De aanct. virginit., n. 6, tom. VI, col
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de Dieu est de lui inspirer pour nous dans cette rencontre une tendresse de mère. Gomment cela, direz-Yous? nous ne voyons pas bien cette conséquence. 11 me semble pourtant, Chrétiens, qu'elle n'est pas extrêmement éloignée. Marie étoit au pied de la croix, elle voyoit ce cher Fils tout couvert de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule et impitoyable, son sang qui débordoit de tous côtés par ses veines déchirées : qui pourroit vous dire qu'elle étoit l'émotion du sang maternel? Non, il est certain, elle ne sentit jamais mieux qu'elle étoit mère; toutes les souffrances de son Fils le lui faisoient sentir au vif.
Que fera ici le Sauveur? Vous allez voir, Chrétiens, qu'il sait parfaitement le secret d'émouvoir les affections. Quand l'âme est une fois prévenue de quelque passion violente touchant quelque objet, elle reçoit aisément les mêmes impressions pour tous les autres qui se présentent. Par exemple, vous êtes possédés d'un mouvement de colère; il sera difficile que tous ceux qui approcheront de vous, si innocents qu'ils puissent être , n'en ressentent quelques effets : et de là vient que, dans les séditions populaires, un homme adroit, qui saura manier et ménager avec art les esprits de la populace, lui fera quelquefois tourner sa fureur contre ceux auxquels on pensoit le moins; ce qui rend ces sortes de mutineries extrêmement dangereuses. Il en est de même de toutes les autres passions, parce que, l'âme étant déjà excitée, il ne reste plus qu'à l'appliquer sur d'autres objets : à quoi son propre mouvement la rend extrêmement disposée.
C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui avoit résolu de nous donner la sainte Vierge pour mère, afin d'être notre frère en toute façon (admirez son amour. Chrétiens), voyant du haut de sa croix combien l'âme de sa Mère était attendrie, et que son cœur ébranlé faisait inonder par ses yeux un torrent de larmes amères, comme si c'eût été là qu'il l'eût attendue, il prit son temps de lui dire, lui montrant saint Jean : a Femme, voilà ton fils : » a Ecce filius tuus. j> Fidèles, ce sont ses mots; et voici son sens, si nous le savons bien pénétrer : 0 femme, lui dit-il, affligée, à qui un amour infortuné fait éprouver à présent jusqu'où peut aller la compassion d'une mère , cette même tendresse dont vous êtes à présent touchée si vivement pour moi, ayez-la pour Jîean mon disciple et mon bien-aimé, ayez-la pour tous mes fidèles, que je vous recommande en sa personne, parce qu'ils sont tous mes disciples et mes bien-aimés : a Ecce filius tuus. » De vous dire combien ces paroles, poussées du cœur du Fils, descendirent profondément au cœur de la Mère, et l'impression qu'elles y firent, c'est une chose que je n'oserois pas entreprendre. Songez seulement que celui qui parle, opère toutes choses par sa parole toute-puissante, qu'elle doit avoir un effet merveilleux, surtout sur sa sainte Mère; et que, pour lui donner plus de force, il l'a animée de son sang, et l'a proférée d'une voix mourante, presque avec les derniers soupirs : tout cela joint ensemble , il n'est pas croyable ce qu'elle étoit capable de faire dans l'âme de la sainte Vierge. Il n'a pas plutôt lâché le mot à saint Jean pour lui dire que Marie est sa mère, qu'in-
continent ce disciple se sent possédé de toutes les affections d'un bon fils, et depuis cette heure-là il la prit chez lui : a Et ex illâ horâ oc accepit eam discipnlus in sua*. » A plus forte raison, sa parole doitelle avoir agi sur l'àme de sa sainte Mère, et y avoir fait entrer bien avant un amour extrême pour nous , comme pour ses véritables enfants.
Il me souvient à ce propos de ces mères misérables à qui on déchire les entrailles par le fer, pour e^ tirer leurs enfants au monde par violence. Il vous est arrivé quelque chose de semblable, ô bienheureuse Marie : c'e3t p^r le cœur que vous nous avez enfantés, parce que vous nous avez enfantés par la charité : œ Cooperata est charitate, «c ut filii Dei in Ecclesiâ nascerentur, » dit saint Augustin ^ Et j'ose dire que ces paroles de votre Fils, qui étoient son dernier adieu, entrèrent en votre cœur ainsi qu'un glaive tranchant, et y portèrent jusqu'au fond, avec une douleur excessive, une inclination de mère pour tous, les fidèles. Ainsi vous nous avez, pour ainsi dire, enfantés d'un cœur déchiré parmi la véhémence d'une affliction infinie : et toutes les fois que les chrétiens paroissent devant vos yeux, vous vous souvenez de cette dernière parole, et vos entrailles s'émeuvent sur nous comme sur les enfants de votre douleur et de votre amour ; d'autant plus que vous ne sauriez jeter sur nous vos regards, que nous ne représentions à votre cœur ce Fils que vous aimez tant , dont le Saint-Esprit prend plaisir de graver la ressemblance dans l'esprit de tous les fidèles; [d'autant plus] que vous nous voyez tout autant que noys sommes de chrétiens, tout couverts du sang du Sauveur dont nous sommes teints et blanchis, et que vous remarquerez en nous ces mêmes linéaments.
C'est une doctrine que je tiens des Écritures divines, et qui est bien puissante pour nous exciter à la vertu, outre qu'elle fait beaucoup à éclaircir la vérité que je traite ; c'est pourquoi il est à propos de vous la déduire : car j'apprends de l'apôtre saint Paul (et cette doctrioe, ô Fidèles, est bien digne de votre audience) que tous les chrétiens, dont la vie répond à la profession qu'ils ont faite, portent imprimés en leur âme les traits naturels et la véritable image de Notre-Seigneur. Comment cela se fait-il? certainement la manière en est admirable. Vivre chrétiennement, c'est se conformer à la doctrine du Fils de Dieu. Or je dis que la doctrine du Fils de Dieu est un ta-i bleau qui est tiré sur sa sainte vie : la doctrine est la copie, et lui-/ même est l'original; en quoi il diffère beaucoup des autres docteurs qui se mêlent d'enseigner à bien vivre ; car ceux-ci ne seront jamais assez téméraires pour former sur leurs actions les rèdes de la bonne vie; mais ils ont accoutumé de se figurer de belles idées, ils établissent certaines règles, sur lesquelles ils tâchent eux-mêmes de se composer. Tout au contraire, le Fils de Dieu étant envoyé au monde pour y être un exemplaire achevé de la plus haute perfection, ses enseignements étoient dérivés de ses mœurs : il enseignoit les choses,