Matth. xvn, 5. — 2. Josd. ni, i6. — 3. Rom. vn
DE LA SAINTE VIERGE. 4i5
Fils, ne aous a-t-il pas donné toute sorte de biens avec lui? que s'il nous a fait paroître une affection si sincère, parce qu'il nous l'a donné comme maître et comme Sauveur, l'amour ineffable qu'il avoit poiH vous lui a fait concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. Il t ordonné qu'il fût à vous en la même qualité qu'il lui appartient; e^ pour établir avec vous une société éternelle, il a voulu que vous fus» siez la mère de son Fils unique, et être le père du vôtre. 0 prodige! ô abîme de charité! quel esprit ne se perdroit pas dans la considération de ces complaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous, depuis que vous lui touchez de si près par ce commun Fils, le nœud inviolable de votre sainte alliance, le gage de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à l'autre : lui plein d'une divinité impassible: vous, revêtue, pour lui obéir, d'une chair mortelle? Intercédez pour nous, ô bienheureuse Marie; vous avez en vos mains, si je l'ose dire, la clef des bénédictions divines. C'est votre Fils qui est cette clef mystérieuse par laquelle sont ouverts les coffres du Père éternel : il ferme, et personne n'ouvre; il ouvre, et personne ne ferme : c'est son sang innocent qui fait inonder sur nous les trésors des grâces célestes. Et à quelle autre donnera- t-il plus de droit sur ce sang, qu'à celle dont il a tiré tout son sang? Sa chair est votre chair, ô Marie, son sang est votre sang; et il me semble que ce sang précieux prenoit plaisir de ruisseler pour vous à gros bouillons sur la croix, sentant bien que vous étiez la source dont il découloit. Au reste, vous vivez avec lui dans une amitié si parfaite, qu'il est impossible que vous n'en soyez pas exaucée. C'est pourquoi votre dévot saint Bernard a fort bonne grâce, lorsqu'il vous prie de parler au cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Loquatur ad cor Domini nostri Jesu Christi'. »
Quelle est sa pensée, Chrétiens? qu'est-ce à dire, parler au cœur? C'est qu'il la considère « dans ce midi éternel, je veux dire dans les secreis embrassemcnts de son Fils, » parmi les ardeurs d'une charité consommée : « In meridie sempiterno, in secretissimis amplexibus a amantissimi Filii. » Il voit qu'elle aime et qu'elle est aimée; que les autres passions peuvent bien parler aux oreilles, mais que l'amour seul adroit de parler au cœur. Dans cette pensée, n*a-t-il pas raison de demander à la Vierge qu'elle parle au cœur de son Fils : « Loqua- * tur ad cor Domini nostri Jesu Christi? »
Combien de fois, ô ï'idèles, cette bonne mère a-t-elle parlé au cœur de son bien-aimé? Elle parla véritablement à son cœur, lorsque, touchée de la confusion de ces pauvres gens de Cana qui manquoient de vin dans un festin nuptial, elle le sollicita de soulager leur nécessité. Le Fils de Dieu, en cette rencontre, semble la rebuter de cette parole, bien qu'il eût résolu de la favoriser en effet, a Femme, lui dit-il, que nous importe à vous et à moi? mon heure n'est pas encore venue'. »
1. Ail Beat. Virg, serm. panegyr., n. 7, int. Oper S. Bernard., loin. II, col. (jyo.
•2. Joan. n, 4.
Ce discours paroit bien rude, et tout autre que Marie auroit pris cela pour un refus : je vois néanmoins que, sans s'étonner, elle donne ordre aux serviteurs de faire ce que le Sauveur leur commandera : « Faites tout ce qu'il vous ordonnera', » leur dit-elle, comme étant assurée qu'il lui a accordé sa requête. D'où lui vient, à votre avis, cette confiance, après une réponse si peu favorable? Chrétiens, elle savoit bien que c'étoit au cœur qu'elle avoit parlé: et c'est pour cette raison qu'elle ne prit pas garde à ce que la bouche avoit répondu. En effet, elle ne fut point trompée dans son espérance; et le Fils de Dieu, selon la belle réflexion de saint Jean Chrysostome', jugea à propos d'avancer le temps de son premier miracle, à la considération de sa sainte Mère.
Prions donc, ô fidèles, qu'elle parle pour nous de la bonne sorte au cœur de son Fils : elle y a une fidèle correspondance; c'est l'amour filial qui s'avancera pour recevoir l'amour maternel, et qui préviendra ses désirs. Ne vous apercevez-vous pas que le vin nous manque; je veux dire la charité, ce vin nouveau de la loi nouvelle, qui réjouit le cœur de l'homme, dont l'âme des fidèles doit être enivrée? De là vient que nos festins sont tristes, que nous prenons avec si peu de goût la nourriture céleste de la sainte parole de Dieu . de là vient que nous nous voyons de tous côtés déchirés par tant de factions différentes. Dieu, par une juste vengeance, voyant que nous refusons de nous unir à sa souveraine bonté par une affection cordiale, nous fait ressentir les malheurs de m Je divisions intestines. Sainte Vierge, impétrez-nous la charité, qui est mère de la paix' qui adoucit, tempère et réconcilie les esprits. Nous avons une grande confiance en votre faveur; parce qu'étant Mère de Dieu, nous sommes persuadés que vous avez beaucoup de pouvoir; et comme vous êtes la nôtre, nous ne serons point trompés, si nous attendons quelque grand effet de votre tendresse : c'est ce qui me reste à traiter dans cette seconde partie.
SECOND POINT
C'est avec beaucoup de sujet que nous réclamons dans nos oraisons la très-heureuse Marie, comme étant la mère commune de tons les fidèles. Nous avons reçu cette tradition de nos pères : ils nous ont appris que le genre humain ayant été précipité dans une mort éternelle par un homme et par une femme. Dieu avoit prédestiné une nouvelle È^«. ?,ussi bien qu'un nouvel Adam, afin de nous faire renaître : et de cette doctrine, que tous les anciens ont enseignée d'un consentement unanime, il me seroit aisé de conclure que, comme la première Eve est ^a. mère de tous les mortels, ainsi la seconde, qui est la très-sainte V>rge, doit être estimée la mère de tous les fidèles. Ce que je pourrois confirmer par une belle pensée de saint Epiphane*.