Heg., vu, 27. —3. Terlull., de Pallia, n
qu'elle nous fait horreur, autant Votre Majesté se la doit rendre ordinaire et familière. Puisse Votre Majesté être tellement occupée de Dieu, avoir le cœur tellement percé de la crainte de ses jugements, l'âme si vivement péiiétrée de l'exactitude et des rigueurs de sa justice, qu'elle se mette en état de rendre bon compte d'une si grande puissance, et de tout le bien qu'elle peut faire, et encore de tout le mal qu'elle peut, ou empêcher par autorité, ou modérer par conseils, ou détourner par prudence : c'est ce que Dieu demande de vous. Ah! si les vœux que je lui fais pour votre salut sont reçus devant sa face , cette salutaire pensée jettera Votre Majesté dans un humiliation si profonde que, méprisant autant sa grandeur royale, que nous sommes obligés de la révérer, elle fera sa plus chère occupation du soin de mériter, dans le ciel une couronne immortelle.
La science de saint François de Sales, lumineuse, mais beaucoup plus ardente. Avec quel fruit il a travaillé à l'édification de l'Église. Son éloignement pour tous les objets de l'ambition : bel exemple de sa modération. Douceur extrême
• qu'il témoignoit aux àmés qu'il conduisoit. Cette douceur absolument nécessaire aux directeurs : trois vertus principales qu'elle produit. Combien le saint prélat les possédoit éminemment.
Ille erat lucerna ardens et lucens.
U était une lampe ardente et luisante. {Joan., v. 35.;
Laissons un spectacle de cruauté ^ , pour arrêter notre vue sur l'image de la douceur même ; laissons des petits enfants qui emportent la couronne des hommes, pour admirer un homme qui a l'innocence et la simphcité des enfants; laissons des mères désolées, qui ne veulent point recevoir de consolation dans la perte qu'elles font de leur fils, pour contempler un père toujours constant, qui a amené luimême ses filles à Dieu, afin de les immoler de ses propres mains, par la mortification religieuse. Il n'est pas mal aisé, ce semble, de louer un père si vénérable devant des filles si respectueuses, puisqu'elles ont le cœur si bien préparé à écouter ses louanges : mais à le considérer par un autre endroit, cette entreprise est tort haute: parce qu'étant si justement prévenues d'une estime extraordinaire de ses vertus, il n'est rien de plus difficile que de satisfaire à leur piété, remplir leurs justes désirs, et égaler leurs grandes idées. C'est ce qui me fait
1. Bossuet a prononcé ce panégyrique dans un couvent de la Visitation, avant que saint François de Sales eût été canonisé, et par conséquent avant que sa fête eût été fixée au 29 janvier. Il le prêcha le jour des saints Innocents, qui est le jour de la mort de ce saint évéque : c'est ce qui explique le commencement de l'exorde, qui paroîtroit singulier si l'on ignoroit cette circonstance {Edît. de Versailks.)
désirer, mes Sœwrs, pour votre entière satisfaction, que l'éloge de ce grand homme eût déjà été fait en ce lieu auguste, où se prononcent les oracles du christianisme. Mais en attendant ce glorieu.c jour, trop éloigné pour nos vœux; qui ouvrira la bouche des prédicateurs, pour faire retentir, par toutes les. chaires, les mérites incomparables de François de Sales, votre très-saint instituteur; nous pouvons nous entretenir en particulier de ses admirables vertus, et honorer, avec ses enfants, sa bienheureuse mémoire, qui est plus douce à tous les fidèles qu'une composition de pa fums, comme parle l'Écriture sainte-. Commençons donc, chères âmes, cette sainte conversation avec la Ddnédiction du ciel; et pour implorer son secours, employons les prières de la sainte Vierge, en disant, Ave.
Il y a assez de fausses lumières, qui ne veulent briller dans le monde que pour attirer l'admiration par la surprise des yeux. Il est assez naturel aux hommes de vouloir s'élever aux lieux éminents, pour étaler de loin, avec pompe, l'éclat d'une superbe grandeur. Ce vice, si commun dans le monde, est entré bien avant dans l'Église, et a gagné jusqu'aux autels. Beaucoup veulent monter dans les chaires, pour y charmer les esprits par leur science et l'éclat de leurs pensées délicates; mais peu s'étudient, comme il faut, à se rendre capables d'échauflfer les coeurs par des sentiments de piété. Beaucoup s'empressent avec ardeur, de paroître dans les grandes places, pour luire sur le chandelier^; peu s'appliquent sérieusement à jeter, dans les âmes, ce feu céleste que Jésus a appor é ^^ur la terre.
François de Sales, mes Sœurs, votre saint et admirable instituteur, n'a pas été de ces faux luisants, qui n'aiiTont que des regards curieux et des acclamations inutiles. Il avoit appris de l'Évangile, que les amis de l'Epoux et les ministres de si :,inte Eglise dévoient être ardents et luisants; qu'ils dévoient i on-seulement éclairer, mais encore échauffer la maison de Dieu : « Ille erat lucerna ardenset lucens.» C'est ce qu'il a fidèlement accompli, durant tout le cours de sa vie; et il ne sera pas mal aisé de vous 1^ ;aiie connoître fort évidemment, par cette réflexion.
Trois choses principalement lui ont donné beaucoup d'éclat dans le monde : la science, comme docteur et prédicateur; l'autorité, comme évêque, la conduite, comme directeur des âmes. La science l'a rendu un flambeau, capable d'illuminer les fidèles; la dignité épiscopale a mis ce flambeau sur le chandelier, pour éclairer toute l'Église; et le soin de la direction a appliqué cette lumière bénigne à la conduite des particuliers. Vous voyez combien reluit ce flambeau sacré; admirez maintenant comme il échauffe. Sa science, pleine d'onction, attendrit les cœurs; sa modestie, dans l'autorité, enflamme fis hommeb à la vertu; sa douceur, dans la direction, les gagne à l'amour delsoire-Scigneur. Voilà donc un flambeau ardent et luisant : ai sa science relu; L, parce qu'elle est claire, elle échaufl'e en même temps, par ce qu'elle est tendre et aff'ectivo; s'il brille ai'x yeux des