Cor. I, 23. — 2 Tertull. adv. Marcion.^ lib. II, n
DE SAINT FRANÇOIS d' ASSISE. 105
poires : en un mot, à les en croire, toute sa vie n'étoit qu'une représentation sans réalité. Sans doute les vérités de Jésus ont été un scandale à ces hérétiques, puisqu'ils ont fait un fantôme du sujet de notre espérance; ils ont voulu être trop sages, et par ce moyen ont détruit, selon leur pouvoir, le déshonneur nécessaire de notre foi : « Necessa- « rium dedecus fidei, » dit le grave Tertullien '.
Mais les vrais serviteurs de Jésus-Christ n'ont point eu de ces délicatesses, ni de ces vaines complaisances. Ils se sont bien gardés de croire les choses à demi, ni de rougir de l'ignominie de leur Maître : ils n'ont point craint de faire éclater par toute la terre le scandale et la folie de la croix dans toute leur étendue : ils ont prédit aux Gentils que cette folie détruiroit leur sagesse. Et quant à ces grandes absurdités que les païens trouvoient dans notre doctrine, nos Pères ont répondu que les vérités évangéliques leur sembloient d'autant plus croyables que selon la philosophie humaine elles paroissoient tout à fait impossibles : « Prorsuscredlbileest, quia ineptum est;.... certum est, quia impossi- « bile est, » disoit autrefois Tertullien ^ Ainsi notre foi se plaît d'étourdir la sagesse humaine par des propositions hardies, où elle ne peut rien comprendre.
Depuis ce temps-là, mes Frères, la folie est devenue une qualité honorable; et l'apôtre saint Paul a publié, de la part de Dieu, cet édit que j'ai récité dans mon texte : a Si quelqu'un veut être sage, il faut nécessairement qu'il soit fou, » « stultus fiât ut sit sapiens. » C'est pourquoi ne vous étonnez pas si ayant entrepris aujourd'hui le panégyrique de saint François je ne fais autre chose que vous montrer sa folie, beaucoup plus estimable que toute la prudence du monde. Mais d'autant que la première et la plus grande folie, c'est-à-dire la plus haute et la plus divine sagesse que l'Évangile nous prêche, c'est l'incarnation du Sauveur, il ne sera pas hors de propos, pour prendre déjà quelque idée de ce que j'ai à vous dire , que vous fassiez réflexion sur cet auguste mystère, pendant que nous réciterons les paroles que l'ange adressa à Marie lorsqu'il lui en apporta les nouvelles. Implorons donc l'assistance du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge.* Ave. »
Cette orgueilleuse sagesse du siècle, qui, ne pouvant comprendre la justice des voies de Dieu, emploie toutes ses fausses lumières à les contredire, se trouve merveilleusement confondue par la doctrine de l'Évangile, et par les très-saints mystères du Sauveur Jésus. Déjà la toute-puissance divine avoit commencé à lui faire sentir sa foiblesse dès l'origine de l'univers, en lui proposant des énigmes indissolubles dans tous les ordres des créatures, en lui présentant le monde comme un sujet éternel de questions inutiles, qui ne seront jamais terminées par aucunes décisions. Et certes il étoit vraisemblable que ces grands et impénétrables secrets, qui bornent et resserrent si fort les connoissances de l'esprit humain, donneroient en môme temps des limites à son orgueil. Toutefois, à notre malheur, il n'en est pas arrivé de la