s. Greg., lib. V Moral, cap. xi, tom. I, col
2. S. Greg. lib. XXVI, cap. xxvi. col. 833. — 3 . P». x», 14.
SECOND POINT
Le royaume de Jésus-Christ, c'est son Église catholicpie, et f entends ici par l'Église toute la société du peuple de Dieu. Jésus-Christ règne dans les États, lorsque l'Église y fleurit; et voici en peu de paroles, selon les oracles des prophètes, la grande et mémorable destinée de cette Église catholique. Elle a dû être établie malgré les rois de la terre; et dans la suite des temps elle a dû les avoir pour protecteurs. Un même psaume de David prédit en termes formels ces deux états de l'Église : « Quare fremuerunt gentes : » « Pourquoi les peuples se sont-ils émus, et ont-ils médité des choses vaines? Les rois de la terre se sont assemblés, et les princes ont fait une ligue contre le Seigneur et contre son Christ \ » Ne voyez-vous pas, Chrétiens, les empereurs et les rois frémissant contre l'Église naissante, qui cependant, toujours humble et toujours soumise, ne défendoit que sa conscience ! Dieu vouloit paroître tout seul dans l'établissement de son Eglise; car écoutez ce qu'ajoute le même Psalmiste : <r Celui qui habite au ciel se moquera d'eux, et l'Éternel se rira de leurs entreprises : »ccQui a habitat in cœlis, irredebit eos ^. 0 rois, qui voulez tout faire, il ne plaît pas au Seigneur que vous ayez nulle part dans l'établissement de son grand ouvrage : il lui plaît que des pêcheurs fondent son Eglise, et qu'ils l'emportent sur les empereurs.
Mais quand leur victoire sera bien constante et que le monde ne doutera plus que l'Kglise, dans sa foiblesse n'ait été plus forte que lui avec toutes ses puissances, vous viendrez à votre tour, ô empereurs, au temps qu'il a destiné ; et on vous verra baisser humblement la tète devant les tombeaux de ces pêcheurs : alors l'état de l'Église sera changé. Pendant que l'Église prenoit racine par ses croix et par ses souffrances, les empereurs, disoit TertuUien ', ne pouvoient pas être chrétiens ; parce que lé monde, qui la tourmentoit, devoit les avoir à sa tête. « Mais maintenant, » dit le saint Psalmiste : « Et nunc, ce reges, intelligite *; » maintenant qu'elle est établie, et que la main de Dieu s'est assez montrée, il est temps que vous veniez, ô rois du monde : commencez à ouvrir les yeux à la vérité ; apprenez la véritable justice, qui est la justice de l'Évangile : « 0 vous qui jugez la terre, servez le Seigneur en crainte : » « Serfite Domino in timoré * :» dilatez maintenant son règne. Servez le Seigneur : de quelle sorte le servirez- vous? Saint Augustin vous le va dire : « Servez-le comme des hommes particuliers, en obéissant à son Évangile, comme nous avons déjà [dit]; mais servez-le aussi comme rois, en faisant pour son Église ce qu'aucuns ne peuvent faire, sinon les rois : » « In hoc sera viunt Domino reges, in quantum sunt reges, cum ea faciunt ad ser- « viendum illi, quae non possunt facere nisi reges*. » Et quels sont ces services considérables que l'Église exige des rois comme rois?
1. Ps. u, 1, 2. — 2. Ibid., 4. — 3. Apolog., n. 21. — 4. Ps. ii, 10. S. Ibid., U. —6. Ep. CLXXXV, n. 19, tom. U, ool. 651.
De se rendre les défenseurs de sa foi, les protecteurs de son autorité,
ies gardiens et les fauteurs de sa discipline.
I La foi, c'est le dépôt, c'est le grand trésor, c'est le fondement de ' l'JÊglise. De tous les miracles visibles que Dieu a faits pour cet empire, le plus grand, le plus mémorable, et qui nous doit attacher le plus fortement aux rois qu'il nous a donnés, c'est la pureté de leur foi. Le trône que remplit notre grand monarque est le seul de tout l'univers où, depuis la première conversion, jamais il ne s'est assis que des princes enfants de l'Église. L'attachement de nos rois pour le saint-siége apostolique semble leur avoir communiqué quelque chose de la fermeté inébranlable de cette première pierre sur laquelle l'Église est appuyée; et c'est pourquoi un grand pape, c'est saint Grégoire, a donné dès les premiers siècles cet éloge incomparable à la couronne de France : qu'elle est autant au-dessus des autres couronnes du monde , que la dignité royale surpasse les fortunes particulières : « Quanto caeteros homines régla dignitas ante- Œ cedit , tanto caeterarum gentium régna regni vestri profecto culmen excellit^ »
Un si saint homme regardoit sans doute plus encore la pureté de la foi que la majesté du trône : mais qu'auroit-il dit, Chrétiens, s'il avoit vu durant douze siècles cette suite non interrompue de rois catholiques ? S'il a élevé si haut la race de Pharamond , combien auroitil célébré la postérité de saint Louis ! et s'il en a tant écrit à Childebert, qu'auroit-il dit à Louis-Auguste?
Sire, Votre Majesté saura bien soutenir de tout son pouvoir ce sacré dépôt de la foi, le plus précieux et le plus grand qu'elle ait reçu des rois ses ancêtres : elle éteindra dans tous ses États les nouvelles partialités. Et quel seroit votre bonheur, quelle seroit la gloire de vos jours, si vous pouviez encore guérir toutes les blessures anciennes ! Sire, après ces dons extraordinaires que Dieu vous a départis si abondamment, et pour lesquels Votre Majesté lui doit des actions de grâces immenses, elle ne doit désespérer d'aucun avantage qui soit capable de signaler la félicité de son règne : et peut-être, car qui sait les secrets de Dieu? peut-être qu'il a permis que Louis le Juste de triomphante mémoire se soit rendu mémorable éternellement, en renversant le parti qu'avoit formé l'hérésie, pour laisser à son successeur la gloire de l'étouffer tout entière par un sage tempérament de sévérité et de patience. Sire, quoi qu'il en soit, et laissant à Dieu l'avenir, nous supplions Votre Majesté qu'elle ne se lasse jamais de faire rendre aux oracles du Saint-Esprit et aux décisions de l'Église une obéissance non feinte, afin que toute l'Église catholique puisse dire d'un si grand roi, après saint Grégoire : a Nous devons prier sans cesse pour notre monarque très-religieux et très-chrétien, et pour la reine sa très-digne épouse, qui est un miracle de douceur et de piété, et pour son fils sérénissime notre prince, notre espérance : » a Pro vita piissimi et « christianissimi domini nostri, et tranquillissima ejus conjuge, et