PREMIER PANÉGYRIQUE
DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE, prêi:hé a paris chez les rr. pp. minimes be la place royale en 1658.
séparation du monde, union intime avec Jésus-Christ, droit particulier sur les biens de Dieu, trois avantages qu'a donnés à François de Paule l'intégrité baptismale.
Fili, tu semper mecum es, et omnia mea taa sunt.
Mon fils, vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous. (Luc, XY. 31.)
Je ne pouvois désirer, Messieurs, une rencontre plus heureuse ni plus favorable , que de faire ici mon dernier discours, en produisant dans cette audience le grand et admirable saint François de Paule. L'adieu que doivent dire aux fidèles les prédicateurs de l'Évangile ne doit être autre chose qu'un pieux désir, par lequel ils tâchent d'attirer sur eux les bénédictions célestes; et c'est ce que fait l'apôtre saint Paul, lorsque, se séparant des Éphésiens, il les recommande au grand Dieu, et à sa grâce toute-puissanîe : « Et nunc commendo vos Deo, « et verbo gratiae ipsius '. » Je^e doute pas, Chrétiens, que les vœux de ce saint apôtre n'aient étôj^uivis de l'exécution; mais ne pouvant pas espérer un pareil effet de prières comme les miennes, ce m'est une consolation particulière de vous faire paroître saint François de Paule pour vous bénir en Notre-Seigneur. Ce sera donc ce grand patriarche qui, vous trouvant assemblés dans une église qui porte son nom, étendra aujourd'hui les mains sur vous; ce sera lui qui vous obtiendra les grâces du ciel, et qui, laissant dans vos esprits l'idée de sa sainteté et la mémoire de ses vertus, confirmera par ses beaux exemfdes les vérités évangéliques qui vous ont été prôchées durant ce carême. Animé de cette pensée , je commencerai ce discours avec une bonne espérance; et de peur qu'elle ne soit vaine, je prie Dieu de la confirmer par la grâce de son Saint-Esprit , que je lui demande humblement par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.
Ne parlons pas toujours du pécheur qui fait pénitence, ni du prodigue qui retourne dans la maison paternelle. Qu'on n'entende pas toujours dans les chaires la joie de ce père miséricordieux, qui a retrouvé son cadet qu'il avoit perdu. Cet aîné fidèle et obéissant, qui est toujours demeuré auprès de son père avec toutes les soumissions d'un bon fils, mérite bien aussi qu'on loue quelquefois sa persévérance. Il ne faut pas laisser dans l'oubli cette partie de la parabole; et Tinno-
l. Àcl. XXj 32.
cence toujours conservée, telle que nous la voyons en François de Paule, doit ausst avoir ses panégyriques. 11 est vrai que l'Évangile semble ne retentir de toutes parts que du retour de ce prodigue : il occupe ce, semble, tout l'esprit du père; vous diriez qu'il n'y ait que lui qui le touciie au cœur. Toutefois, au milieu du ravissement que ïui donne son cadet retrouvé, il dit deux ou trois mots à l'aîné, qui lui témoignent une affection bien particulière: oc Mon fils, vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous; t> et, je vous prie, ne vous fâchez pas si je laisse aujourd'hui épancher ma joie sur votre frère que j'avois perdu, et que j'ai retrouvé contre mon attente : « Fili, tu semper mecum es; » c'est-à-dire, si nous l'entendons : Mon fils, je sais bien reconnoître votre obéissance toujours constante, et elle m'inspire pour vous un fond d'amitié , laquelle ne laisse pas d'être plus forte, encore que vous ne la voyiez pas accompagnée de cette émotion sensible que me donne le retour inopiné de votre frère : « vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous; nos cœurs et nos intérêts ne sont qu'un : » «Tu semper mecum es, et omnia a mea tua sunt. » Voilà une parole bien tendre : cet aîné a un beau partage, et garde bien sa place dans le cœur du père.
Cette parole, Messieurs, se traite rarement dans les chaires, parce que cette fidélité inviolable ne se trouve guère dans les mœurs. Qui de nous n'est jamais sorti de la maison de son père? Qui de nous n'a pas été prodigue? Qui n'a pas dissipé sa substance par une vie déréglée et licencieuse? Qui n'a pas repu les pourceaux, c'est-à-dire ses passions corrompues? Puisqu'il y en a si peu dans l'Église qui aient su garder sans tache l'intégrité de leur baptême, il est beaucoup plus nécessaire de rappeler les pécheurs que de parler des avantages de l'innocence. Et toutefois, Chrétiens, comme l'Église nous montre aujourd'hui, en la personne de saint François de Paule, une sainteté extraordinaire, qui s'est commencée dès l'enfance, et qui s'est toujours augmentée jusqu'à son extrême vieillesse ; comme nous voyons en ce grand homme un religieux accompli; comme nous admirons, dans sa longue vie, un siècle presque tout entier d'une piété toujours également soutenue : prodigues que nous sommes, respectons cet aîné toujours fidèle, et célébrons les prérogatives de la sainteté baptismale si soigneusement conservée.
Je les trouve toutes ramassées dans les paroles de mon texte. Être toujours avec Jésus-Christ sur sa croix et dans ses souffrances, dans la mépris du monde et des vanités; et être toujours avec Jésus-Christ paï une sainte correspondance de charité, et une véritable unité de cœur* voilà deux choses qui sont renfermées dans la première partie de mou texte : « Fili, tu semper mecum es : i> « Mon fils, vous êtes toujour avec moi; » mais il ajoute, pour comble de gloire, <« et tout ce qui est à moi est à vous, » < et omnia mea tua sunt : » c'est-à-dire que l'innocence a un droit acquis sur tous les biens de son Créateur. Ce sont, mes Frères, les trois avantages qu'a donnés à François de Paule l'intégrité baptismale. Nous commençons dans le saint baptême à être avec Jésus-Christ sur la croix, parce aue nous y professons le mépris
du monde • saint François, dès son enfance, a éternellement rompu le commerce avec lui pa'r une vie pénitente et mortifiée. Nous commençons dans le saint baptême à nous unir à Dieu par la charité : il n'a jamais cessé d'avancer toujours dans cette bienheureuse communication. Nous acquérons dans le saint baptême un diuit particulier sur les biens de Dieu : et saint François a tellement conservé et même encore augmenté ce droit, qu'on l'a vu maître de soi-même et de toutes choses, par une puissance miraculeuse que Dieu lui avoit donnée presque sur toutes les créatures. Ces trois merveilleux avantages de la sainteté baptismale , tous ramassés dans mon texte, et dans la personne de François lePaule, feront le partage de ce discours, et le sujet de vos attentions.
PREMIER POINT
C'est une fausse imagination que de croire que l'obligation de quitte»- le monde ne regarde que les cloîtres et les monastères. Ce qu'a dit l'apôtre saint Paul', que nous sommes morts et ensevelis avec Jésus- Christ, étant une dépendance de notre baptême, oblige également tous les fidèles, et leur impose une nécessité indispensable de rompre tout commerce avec le monde. Et en efî'et, Messieurs, les liens qui nous attachent au monde se formant en nous par la naissance, il est clair qu'ils se doivent rompre par la mort. Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine : c'est pourquoi les tombeaux sont appelés des solitudes : « ^dificant sibi solitudines'. » Si donc nous sommes morts en Jésus-Christ par le saint baptême, nous avons par conséquent renoncé au monde.
Le grand apôtre saint Paul nous a expliqué profondément ce que c'est que cette mort spirituelle, lorsqu'il a parlé en ces termes : a Le monde, dit-il, est crucifié pour moi, et moi je suis crucifié pour le monde : » « Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo^. t> Le docte et éloquent saint Jean Chrysostome fait une belle réflexion sur ces paroles: Ce n'est pas assez, dit-il ^ à l'apôtre, que le chrétien soit mort au monde; mais il ajoute encore, il faut que le monde soit mort pour le chrétien : et cela; pour nous faire entendre que le commerce est rompu des deux côtés et qu'il n'y a plus aucune alliance. Car, poursuit ce docte interprète, l'apôtre considéroit que non-seulement les vivants ont quelques sentiments les uns pour les autres, mais qu'il leur reste encore quelque affection pour les morts : ils en conservent le souvenir; ils leur rendent quelques honneurs, ne seroit-ce que ceux de la sépulture. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul ayant entrepris de nous faire entendre jusqu'à quelle extrémité le fidèle doit se dégager de l'amour du monde : ce n'est pas assez, nous dit-il, que lecomaierce soit rompu. entre le monde et le chrétien, comme il l'est entre les vivants et les mons ; car il y a souvent quelque aflfection des vivants aux morts, qui va les chercher dans le tombeau même. Il faut
1. Hom. VI, 3, 4. — 2. joh. III, l'i. — 3. Galat. vr, m, "à. De Compitnrt., lib. 17, n. 7, tom. I, pag. (42.
une plus grande rupture; et afin qu'il n'y reste plus aucune alliance, tel qu'est un mort à l'égard dun autre mort, tel doit être le monde et le chrétien : «Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. » Où va cela, Chrétiens, et où nous conduit ce raisonnement? Il faut vous en donner, en peu de paroles, une idée plus particulière.
Ce qui nous fait vivre au monde, c'est l'inclination pour le monde : ce qui fait vivre le monde pour nous, c'est un certain éclat qui nous charme dans les biens du monde. La mort éteint les inclinations, la mort ternit le lustre de toutes choses : c'est pourquoi, dit saint Paul, je suis mort au monde; je n'ai plus d'inclination pour le monde : le monde est mort pour moi, il n'a plus d'éclat pour mes yeux. Comme on voit dans le plus beau corps du monde, qu'aussitôt que l'âme s'en est retirée, encore que les linéaments soient presque les mêmes, cette fleur de beauté se passe, et cette bonne grâce s'évanouit ; ainsi le monde est mort pour le chrétien ; il n'a plus d'appas qui l'attirent, ni de charmes qui touche son cœur. Voilà cette mort spirituelle qui sépare le monde et le chrétien: telle est l'obligation du baptême. Mais si nous avons mal observé les promesses que nous avons faites, admirons du moins aujourd'hui la sainte obstination de saint François de Paule à combattre la nature et ses sentiments; admirons la fidélité inviolable de ce grand homme, qui a été envoyé de Dieu, pour faire revivre en son siècle cet esprit de mortification et de pénitence, c'est-à-dire le véritabJe esprit du christianisme , presque entièrement aboli par la mollesse.
Que dirai-je ici, Chrétiens, et par où commencerai-je l'éloge de sa pénitence? qu'admirerai-je le plus, ou qu'il l'ait sitôt commencée, ou qu'il l'ait fait durer si longtemps avec une pareille vigueur? Sa tendre enfance l'a vue naître en lui, sa vieillesse la plus décrépite ne l'a jamais vue relâchée. Par l'une de ces entreprises, il a imité Jean-Baptiste; et par l'autre il a égalé les Paul, les Antoine, les Hilarion. Vous allez voir. Messieurs, en ce grand homme un terrible renversement de la nature; et afin de le bien entendre, représentez-vous en vousmêmes quelles sont ordinairement dans tous les hommes les deux extrémités de la vie : je veux dire, l'enfance et la vieillesse. Elles ont déjà cela de commun, que la foiblesse et l'infirmité sont leur partage. L'enfance est foible, par ce qu'elle ne fait que commencer; la vieillesse, parce Iqu'elle approche de sa ruine, prête à tomber par terre. Dans l'enfance, le corps est semblable à un bâtiment encore imparfait; et il ressemble dans la vieillesse à un édifice caduc, dont les fondements sont ébranlés. Les désirs en l'une et en l'autre sont proportionnés à leur état. Avec le même empressement que l'enfance montre pour la nourriture, la vieillesse s'étudie aux précautions; parce que l'une veut acquérir ce qui lui manque, et l'autre retenir ce qui lui échappe. Ainsi l'une demande des secours pour avancer à sa perfection, et l'autre cherche des appuis pour soutenir sa défaillance. C'est pourquoi elles sont toutes deux entièrement appliquées à ce qui touche le corps : la dernière, sollicitée par la crainte; et la première, poussée par un secret instinct de la nature.
François de Paule, Messieurs, est un homme que Dieu a voulu en-
voyer au monde pour nous montrer que les lois de la nature cèdent, quand il lui plaît, aux lois de la grâce. Nous voyons en cet homme admirable, contre tout l'ordre delà nature, un enfant qui modère ses désirs, un vieillard qui n'épargne pas son peu de force. C'est ce fils fidèle et persévérant, qui est toujours avec Jésus-Christ. Jésus a toujours été dans les travaux : a In laboribus a juventute mea'; » il a toujours été sur la croix : François de Paule enfant, commence les travaux de sa pénitence. Il n'avoit que six ou sept ans, que des religieux très-réformés admiroient sa vie austère et mortifiée. A treize ans il quitte le monde et se jette dans un désert, de peur de souiller son innocence par la contagion du siècle. Grâce de baptême, mort spirituelle, où as-tu jamais paru avec plus de force? Cet enfant est déjà crucifié au monde, cet enfant est déjà mort au monde, auquel il n'a jamais commencé de vivre! Cela est admirable, sans doute, mais voici qui ne l'est pas moins.
A quatre-vingt-onze ans, ni ses fatigues continuelles, ni son extrême caducité, ne le peuvent obliger de modérer la sévérité de sa vie. Il fait un carême éternel; dans la rigueur de son jeûne, un peu de pain est sa nourriture, de l'eau toute pure étanche sa soif : à ses jours de réjouissance, il y ajoute quelques légumes; voilà les ragoûts de François de Paule. Au milieu de certte rigueur, de peur de manger pour le plaisir, il attend toujours la dernière nécessité. Il ne songe à prendre sa réfection, que lorsqu'il sent que la nuit approche. Après avoir vaqué tout le jour au service de son Créateur, il croit avoir quelque droit de penser pourvoir à l'infirmité de la nature. Il traite son corps comme un mercenaire, à qui il donne son pain quand il a achevé sa journée. Par une nourriture modique, il se prépare à un sommeil léger; louant la munificence divine, de ce qu'elle lui apprend si bien à se contenter de peu. Telle est la conduite de saint François en santé et en maladie; tel est son régime de vivre. Une vigueur spirituelle, qui se renouvelle et se fortifie de jour en jour, ne permet pas à son âme de sentir la caducité de l'âge. C'est cette jeunesse intérieure qui soutenoit ses membres cassés, dans sa vieillesse décrépite, et lui a fait continuer sa pénitence jusqu'à la fin de sa vie.
Voici, mes Frères, un grand exemple, pour confondre notre mollesse. 0 Dieu de mon cœur! quand je considère que cet homme si pur et si innocent, cet homme qui est toujours demeuré dans l'enfance et la simplicité du saint baptême, fait une pénitence si rigoureuse; je frémis jusqu'au fond de l'âme, et les continuelles mortifications de cet innocent me font trembler pour les criminels qui vivent dans les délices. Quand nous aurions toujours conservé la sainteté baptismale ; la seule conformité avec Jésus-Christ nous oblige d'embrasser sa croix en mortifiant nos mauvais désirs. Mais lorsque nous avons été assez malheureux pour perdre la sainteté et la grâce par quelque faute mortelle, il est bien aisé de juger combien alors cette obligation «st redoublée. Car l'apôtre saint Paul nous enseigne que quiconque
t. è*s. Lxxxvn, 16.
déchoit de la grâce, crucifie de nouveau Jésus-Christ'; q\x'l perce encore une fois ses pieds et ses mains; que non-seulement il répand, mais encore qu'il foule aux pieds son sang précieux^. S'il est ainsi, Chrétiens, mes frères; pour réparer cet attentat par lequel nous crucifions Jésus-Christ, que pouvons-nous faire autre chose sinon de nous crucifier nous-mêmes, et de venger sur nos propres corps l'injure que nous avons faite à notre Sauveur?
Tout autant que nous sommes de pécheurs, prenons aujourd'hui ces sentiments; et imprimons vivement en nos esprits cette obligation indispensable de venger Jésus-Christ en nous-mêmes. Je ne vous demande pas, pour cela, ni des jeûnes continuels, ni des macérations extraordinaires, quoique , hélas ! quand nous le ferions, la justice divine aurait droit d'en exiger encore beaucoup davantage : mais notre lâcheté et notre foiblesse ne permettent pas seulement que l'on nous propose une médecine si forte. Du moins, corrigeons nos mauvais désirs; du moins, ne pensons jamais à nos crimes sans nous affliger devant Dieu de notre prodigieuse ingratitude. Ne donnons point de bornes à une si juste douleur; et songeons qu'étant subrogée à une peine d'une éternelle durée, elle doit imiter, en quelque sorte, son intolérable perpétuité : faisons la donc durer du moins jusqu'à la fin de notre vie. Heureux ceux que la mort vient surprendre dans les humbles sentiments de la pénitence 1 Je parle mal. Chrétiens; la mort ne les surprend pas. La mort pour eux, n'est pas une mort; elle n'est mort que pour ceux qui vivent enivrés de l'amour du monde.
Notre incomparable François étoit en la cour de Louis XI, où Ton voyoit tous les jours et le pouvoir de la mort, et son impuissance : son pouvoir, sur ce grand monarque; son impuissance sur ce pauvre ermite. Louis, resserré dans ses forteresses, et environné de ses gardes, ne sait à qui confier sa vie; et la crainte de la mort le saisit de telle sorte, qu'elle lui fait méconnoître ses meilleurs amis. Vous voyez un prince. Messieurs, que la mort réduit en un triste état : toujours tremblant, toujours inquiet, il craint généralement tout ce qui l'approche; et il n'est précaution qu'il ne cherche pour se garantir de cette ennemie, qui saura bien éluder ses soins et les vains raffinements de sa politique.
Regardez maintenant le pauvre François, et voyez si elle lui fera seulement froncer les sourcils. Il la contemple avec un visage riant : elle ne lui est pas inconnue ; et il y a déjà trop longtemps qu'il s'est familiarisé avec elle, pour être étonné de ses approches. La mortification l'a accoutumé à la mort; les jeûnes et la pénitence, dit Tertullien^, la lui ont déjà fait voir de près, et l'ont souvent avancé dans son voisinage : « Saepe jejunans, mortem de proximo novit. jj II sortira du monde plus légèrement : il s'est déjà déchargé lui-même d'une partie de son corps, comme d'un empêchement importun à l'âme : a prœmisso jam sanguinis succo, tanquam animas impedimento. d C'est pourquoi, sentant approcher la mort, il lui tend de bon cœur les bras ;
i. Heb. VI, &- — a. Ibid.. x. aa. — 3. De jej un., n. 12.
il lui présente avec joie ce qui lui reste de corps, et d'un visage riant il lui désigne l'endroit où elle doit frapper son dernier coup. 0 mort, lui dit-il, quoique le monde te nomme cruelle et inexorable, tune me feras aucun mal, parce que tu ne m'ôteras rien de ce que j'aime. Bien loin de rompre le cours de mes desseins, tu ne feras qu'achever l'ouvrage que j'ai commencé, en me défaisant de toutes les choses dont je tâche de me défaire il y a longtemps. Tu me déchargeras de ce corps : ô mort, je t'en remercie; il y a plus de quatre-vingts ans que je travaille moi-même à m'en décharger. J'ai professé, dans le baptême, que ses désirs ne me touchoient pas; j'ai tâché de les couper pendant tout le cours de ma vie : ton secours, ô mort, m'étoit nécessaire, pour en arracher la racine; tu ne détruits pas ce que je suis, mais tu achèves ce que je fais.
Telle est la force de la pénitence. Celui qui aime ses exercices a toujours son ânae en ses mains, et est prêt à tout moment de la rendre. L'admirable François de Paule , tout rempli de ces sentiments, et nourri dès sa tendre enfance sur la croix de notre Sauveur, n'avoit garde de craindre la mort. Mais nous parlons déjà de sa mort, et nous ne faisons encore que de commencer les merveilles de sa sainte vie : Tordre des choses nous y a conduits. Mais continuons la suite de notre dessein; et spr's avoir vu notre grand saint François uni si étroitement avec Jésus-Christ dans la société de ses souffrances, voyons-le dans la bienheureuse participation de sa sainte familiarité : a tu semper oc mecum es : » c'est ma seconde partie.
DEUXIÈME POINT
Saint Paul écrivant aux Hébreux, a prononcé cette sentence dans le chapitre vi de cette épltre admirable : a 11 est impossible, dit-il, que ceux qui ont reçu une fois dans le saint baptême les lumières de la grâce, qui ont goûté le don céleste, qui ont été faits participants du Saint-Esprit, et sont tombés volontairement de cet état bienheureux, soient jamais renouvelés par la pénitence : Impossibile est rursum renovari ad pœnitentiam '. » Je m'éloignerois de la vérité, si je voulois conclure de ce passage, comme faisoient les novatiens, que ceux qui sont une fois déchus de la grâce n'y peuvent jamais être rétablis : mais je ne croirai pas me tromper, si j'en tire cette conséquence, qu'il Y a ie ne sais quoi de particulier dans l'intégrité baptismale, qu'on ne retrouve jamais quand on l'a perdue : « Impossibile est rursum recc novari. » Rendez-lui sa première robe, dit ce Père miséricordieux parlant du prodigue pénitent; c'est-à-dire, rendez-lui la justice dont il s'étoit dépouillé lui-même. Cette robe lui est rendue, je le confesse : qu'elle est belle et resplendissante ! mais elle auroit encore un éclat plus grand, si elle n'avoit jamais été souillée. Le père, je le sais bien, reçoit son fils dans sa maison, et il le fait rentrer dans ses premiers droits; mais néanmoins il ne lui dit pas : Mon fil-, tu es toujours avec