Uom de >. Phiiog., n. 1, tom. I, p
animaux, même les plus vils, ne manquent d'auciines des choses convenables à leur subsistance : ni sa main n'est point raccourcie, ni ses trésors ne sont point épuisés; mais il a voulu que vous eussiez l'honneur de faire vivre vos semblables. Quelle gloire en vérité, chrétiens, si nous la savions bien comprendre ! Par conséquent, bien loin de mépriser les pauvres, vous les devriez respecter, les considérant comme d63 personnes que Dieu vous adresse et vous recommande.
Car enfin méprisez-les, traitez-les indignement tant qu'il vous plaira, il ikut néanmoins qu'ils vivent à vos dépens, si vous ne voulez encourir l'indignation de celui qui , parmi ces noms si augustes d'Éternel et de Dieu des armées, se glorifie encore de se dire le père des pauvres. Vive Dieu, dit le Seigneur, c'est jurer par moi-même, le ciel et la terré et tout ce qu'ils enferment est à moi : vous êtes obligés de me rendre la redevance de tous les biens que vous possédez. Mais certes pour moi je n'ai que faire ni de vos off"randes ni de vos richesses : je suis votre Dieu, et n'ai pas besoin de vos biens. Je ne peux souffrir de nécessité qu'en la personne des pauvres, que j'avoue pour mes enfants; c'est à eux que j'ordonne que vous payiez fidèlement le tribut que vous me devez. Voyez- vous, mes Frères; ces pauvres que vous méprisez tant, Dieu les établit ses trésoriers et ses receveurs généraux : il veut que l'on consigne en leurs mains tout l'argent qui doit entrer dans ses coffres. Il ne leur donne ici-bas aucun droit qu'ils puissent exiger par une justice étroite; mais il leur permet de lever sur tous ceux qu'il a enrichis un impôt volontaire, non par crainte, mais par charité. Que si on les refuse, si on les maltraite, il n'entend pas qu'ils portent leur plainte par-devant des juges mortels; lui-même il écoutera leurs cris du plus haut des cieux : comme ce qui est dû aux pauvres ce sont ses propres deniers, il en a réservé la connoissance à son tribunal. C'est moi qui les vengerai, dit-il : je ferai miséricorde à qui leur fera miséricorde, je serai impitoyable à qui sera impitoyable pour eux. Merveilleuse dignité des pauvres! la grâce, la miséricorde, le pardon est entre leurs mains; et il y a des personnes assez insensées pour les mépriser : mais encore n'est-ce pas là par où saint François les considère le plus.
Ce petit enfant de Bethléem, cesf ainsi qu'il appelle mon Maître, c*» Jésus « qui étant si riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, afin de nous enrichir par son indigence, » comme dit l'apôtre saint Paul'; ce Roi pauvre, qui venant au monde n'y trouve point d'habit plus digne de sa grandeur que celui de la pauvreté, c'est là ce qui touche son âme. Ma chère pauvreté, disoit-il, si basse que soit ton extraction, selon le jugement des hommes, je ne puis que je ne t'estime depuis que mon Maître t'a épousée. Et certes il avoit raison , Chrétiens. Si un roi épouse une fille de basse extraction , elle devient reine : on en murmure quelque temps; mais enfin on la reconnolt : elle est anoblie par le mariage du prince ; sa noblesse passe à sa maison , ses parente ordinairement sont appelés aux plus belles charges , et ses eu-