Timot., VI
s PANEGYRIQUE
cheveux coupés, si nous nourrissons au dedans tant de désirs superflus , pour ne pas dire pernicieux? Saint Sulpice nous a appris, par son exemple; à faire sur nous-mêmes de continuels efforts, pour les retrancher jusqu'à la racine.
Sa vie, tout ecclésiastique, annonçoit un pasteur entièrement mort aux choses du siècle, uniquement dévoué aux intérêts de Jésus- Christ et au salut des âmes. Loin de profiter des moyens que lui fournissoit sa place, pour se procurer plus d'aisances, de commodités et d'éclat extérieur, il jugea, au contraire, que sa charge lui imposoit une nouvelle obligation de faire chaque jour, dans sa vie, déplus grands retranchements. Déjà, n'étant qu'abbé de la chapelle du roi Clotaire second, il n'avoit voulu retenir, pour sa subsistance et celle des clercs qu'il gouvernoit, que le tiers des appointements que le roi lui donnoit, et il distribuoit le reste aux pauvres. Mais lorsqu'il fut élevé sur le siège de Bourges, il crut encore devoir augmenter sa pénitence, redoubler ses austérités, et pratiquer un détachement plus universel. Rien de plus frugal que sa table; on n'y donnoit rien à la sensualité et au plaisir : rien de plus modeste que ses habits ou ses meubles; tout y ressentoit la pauvreté de Jésus-Christ : rien enfin de plus simple que toute sa conduite, de plus affable que sa personne. Sa bonté, pleine de tendresse, le fit regarder comme le père de son peuple; et sa douceur, toujours égale, lui mérita ie surnom de Débonnaire. Qu'il étoit éloigné de vouloir en imposer à ses peuples par la magnificence de ses équipages et la pompe de son cortège! Ministre de la loi de charité, il vouloit inspirer l'amour, et non la terreur; et pour y réussir, il lui suffisoit de se montrer avec l'appareil de ses vertus. Aussi les pauvres formoient-ils tout son train; et, à l'exemple d'un grand évêque, « il mettoit toute sa sûreté dans le secours de *eurs prières : » a Habeo defensionem, sed in orationibus pauperum. » a. Ces aveugles, pouvoit-il dire avec saint Ambroise, ces boiteux, ces infirmes, ces vieillards, qui me suivent et m'accompagnent, sont plus capables de me défendre, que les soldats les plus braves et les plus aguerris : » a Caeci iili et claudi, débiles et senes, robustis a bellatoribus fortiores sunt'. »
C'est ainsi. Chrétiens, que Sulpice travailloit à retracer dans toute sa vie les mœurs apostoliques, et à fournir, à tous les siècles suivants, un modèle accompli de toutes les vertus qui doivent orner un ministre de Jésus-Christ. Oh 1 que la frugalité de ce digne pasteur condamnera d'ecclésiastiques, qui prétendent se distinguer par ces profusions splendides, ces délicatesses recherchées de leur table, dont la religion rougit pour eux ! Comment le faste de leur ameublement somptueux pourra-t-il soutenir le parallèle de la modestie évangélique de ce saint évèque? L'aimable simplicité de ses manières ne suffit-elle pas pour confondre à jamais ces superbes hauteurs, que des vicaires de l'humilité et de la servitude de Jésus-Christ affectent à l'égard des peuples qui leur sont confiés; le dirai-je, à l'égard même de leurs coopéra-