De carne Chr., n. 5. — 2. Ibld
sorte, et en voici la cause qui me semble la plus apparente : c'est que la raison humaine, toujours téméraire et présomptueuse, ayant entrevu quelque petit jour dans les ouvrages de la nature, s'est imaginé découvrir quelque grande et merveilleuse lumière; au lieu d'adorer son Créateur, elle s'est admirée elle-même. L'orgueil, comme vous savez, Chrétiens, a cela de propre, qu'il prend son accroissement de lui-même, si petits que puissent être ses commencements, parce qu'il enchérit toujours sur ses premières complaisances par ses flatteuses réflexions.
Ainsi l'homme s'étant trop plu dans ces belles conceptions, s'est persuadé que tout l'ordre du monde devoit aller selon ses maximes. 11 s'est enfin lassé de suivre la conduite que Dieu lui avoit prescrite, afin de le ramener à lui comme à son principe. Au contraire, il a voulu que la divinité se réglât selon ses idées; il s'est fait des dieux à sa mode, il a adoré ses ouvrages et ses fantaisies : et s'étant évanoui, comme dit l'apôtre ', dans l'incertitude de ses pensées, lorsqu'il a cru se voir élevé au comble de la sagesse, il s'est précipité dans une extrême folie : cDicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt^ »
C'est pourquoi cette sagesse éternelle qui prend plaisir de guérir ou de confondre la sagesse humaine, s'est sentie obligée de former de nouveaux desseins et de commencer un nouvel ordre de choses par Notre-Seigneur Jésus- Christ; et admirez, s'il vous plaît, la profondeur de ses jugements. Dans le premier ouvrage que Dieu nous avoit proposé, qui est cette belle fabrique du monde, notre esprit y voyoit d'abord des traits de sagesse infinie. Dans le second ouvrage, qui comprend la doctrine et la vie de notre Maître crucifié, il n'y découvre au premier aspect que folie et extravagance. Dans le premier, nous vous disions tout à l'heure que la raison humaine y avoit compris quelque chose; et en étant devenue insolente, elle n'a pas voulu reconnoître celui qui lui donnoit ses lumières. Dans le second dessein, qui est d'une toute autre excellence, toutes ses connoissances se perdent, elle ne sait du tout où se prendre; et par là il faudra nécessairement, ou bien qu'elle se soumette à une raison plus haute, ou bien qu'elle soit confondue : et de façon ou d'autre, la. victoire demeurera à la sagesse divine.
Et c'est ce que nous apprenons par ce docte raisonnement de l'apôtre. Notre Dieu, dit ce grand personnage, avoit introduit l'homme dans ce bel édifice du monde, afin qu'en admirant l'artifice, il en adorât l'architecte. Cependant l'homme ne s'est pas servi de la sagesse que Dieu lui donnoit, pour reconnoître son Créateur par les ouvrages de sa sagesse, ainsi que l'apôtre nous le déclare : « Quia in Dei sa- « pientia non cognovit mundus per sapientiam Deum '. » Hé bien 1 qu'en arrivera-t-il, saint apôtre? Pour cela, continue- t-il, Dieu a posé cette loi éternelle, que dorénavant les croyants ne pussent être sauvés que par la folie de la prédication : « Placuit Deo per stultitiam praeii dicationis saivos facere credeutes ^ » A quoi te résoudras-tu donc,