‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 162 sur 221 · DE LÀ PASSION · texte numérisé non relu

DE LÀ PASSION

Stans rétro secus pedes ejus, lacrymis cœpit rigare pedes ejus.

Magdeleine se jetant aux pieds de Jésus, commença à les laver de ses larmes. Luc. , vu. 38.

Est-ce une chose croyable que l'esprit de séduction soit si puissant dans les hommes, que non-seulement ils se plaisent à tromper les autres, mais qu'ils se trompent eux-mêmes, que leurs propres pensées les déçoivent, que leur propre imagination leur impose? Il est ainsi. Chrétiens, et cette erreur parolt principalement dans l'affaire de la pénitence.

Il y a de certains pécheurs que leurs plaisirs engagent, et cependant que leur conscience inquiète; qui ne peuvent ni approuver ni changer leur vie; qui n'ont nulle complaisance pour la loi de Dieu, mais que ses menaces étonnent souvent, et les jettent dans un trouble inévitable qui les incommode. Ce sont ceux-là, Chrétiens, qui se coufessent sans utilité, qui font par coutume un amusement sacrilège du sacrement de la pénitence ; semblables à ces malades foibles d'esprit et de corps, qui, ne pouvant jamais se résoudre ni à quitter les remèdes ni à les prendre de bonne foi, se jettent dans les pratiques d'une médecine qui les tue. C'est une semblable illusion qui nous fait voir tous les jours tant de fausses conversions, tant de pénitences trompeuses, qui, bien loin de délier les pécheurs, les chargent de nouvelles chaînes. Mais j'espère que Magdeleine, ce modèle de la pénitence, dissipera aujourd'hui ces fantômes de pénitents, et amènera au Sauveur des pénitents véritables. Implorons pour cela le secours d'en haut par les prières de la sainte Vierge.

Le cœur de Magdeleine est brisé, son visage tout couvert de honte, son esprit profondément attentif dans une vue intime de son état et dans une forte réflexion sur ses périls. La douleur immense qui la presse, fait qu'elle cnurt au médecin avec sincérité; la honte qui l'accompagne, fait qu'elle se jette à ses pieds avec soumission; la connoissance de ses dangers fait qu'elle sort d'entre ses mains avec crainte,

1. Troisième Sermon pour le jeudi de la semaiaa de la Passion, prêché à la cour, snr l'intégrité de la pénitence.

et qu'elle n'est pas moins occupée des moyens de ne tomber plus, que de la joie d'avoir été si heureusement et si miséricordieusement relevée.

De là, Messieurs, nous pouvons apprendre trois dispositions excellentes, sans lesquelles la pénitence est infructueuse. Avant que de confesser nos péchéy, nous devons être affligés de nos désordres; en confessant nos péchés, nous devons être honteux de nos faiblesses; après avoir confessé nos péchés, nous devons être encore étonnés de nos périls et de toutes les tentations qui nous menacent.

Ames captives du péché, mais que les reproches de vos consciences pressent de recourir au remède, Jésus a soif de votre salut : il vous attend avec patience dans ces tribunaux de miséricorde que vous voyez érigés de toutes parts à l'entour de ses saints autels; mais il faut en approcher avec un cœur droit. Plusieurs ont une douleur qui ne les change pas, mais qui les trompe; plusieurs ont une honte qui veut qu'on la flatte, et non pas qu'on l'humilie; plusieurs cherchent dans la pénitence d'être déchargés du passé, et non pas d'être fortifiés pour l'avenir : ce sont les trois caractères de fausses conversions. La véritable pénitence a trois sentiments opposés : devant la confession, sa douleur lui fait prendre toutes les résol-utions nécessaires, et dans la confession, sa honte lui fait subir toutes les humiliations qui lui sont "lues; et après la confession, sa prévoyance lui fait embrasser toutes Jes précautions qui lui sont utiles : et c'est le sujet de ce discours.

PREMIER POINT

Plusieurs frappent leur poitrine, plusieurs disent de bouche et pensent quelquefois dire de cœur ce Peccavi tant vanté, que les pécheurs trouvent si facile. Judas l'a dit devant les pontifes; Saùl l'a dit devant Samuel; David l'a dit devant Nathan : mais des trois il n'y en a qu'un qui l'ait dit d'un cœur véritable. Il y a de feintes douleurs par lesquelles le pécheur trompe les autres, il y des douleurs imparfaites par lesquelles le pécheur s'impose à lui-même; et je pense qu'il n'y a aucun tribunal devant lequel il se dise plus de faussetés que devant celui de la pénitence.

Le roi Saûl, repris hautement par Samuel le prophète d'avoir désobéi â la loi de Dieu, confesse qu'il a péché : « J'ai péché, dit-il, grand prophète, en méprisant vos paroles et les paroles du Seigneur; mais honorez-moi devant les grands et devant mon peuple, et venez adorer Dieu avec moi : « Peccavi, sed nunc honora me coram senioribus po- « puli mei et coram Israël'. » Honorez-moi devant le peuple, c'est-àdire, ne me traitez pas comme un réprouvé, de peur que la majesté ne soit ravilie. C'est en vain qu'il dit : J'ai péché; sa douleur, comme vous voyez, n'étoit qu'une feinte et une adresse de sa politique. Ah! que la politique est dangereuse, et que les grands doivent craindre qu'elle ne se mêle toujours trop avant dans le culte qu'ils rendent à Dieu! elle est de telle importance, que les esprits sont tentés d'en faire

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