‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 182 sur 221 · De civ. Dei, lib. I, cap. viii, tom. VII, coL · texte numérisé non relu

De civ. Dei, lib. I, cap. viii, tom. VII, coL

▼oyés, n'allez pas rechercher, n'allez pas rappeler les images, ni des fournaises ardentes, ni de ces monts ensoufrés qui nourrissent dans leurs entrailles des feux immortels, qui vomissent des tourbillons d'une flamme obscure et ténébreuse, et que Tertullien appelle élégamment. pour cette raison « les cheminées de l'enfer : d a Ignis inferni fumaa riola '.» Voulez-vous voir aujourd'hui une vive peinture de l'enfer et un tableau animé d'une âme condamnée ? voyez un homme qu-. souffre, et qui ne songe point à se convertir.

En effet, le caractère propre de l'enfer, ce n'est pas seulement lî. peine, mais la peine sans la pénitence : car je remarque deux sortes de feux dans les Écritures divines, a II y a un feu qui purge, et un feu qui consume et qui dévore : » « Uniuscujusque opus probabit it:nis'. « Cum igné dévorante '. » Ce dernier est appelé dans l'Évangile a un feu qui ne s'éteint pas, » « Ignis non extinguitur*, » pour le distinguer de ce feu qui s'allume pour nous épurer, et qui ne manque jamais de s'éteindre quand il a fait cet office. La peine accompagnée de la pénitence, c'est un feu qui nous purifie; la peine sans la pénitence, c'est un feu qui nous dévore et qui nous consume; et tel est proprement le feu de l'enfer. C'est pourquoi nous concluons, selon ces principes, que les flammes du purgatoire purifient les âmes; parce qu'où la peine est jointe k !a pénitence, les flammes sont purgatives ou purifiantes : et au contraire que le feu d'enfer ne fait que dévorer les âmes, parce qu'au lieu de la componction de la pénitence, il ne produit que de la fureur et du désespoir.

Par conséquent. Chrétiens, concluons qu'il n'y a rien sur la terre qui doive nous donner plus d'horreur que des hommes frappés de la main de Dieu et impénitents tout ensemble : non, il n'y a rien de plus horrible, puisqu'ils portent déjà sur eux le caractère essentiel de la damnation.

Tels sont ceux dont David parloit comme d'un prodige, que Dieu avait dissipés, et qui n'étaient pas touchés de componction : « Dissi- « pati sunt, neccompuncti * : » serviteurs vraiment rebelles et opiniâtres, qui se révoltent même sous la verge : frappés, et non corrigés; abattus, et non humiliés; châtiés, et non convertis. Tel étoit le déloyal Pharaon , qui s'endurcissoit tous les jours sous les coups incessamment redoublés de la vengeance divine. Tels sont ceux dont il est écrit, dans l'Apocalypse*, que Dieu les ayant frappés d'une plaie horrible, de rage ils mordoient leurs langues, et blasphémoient le Dieu du ciel, et ne faisoient point pénitence. Tels hommes ne sont-ils pas comme des damnés, qui commencent leur enfer à la vue du monde, pour nous effrayer par leur exem[)le, et que la croix précipite à la damnation avec ce larron endurci? On leur arrache les hiens de cette vie; ils se privent de ceux de la vie future, du siècle à venir : si bien qu'étant frustrés de toutes parts, pleins de rage et de désespoir, et ne sachant à qui s'en prendre, ils élèvent contre Dieu leur langue insolente

1. TertuU., De pœnit., n. 12. — 2. / Cor. ni, 13. — 3. /* xxxin. 1*, A. Marc, u 47 — .s Ps. xxjiiv, i». — «. Apoc. xvi, 9.

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par leurs murmures et par leurs blasphèmes; « et il semble, dit Salvien, que leurs crimes se multipliant avec leurs supplices, la peine même de leurs péchés soit la mère de nouveaux désordres : » « Ut pua tares pœnam ipsorum criminum, quasi matrem esse vitiorum '.

Apprenez donc, ô pécheurs, qu'il ne suffit pas d'endurer beaucoup; et qu'encore que, selon la règle ordinaire, ceux qui souffrent en cette vie aient raison d'espérer du repos en l'autre, par la dureté de nos cœurs cette règle n'est pas toujours véritable. Plusieurs sont à la croix, qui sont bien éloignés du crucifié : la croix dans les uns est une grâce; la croix dans les autres est une vengeance. De deux hommes mis en croix avec Jésus-Christ, l'un y a trouvé la miséricorde, l'autre les rigueurs de la justice; l'un y a opéré son salut, l'autre y a commencé sa damnation : la croix a élevé jusqu'au paradis la patience de l'un, et a précipité jusqu'à l'enfer l'impénitence de l'autre. Tremblez donc parmi vos souffrances : craignez qu'au lieu d'éprouver maintenant un feu qui vous purge dans le temps, vous n'allumiez par votre faute un feu qui vous dévore dans l'éternité.

Et vous, ô enfants de Dieu, quelque fléau qui tombe sur vous, ne croyez jamais que Dieu vous oublie; et ne vous persuadez pas que vous soyez confondus avec les méchants, quoique vous soyez mêlés avec eux, désolés par les mêmes guerres, emportés par les mêmes pestes, affligés des mêmes disgrâces, battus enfin des mêmes tempêtes. « Le Seigneur connolt ceux qui sont à lui*, » et il sait bien démêler les siens de cette confusion générale. Le même feu fait reluire l'or, et fumer la paille : a Le même mouvement, dit saint Augustin^, fait exhaler la puanteur de la boue, et la bonne odeur des parfums; » et le vin n'est pas confondu avec le marc, quoiqu'ils portent tous deux le poids du même pressoir. Ainsi les mêmes afflictions qui désolent, consument les méchants, purifient les justes; et quoi que l'on vous reprocher, vous ne serez jamais confondus, pourvu que vous ayez 1-e courage, la force de vous discerner.

Prenez la médecine; la main de Dieu est invisiblement étendue pour vous la présenter : recevez-la avec joie, a Mes Frères, dit l'apôtre saint Jacques*, considérez comme le sujet d'une extrême joie les diverses afflictions qui vous arrivent; sachant que l'épreuve de votre toi produit la patience : or, la patience doit être parfaite dans ses œuvres et dans ses effets, afin que vous soyez parfaits et accomplis en toute manière, et qu'il ne vous manque rien.... Heureux celui qui souffre patiemment les tentations et les maux de cette vie; parce que, lorsque sa vertu aura été éprouvée, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. » Si la tentation vous presse, « persévérez jusques à la fin : )) oc Persévéra usque in finem; » « parce que la tentation ne persévérera pas toujours : » a Quia tentatio non persévérât usque in « finem *. » Mais cet homme m'opprime par ses violences : a Et adhuc

1. De gubernat. Dei, lib. VI, n. 13, pag. 140. — 2. Timoth. n, 19.

3. De civit. Dei, 11b. I, cap. viii; tom. VII, col. 8. — 4. Jac. i, 5, S, 4, 12.

5. S. Aug., in Joan., tract. XLV, n. 13, tom. IIL part, u, col. 600.

a pusillum, et non erit peccator ' : » a Encore un peu de temps, et le pécheur ne sera plus. Le médecin flatte son malade, mais ce délai est importun » « L'infirmité fait paroître long ce qui est court : » « Ina firmitas facit diu videri quod cito est '. » Quand un malade demande à boire, chacun se presse pour le servir; lui seul s'imagine que le temps est long, oc Hodie, » « Aujourd'hui, j> dit le Fils de Dieu : ne crains pas, ce sera bientôt. Cette vie passera bien vite; elle s'écoulera comme un jour d'hiver, où le matin et le soir se touchent de près : ce n'est qu'un jour, ce n'est qu'un moment, que l'ennui et l'infirmité fait paroître long; quand il sera écoulé, vous verrez alors combien il est court. 0 quand vous serez dans la vie future!

Mais je gémis dans la vie présente, et je suis accablé de maux. Eh bien ! abandonnez-vous à l'impatience : en serez-vous bien plus soulagé, quand vous aurez ajouté le mal du chagrin, et peut-être celui du murmure, aux autres qui vous tourmentent ? Profitez du moins de votre misère, de peur que vous ne soyez du nombre de ceux auxquels saint Augustin a dit ce beau mot : a Vous perdez l'utilité de vos souffrances: » oc Perdidistis utilitatem calamitatis, et miserrimi facti a estis, et pessimi permansistis^ : » «Vous perdez l'utiUté de votre misère, vous êtes devenus misérables, et vous êtes demeurés méchants. »

SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX*

Dicite filiae Sion : Ecce Rei tuus venit tibi mansuetus, sedens super asinam.

Dites à la fille de Sion : Voici ton Roi qui fait son entrée, plein de bonté et de douceur, a^sis sur une dnesse : paroles du prophète Zacharie, rapportées en l'évangile de ce jour. Matth. , xxi. 5.

Parmi toutes les grandeurs du monde, il n'y a rien de si éclatant qu'un jour de triomphe; et j'ai appris de Tertullien, que ces illustres triomphateurs de l'ancienne Rome marchoient avec tant de pompe, que, de peur qu'étant éblouis d'une telle magnificence ils ne s'élevassent enfin au-dessus de la condition humaine, un esclave qui les suivoit avoit charge de Les avertir qu'ils étoieol hommes : a Respice post « te, hominem te mémento*. »

Le triomphe de mon Sauveur est bien éloigné de cette gloire; et au

1. P§. XXXVI, 10. —2. In ps. xxxvi, serm. r, n. lo, tom. IV, col. 262

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