‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 183 sur 221 · Âpolog., n · texte numérisé non relu

Âpolog., n

îieu de l'avertir qu'il est homme, je me sens bien plutôt pressé de le ■feire souvenir qu'il est Dieu, Il semble en effet qu'il l'a oublié. Le prophète et l'évangéliste concourent à nous montrer ce Roi d'Israël « monté, disent-ils, sur une ânesse, i> a sedens super asinam. » Cnréîiens, qui n'en rougiroit? est-ce là une entrée royale? est-ce là un appareil de triomphe? Est-ce ainsi, ô Fils de David, que vous montez au trône de vos ancêtres et prenez possession de leur couronne? Toutefois arrêtons, mes Frères, et ne précipitons pas notre jugement. Ce Roi, que tout le peuple honore aujourd'hui par ses cris de réjouissance, ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes par l'éclat d'une vaine pompe ; mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines : et les sceptres rejetés, l'honneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie, font le plus grand ornement de son triomphe. Donc pour admirer cette entrée, apprenons avant toutes choses à nous dépouiller de l'ambition et à mépriser les grandeurs du monde. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour, et nous avons besoin plus que jamais d'implorer le secours d'en haut par les prières de la sainte Vierge, a Ave, Maria. t>

Jésus-Christ est roi par naissance; il est roi par droit de conquête; il est encore roi par élection. 11 est roi par naissance, Vils de Dieu dans l'éternité, Fils de David dans le temps : il est roi par droit de conquête; et outre cet empire universel que lui donne sa toute-puissance, il a conquis par son sang, et rassemblé par sa foi, et policé par son Évangile, un peuple particulier, recueilli de tous les autres peuples du monde : enfin il est roi par élection; nous l'avons choisi par le saint baptême, et nous ratifions tous les jours un si digne choix par la profession publique du christianisme. Un si grand Roi doit régner : sans doute qu'une royauté si réelle et fondée sur tant de titres augustes ne peut pas être sans quelque empire. Il règne en effet par sa puissance dans toute l'étendue de l'univers; mais il a établi les rois chrétiens pour être les principaux instruments de cette puissance : c'est à eux qu'appartient la gloire de faire régner Jésus-Christ; ils doivent le faire régner sur eux-mêmes, ils doivent le faire régner sur leurs peuples.

Dans le dessein que je me propose de traiter aujourd'hui ces deux vérités, je me garderai plus que jamais de rien avancer de mon propre sens. Que seroit-ce qu'un particulier qui se mêleroit d'enseigner les rois? Je suis bien éloigné de cette pensée : aussi on n'entendra de ma bouche que les oracles de l'Écriture, les sages avertissements des papes les sentences des saints évêques, dont les rois et les empereurs ont révéré la sainteté et la doctrine.

Et d'abord, pour établir mon sujet, j'ouvre l'Histoire sainte pour y lire le sacre du roi Joas ' , fils du roi Joram. Une mère dénaturée et bien éloignée de celle dont la constance infatigable n'a eu de soin ni d'application que pour rendre à un fils illustre son autorité aussi entière qu'elle lui avait été déposée, avait dépouillé ce jeune prince, et

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