Rom. 1, 18. — 2. Ps. cxxxvi
Mais outre le témoignage des œuvres, nous devons encore à la vérité le témoignage du sang. Car la vérité c'est Dieu même : il lui faut un sacrifice complet, pour lui rendre tout le culte qui lui est dû, et pour honorer dignement l'éternelle consistance de sa vérité. Nous devons nous préparer tous les jours à nous détruire pour elle, si jamais elle exige de nous ce sacrifice. Ainsi a fait Catherine, qui, étant remplie si abondamment de la science des saints, pour en rendre ses actions de grâce à la vérité, l'a glorifiée devant tout le monde par le témoignage de sa parole, qu'elle a soutenu par celui de .sa vie, et enfin scellé et confirmé par celui de son sang : de sorte qu'il ne faut pas s'étonner si une science si bien employée au service de la vérité, a fait un si grand profit dans ce commerce spirituel, et a gagné tant d'âmes à Jésus-Christ; c'est ce qui me reste à vous expliquer dans la troisième partie.
TROISIÈME POINT
C'e>t un indigne spectacle, que de voir les dons de l'esprit servir aux intérêts temporels. Je ne vois rien de plus servile que ces âmes basses, qui regrettent toutes leurs veilles, qui murmurent contre leur scisnce, et l'appellent stérile et infructueuse, quand elle ne fait pas leur fortune. Mais que les sciences humaines s'oublient de leur dignité, jusqu'à n'avoir plus d'usage que dans le commerce; ce n'est pas à moi, Chrétiens, de le déplorer dans cette chaire. Faut-il, sainte fille du ciel, source des conseils désintéressés, auguste science du christianisme, faut-il que je vous voie en nos jours si indignement ravilie, que de vous rendre esclave de l'avarice? Un tel opprobre. Messieurs, que font à Jésus-Christ et à l'Évangile les ouvriers mercenaires, mérite bien, ce me semble, que nous établissions ici des maximes fortes; pour épurer les intentions; et la science de notre sainte, consacrée uniquement au salut des âmes, nous en donnera l'ouverture.
"Vous croirez aisément, Messieurs, que les lumières de son esprit et la vaste étendue de ses connoissances, soutenue de l'éclat d'une jeunesse florissante et de l'appui d'une race illustre dont elle étoit Tornement, lui donnoient de grands avantages pour s'établir dans le monde. En effet, ses historiens nous apprennent que l'empereur et toute sa cour l'avoient regardée comme la merveille de son siècle. Mais elle n'a garde de rabaisser les lumières de l'Esprit de Dieu, jusqu'à les faire servir à la fortune, surtout dans une cour infidèle : elle fait valoir ce talent dans un commerce plus haut; elle remploie à négocier le salut des âmes.
Et en effet. Chrétiens, ce glorieux talent de science est destiné sans doute pour quelque commerce. Jésus-Christ en le confiant à ses serviteurs : « Négociez, leur a-t-il dit, jusqu'à ce que je vienne : » aNego- « tiamini donec venio'. » Mais c'est un commerce divin, où le monde ne peut avoir part, et deux raisons invincibles nous le persuadent. La