise retombe sur lui, il met son âme en pièces par Teffort téméraire qu'il fait contre Dieu; et pendant qu'il pense détruire la loi, il se trouve qu'il n'a de force que contre son âme. Mais revenons à notre sujet, et continuons de suivre la piste de l'aversion que nous avons pour la vérité et pour ses règles invariables.

Vous avez vu, Chrétiens, que le pécheur les détruit, tout autant qu'il peut; non-seulement dans la loi et dans l'Évangile qui en sont, vous avons-nous dit, de fidèles copies, mais encore dans le sein de Dieu où elles sont écrites en original. Il voit qu'il est impossible : » Je suis Dieu, dit le Seigneur, et ne change point ' : » quoi que l'homme puisse attenter, ce qu'a prononcé sa divine bouche est fixe et invariable; ni le temps ni la coutume ne prescrivent point contre l'Êvan-

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