‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 194 sur 221 · Sap. u · texte numérisé non relu

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été donnée à nos maîtres , afin que ceux qui veulent le bien soient aidés, et que les voies du ciel soient dilatées : » a Ad hoc enim potestas « super omnes homines dominorum meorum pietati cœlitus data est, ce ut qui bona appetunt , adjuventur , ut cœlorum via largiùs pa- « teat '. » Ainsi leur conscience les oblige à soutenir hautement le bon droit et la justice : car il est vrai que c'est la trahir, que de travailler foiblement pour elle, et l'expérience nous fait assez voir qu'une résistance trop molle ne fait qu'affermir le vice et le rendre plus audacieux. Les méchants n'ignorent pas que leurs entreprises hardies leur attirent nécessairement quelques embarras ; mais après qu'ils ont essuyé une légère tempête, que la clameur publique a fait élever contre eux, ils pensent avoir payé tout ce qu'ils doivent à la justice : ils défient après cela le ciel et la terre, et ne profitent de cette disgrâce que pour mieux prendre dorénavant leurs précautions. Ainsi , il faut résister à l'iniquité avec une force invincible; et nous pouvons bien le publier devant un roi si juste et si ferme, que c'est dans cette vigueur à maintenir la justice que réside la grandeur et la majesté.

J'ai remarqué deux éloges que l'Ecriture donne au roi Salomon au commencement de son règne; elle dit ces mots : « Salomon s'assit dans le tiône du Seigneur, en la place de David son père, et il plut à tous : » ce Sedit Salomon super solium Domini , pro David pâtre <r suo, et cunctis placuit '. » Remarquons ici en passant, Messieurs, que le trône royal appartient à Dieu, et que les rois ne le remplissent qu'en son nom. C'est une chose bien magnifique pour les rois, et qui nous oblige à les révérer avec une espèce de religion, mais par laquelle aussi Dieu les avertit d'exercer saintement et divinement une autorité divine et sacrée. Mais revenons à Salomon : il s'assit donc, dit l'Écriture, dans le trône du Seigneur, en la place de David son père, et il plut à tous : c'est la première peinture que nous fait le Saint-Esprit de ce grand prince. Mais après qu'il eut commencé de gouverner ses affaires, et qu'on le vit appliqué à faire justice à tout le monde avec grande connaissance, la même Ecriture relève son style, et parle de lui en ces termes : a Tout Israël entendit que le roi jugeoit droitement, et ils craignirent le roi, voyant que la sagesse de Dieu étoit en lui pour rendre justice : » « Audivit itaque omnis Israël a judicium quod rex judicasset, et timuerunt regem, videntes sapiena tiam Dei esse in eo ad faciendum judicium 3. » Sa mine haute et relevée le faisais aimer; sa justice le fait craindre de cette crainte de respect qui ne détruit pas l'amour, mais qui le rend plus retenu et plus circonspect. Les bons respiroient sous sa protection ; et les méchants appréheodoient son bras et ses yeux, qu'ils voyoient si éclairés et si appliqués tout ensemble à connoltre la vérité. La sagesse de Dieu étoit en lui, et l'amour qu'il avoit pour la justice lui faisoit trouver les moyens de la bien connoître : c'est la seconde qualité que la jus-

1. Epist. Lxv, ad Mauric. Aug., tom. II. p. 676. — 2. / Par. xxix, î3. 3. Ilf R^rj, m, 28.

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tice demande; et j'ai promis aussi de la traiter dans ma deuxi^ir-.' partie.

DEUXIÈME POINT

A\int que Dieu consumât par le feu du ciel ces villes abominables dont le nom même fait horreur, nous lisons dans la Genèse qu'il parla en cette sorte : « Le cri contre l'iniquité de Sodome et ile Gomorrhe s'est augmenté, et leurs crimes se sont aggravés jusqu'à l'excès. Je descendrai et je verrai s'ils ont fait selon la clameur qui est venue contre eux jusqu'à moi; ou si leurs œuvres sont contraires, afin que je le sache au vrai : « Clamor Sodomorum et Gomorrhae multiplicatus oc est, et peccatum eorum aggravatum est nimis. Descendam et videho « utnim clamorem, qui venit ad me, opère compleverint; an non est « ita, ut sciam '. Saint Isidore de Damiette, et après lui le grand pape saint Grégoire, ont fait cette belle observation sur ces paroles '. Encore qu'il soit certain que Dieu, du haut de son trône, non-seulement découvre tout ce qui se fait sur la terre, mais encore prévoie dès l'éternité tout, ce qui se développe par la révolution des siècles, toutefois, disent ces grands saints, voulant obliger les hommes de s'instruire par eux-mêmes de la vérité, et de n'en croire ni les rapports, ni même la clameur publique, cette sagesse infinie se rabaisse jusqu'à dire: « Je descendrai et je verrai; » afin que nous comprenions quelle exactitude nous est commandée pour nous informer des choses au milieu de nos ignorances, puisque celui qui sait tout fait une si soigneuse perquisition, et vient en personne pour voir. C'est, Messieurs, en cette sorte que le Très-Haut se rabaisse pour nous enseigner; et il donne par ces paroles deux instructions importantes à ceux qui sont en autorité. Premièrement, en disant : a Le cri est venu à moi,» H leur montre que leur oreille doit être toujours ouverte, toujours attentive à tout; mais en ajoutant après: « Je descendrai et je verrai,» il leur apprend qu'à la vérité ils doivent tout écouter, mais qu'ils doivent rendre ce respect à l'autorité que Dieu a attachée à leur jugement, de ne l'arrêter jamais qu'après une exacte information et un sérieux examen.

Ajoutons, s'il vous plaît. Messieurs, qu'encore ne suffit-il pas de recevoir ce qui se [ifésente; il faut chercher de soi-même et aller aulevant de la vérité, si nous voulons la connoître et la découvrir : car les hommes, et surtout les grands, ne sont pas si heureux que la férité aille à eux d'elle-même, ni de droit fil, ni d'un seul endroit; il De faut pas qu'ils se persuadent qu'elle perce tous les obstacles qui les environnent, pour monter à celte hauteur où ils sont placés : mais plutôt il faut qu'ils descendent, pour la chercher elle-même. C'est pourquoi le Seigneur a dit : a Je descendrai et je verrai; » c'est-à-dire

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