‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 175 sur 221 · Joan. xvii, 26. — 2. Ephe$. v · texte numérisé non relu

Joan. xvii, 26. — 2. Ephe$. v

cence ni le débordement de leurs mœurs? Que s'il y avoit quelqu'un dans la compagnie qui fût imbu dune si folle persuasion, qu'il sache, qu'il sache que puisque son cœur est éloigné de Jésus, Marie a en exécration toutes ses prières : en vain tâchez-vous de la contenter de quelques grimaces, en vain l'appelez- vous votre Mère par une pitié simulée. Quoi! auriez-vous bien l'insolence de croire que ce lait virginal dût couler sur des lèvres souillées de tant de péchés? qu'elle voulût embrasser l'ennemi de son bien-aimé de ces mêmes bras dont elle le portoit dans sa tendre enfance? qu'étant si contraire au Sauveur, elle voulût vous donner pour frère au Sauveur? Plutôt, plutôt sachez que son cœur se soulève , que sa face se couvre de confusion, lorsque vous l'appelez votre Mère.

Car ne pensez pas. Chrétiens, qu'elle admette tout le monde indifféremment au nombre de ses enfants : il faut passer par une épreuve bien difficile, avant que de mériter cette qualité. Savez- vous ce que fait la bienheureuse Marie, lorsque quelqu'un des fidèles l'appelle sa Mère? Elle l'amène en présence de notre Sauveur : Ça, dit-elle, si TOUS êtes mon fils, il faut que vous ressembliez à Jésus mon bienaimé. Les enfants, même parmi les hommes, portent souvent imprimés sur leurs corps les objets qui ont possédé l'imagination de leurs mères : la bienheureuse Marie est entièrement possédée du Sauveur J^sus : c'est lui seul qui domine en son cœur, lui seul règne sur tous ses désirs, lui seul occupe et entretient toutes ses pensées : elle ne pourra jamais croire que vous soyez ses enfants, si vous n'avez en votre âme quelques linéaments de son Fils. Que si, après vous avoir considérés attentivement, elle ne trouve sur vous aucun trait qui ait rapport à son Fils, ô Dieu! quelle sera votre confusion, lorsque vous vous verrez honteusement rebutés devant sa face, et qu'elle vous déclarera que n'ayant rien de son Fils, et ce qui est plus horrible, étant opposés à son Fils, vous lui êtes insupportables !

Au contraire, elle verra une personne (descendons dans quelque exemple particulier) qui pendant les calamités publiques, telles que sont celles où nous nous voyons à présent, considérant tant de pauvres gens réduits à d'étranges extrémités, en ressent son âme attendrie, et ouvrant son cœur sur la misère du pauvre par une compassion véritable, élargit en même temps ses' mains pour le soulager : 0, dit-elle incontinent en soi-même, il a pris cela de mon Fils, qui ne vit jamais de misérable, qu'il n'en eût pitié. « J'ai compassion de cette troupe, » disoit-il * ; et en même temps il leur faisoit donner tout ce que ses apôtres lui avoient gardé pour sa subsistance, qu'il multiplie même par un miracle, afin de les assister plus abondamment. Elle verra un jeune homme qui aura la modestie peinte sur le visage ; quand il est devant Dieu, c'est avec une action toute recueillie; lui parle-t-on de quelque chose qui regarde la gloire de Dieu, il ne cherche point de vaines défaites, il s'y porte incontinent avec cœur. 0 qu'il est aimable! dit la bienheureuse Iftarie; ainsi étoit mon Fils lorsqu'il étoit en son

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