Pêal. XXXIX, 8, s. — 2. Ibid., cxiiT
» Kfxar. in PsaL cxuv. n. 23, tom. iv, coi. lâSib
trouvé de secours plus prompt, ni de protection plus assurée. Presque toutes les créatures ont senti cette puissance si peu limitée, que Dieu lui donnoit sur ses biens; et je vous raconterois avec joie les miracles presque infinis que Dieu faisoit par son ministère, non-seulemenC dans les grands besoins, mais encore, s'il se peut dire, sans nécessité, n'étoit que ce détail seroit ennuyeux, et apporteroit peu de fruit. Mais comme de tels miracles, qui se font particulièrement hors d"" grands besoins, sont le sujet le plus ordinaire de la raillerie des incrédules, il faut qu'à Toccasion du grand saint François je tâche aujourd'hui de leur apprendre, par une doctrine solide, à parler plus révéremment des œuvres de Dieu. Voici donc ce que j'ai va dans las saintes Lettres, touchant ces sortes de miracles.
Je trouve deux raisons principales, pour lesquelles Dieu étend son bras à des opérations miraculeuses : la première, c'est pour montrer sa grandeur, et convaincre les hommes de sa puissance; la seconde, pour faire voir sa t)onté et combien il est indulgent à ses serviteurs. Or je remarque cette différence dans ces deux espèces de miracles, que lorsque Dieu veut faire un miracle pour montrer seulement sa toute-puissance, il choisit des occasions extraordinaires. Mais quand il veut faire encore sentir sa bonté, il ne néglige pas les occasions les plus communes. Cela vient de la différence de ces deux divins attributs. La toute-puissance semble surmonter de plus grands obstacles ; la bonté descend à des soins plus particuliers. L'Écriture nous le fait voir en deux chapitres consécutifs du quatrième livre des Rois. Elisée guérit Naaman le lépreux, capitaine général de la milice du roi de Syrie, et chef des armées de tout son royaume : voilà une occasion extraordinaire, où Dieu veut montrer son pouvoir aux nations infidèles, ce Qu'il vienne à moi, dit Elisée, et qu'il sache qu'Israël n'est point sans prophète : » a Veniat ad me, et sciât esse prophetam in Israël '. » Mais, au chapitre suivant, comme les enfants des prophètes travailloient sur le bord d'un fleuve, l'un d'eux laisse tomber sa cognée dans l'eau, et aussitôt crie à Elisée : « Heu I heu ! heu 1 Domine mi, ce et hoc ipsum mutuo acceperam' : » et Hélas I cette cognée n'étoit pas à moi ; je l'avois empruntée. » Et encore qu'une rencontre si peu importante semblât ne mériter pas un miracle, néanmoms Dieu, qui se plaît à faire connoltre qu'il aime la simplicité de ses serviteurs, et prévient leurs désirs dans les moindres choses, fit nager miraculeusement ce fer sur les eaux, au commandement d'Élisée, et ie rendit à celui qui l'avoit perdu. Et d'où vient cela, Chrétiens, si ce n'est qut. notre grand Dieu, qui n'est pas moins bon que puissant, nous montiant sa toute-puissance dans les entreprises éclatantes, veut bien aussi, quand il lui plaît, montrer dans les moindres la facilité incroyable avec laquelle il s'abandonne à ses serviteurs, pour justifier cette parole : a. Omnia mea tua sunt? »
Puisque le grand saint François de Paule a été choisi de Dieu en son temps, pour faire éclater en sa personne cette merveilleuse com-
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munication qu'il donne de sa puissancîe à ses bons amis , je ne m'étonne pas, Chrétiens, si les fidèles de Jésus-Christ ont eu tant de confiance en lui durant sa vie, ni si elle dure encore, et a pris de nouvelles forces après sa mort. Je ne m'étonne pas de voir sa mémoire singulièrement honorée par la dévotion publique, son ordre révéré par toute l'Église, et les temples qui portent son nom, et sont consacrés à sa mémoire, fréquentés avec grand concours par tous les fidèles.
Mais ce qui m'étonne, mes Frères, ce que je ne puis vous dissimuler, ce que je voudrois pouvoir dire avec tant de force que les cœurs les plus durs en fussent touchés, c'est lorsqu'il arrive que ces mêmes temples, où la mémoire de François de Paule, où les bons exemples de ses religieux, enfin, pour abréger ce discours, où toutes choses inspirent la dévotion, deviennent le théâtre de l'irrévérence de quelques particuliers audacieux. Je n'accuse pas tout le monde, et je ne doute pas, au contraire, que cette église ne soit fréquentée par des personnes d'une piété très-recommandable. Mais qui pourroit souff'rir sans douleur, que sa sainteté soit déshonorée parles désordres de ceux qui, ne respectant ni Dieu ni les hommes, la profanent tous les jours parleurs insolences? Que s'il y avoit dans cet auditoire quelquesuns de cette troupe scandaleuse, permettez-moi de leur demander, que leur a fait ce saint lieu qu'ils choisissent pour le profaner par leurs paroles, par leurs actions, par leurs contenances impies; que leur ont fait ces religieux, vrais enfants et imitateurs du grand saint François de Paule : et leur vie a-t-elle mérité, au milieu de tant de travaux que leur fait subir volontairement leur mortification et leur pénitence, qu'on leur ajoute encore cette peine, qui est la seule qui les afflige, de voir mépriser à leurs yeux le maître qu'ils servent?
Mais laissons les hommes mortels, et parlons des intérêts du Sauveur des âmes. Que leur a fait Jésus-Christ qu'ils viennent outrager jusque dans son temple? Pendant que le prêtre est saisi de crainte, dans une profonde considération des sacrements dont il est ministre; pendant que le Saint-Esprit descend sur l'autel pour y opérer les sacrés mystères, que les anges les révèrent, que les démons tremblent, que ■les âmes saintes et pieuses de nos frères qui sont décédés attendent leur soulagement des saints sacrifices : ces impies discourent aussi librement, que si tout ce mystère étoit une fable. D'où leur vient cette hardiesse devant Jésus-Christ? est-ce qu'ils ne le connoissent pas, parce qu'il se cache; ou qu'ils le méprisent, parce qu'il se tait? Vive le Seigneur tout-puissant, en la présence duquel je parle : ce Dieu qui se tait maintenant, ne se taira pas toujours; ce Dieu qui se tient maintenant caché, saura bien quelque jour paroître pour leur confusion éternelle. J'ai cru que je ne devois pas quitter cette chaire, sans leur donner ce charitable avertissement. C'est honorer saint François de Paule que de travailler, comme nous pouvons, à purger son église de ces scandaleux; et je les exhorte, en Notre-Seigneur , de profiter de cette instruction, s'ils ne veulent être regardés comme des profanateurs publics de tous les mystères du christianisme.
Mais après leur avoir parlé je retourne à vous, Chrétiens, qui venez
en ce temple pour adorer Dieu, et pour y écouter sa sainte parole. Que vous dirai-je aujourd'hui, et par où conclurai-je ce dernier discours? Ce sera par ces beaux mots de l'apôtre : a Deus autem spei « repleat vos gaudio et pace in credendo, ut abundetis in spe et virtute ce Spiritus sancti ' : » a Que le Dieu de mon espérance vous remplisse de joie et de paix, en croyant à la parole de son Évangile; afin que vous abondiez en espérance, et en la vertu du Saint-Esprit. » C'est l'adieu que j'ai à vous dire : nos remercîments sont des vœux ; nos adieux, des instructions et des prières. Que ce grand Dieu de notre espérance, pour vous récompenser de l'attention que vous avez donnée à son Évangile, vous fasse la grâce d'en profiter. C'est ce que je demande pour vous : demandez pour moi réciproquement, que je puisse tous les jours apprendre à traiter saintement et fidèlement la parole de vérité; que, non-seulement je la traite, mais que je m'en nourrisse et que j'en vive. Je vous quitte avec ce mot; et ce ne sera pas néanmoins sans vous avoir désiré 4 tous, dans toute l'étendue de mon cœur, la félicité éternelle, au ilom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit, oc Amen. »