‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 174 sur 221 · Joan. XII, 27. — 2. De sanct. virg., ubi 3upra · texte numérisé non relu

Joan. XII, 27. — 2. De sanct. virg., ubi 3upra

parce qu'il les pratiquoit ; sa parole n'étoit qu'une image de sa con* duite. Que fait donc le Saint-Esprit dans l'âme d'un bon chrétien? ii fait que l'Evangile est son conseil dans tous ses desseins, et l'unique règle qu'il regarde dans ses actions. Insensiblement la doctrine du ic^ils de Dieu passe dans ses mœurs : il devient, pour ainsi dire, un Evangile vivant : tout y sent le Maître dont il a reçu les leçons, il en prend tout l'esprit; et si vous pénétriez dans l'intérieur de sa conscience, vous y verriez les mêmes linéaments, les mêmes affections, les mêmes façons de faire qu'en notre Sauveur.

Et c'est ce qui touche sensiblement la bienheureuse Marie, comme il m'est aisé de l'éclaircir par un exemple familier. Vous verrez quelquefois une mère qui caressera extraordinairement un enfant, sans en avoir d'autre raison, sinon que c'est, à son avis, la vraie peinture du sien. C'est ainsi, dira-t-elle, qu'il pose ses mains; c'est ainsi qu'il porte ses yeux ; telle est son action et sa contenance : les mères sont ingénieuses à observer jusqu'aux moindres choses. Et qu'est-ce que cela, sinon comme une course, si on [peut] parler de la sorte, que fait l'affection d'une mère , qui ne se contentant pas d'aimer son fils en sa propre personne, le va chercher partout où elle peut en découvrir quelque chose. Que si elles sont si fort émues de quelque ressemblance ébauchée, que dirons-nous de Marie, lorsqu'elle voit dans l'âme des chrétiens des traits immortels de la parfaite beauté de son Fils, que le doigt de Dieu a si bien formés dans leur âme.

Mais il y a plus : nous ne sommes pao seulement les images vivantes du Fils de Dieu, nous sommes encore ses membres, et nous composons avec lui un corps dont il es^ le chef; nous sommes son corps et sa plénitude, comme enseigne l'apôtre : qualité qui nous unit de telle sorte avec lui, que quiconque aime le Sauveur, il faut par nécessité que, par le même mouvement d'amour, il aime tous les fidèles. [C'est] ce qui attire si puissamment sur nous les affections de la sainte Vierge, qu'il n'y a point de mèr« qui puisse aller à l'égal; ce qui me seroit aisé de vous faire voir par des raisonnements invincibles, si je n'étois pressé de finir bientôt ce discours: et pour vous convaincre, je ne veux seulement que vous en proposer en abrégé les principes, après avoir repassé légèrement sur quelques vérités que j'ai tâché d'établir dans ma première partie, dont il est nécessaire que vous ayez mémoire pour l'intelligence de ce qui me reste à vous dire.

Je vous ai dit, Chrétiens, que la maternité de la Vierge n'ayant point d'exemple sur la terre, il en est de même de l'affection qu'elle a pour son Fils ; et comme elle a cet honneur d'être la mère d'un Fils qui n'a point d'autre père que Dieu; de là vient que, laissant bien loin audessous de nous toute la nature, nous lui avons été chercher la règle de son amour dans le sein du Père éternel. Car de même que Dieu le Père, voyant que la nature humaine touche de si près à son Fils unique, étend son amour paternel à l'humanité du Sauveur, et fait de cet homme-Dieu l'unique objet de ses complaisances, comme nous l'avons prouvé par le témoignage des Ecritures; ainsi avons-nous dit que la

bienheureuse Marie ne séparoit plus la divinité d'avec Thumanité de son Fils, mais qu'elle les embrassoit en quelque façon toutes deux par un même amoui'. Ce sont les vérités sur lesquelles nous avons établi l'union de Marie avec Dieu : en voici quelques autres qui vous feront bien voir sa charité envers nous.

Les mêmes Écritures qui m'apprennent que Dieu aime en quelque façon par un même amour la divinité et l'humanité de son Fils, à cause de leur société inséparable en la perscme adorable de Notre- Seigneur Jésus-Christ, m'enseignent aussi qu'il nous aime par le même amour qu'il a pour son Fils unique et bien-aimé, à cause que nous lui sommes unis comme les membres de son corps ; et c'est de toutes les maximes du christianisme celle qui doit porter le plus haut nos courages et nos espérances. En voulez-vous un beau témoignage dans la bouche même de Notre-Seigneur? écoutez ces belles paroles qu'il adresse à son Père, le priant pour nous : a Dilectio, quâ dilexisti me, in ipsis sit, et ego in eis ' : » « Mon Père, dit-il, je suis en eux, parce qu'ils sont mes membres; je vous prie que l'affection par laquelle vous m'aimez soit en eux.» Voyez, voyez, Chrétiens, et réjouissez-vous. Notre-Seigneur craint que l'amour de son Père ne fasse quelque différence entre le chef et les membres; et connoissez par là combien nous sommes unis avec le Sauveur, puisque Dieu même, qui a distingué tous les êtres par une si aimable variété, ne nous distingue plus d'avec lui et répand volontiers sur nous toutes les douceurs de son affection paternelle. Que s'il est vrai que Marie ne règle son amour que sur celui du Père éternel, allez, ô Fidèles, allez à la bonne heure à cette mère incomparahle ; croyez qu'elle ne vous discernera plus d'avec son cher Fils : elle vous considérera comme « la chair de sa chair, et comme les os de ses os, » ainsi que parle l'apôtre *, comme des personnes sur lesquelles et dans lesquelles son sang a coulé ; et pour dire quelque chose de plus, elle vous regardera comme autant de Jésus-Christs sur la terre : l'amour qu elle a pour son Fils sera la mesure de celui qu'elle aura pour vous, et partant ne craignez point de l'appeler votre mère ; elle a au souverain degré toute la tendresse que cette qualité demande.

C'est, si je ne me trompe, ce que je m'étois proposé de prouver dans cette seconde partie; et je loue Dieu de ce qu'il nous a fait la grâce d'établir une dévotion sincère à la sainte Vierge , sur des maximes qui me semblent si chrétiennes. Mais prenez garde que ces mêmes raisonnements, qui doivent nous donner une grande confiance sur l'intercession de la Vierge, ruinent en même temps une confiance téméraire à laquelle quelques esprits inconsidérés se laissent aveuglément emporter; car vous devez avoir reconnu, par tout ce discours, que la dévotion de la Vierge ne se peut jamais rencontrer que dans une vie chrétienne. Et couibien y en a-i-il qui, abusés d'une créance supersti lieuse, se croient dévots à la Vierge quand ils s'acquittent de certaines petites pratiques, sans se mettre en neine de corriger la li«

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