‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 93 sur 221 · Ps. cxvm, 13. — 2. Ibid., xxn, 8. — 3. Ibid., xxxi · texte numérisé non relu

Ps. cxvm, 13. — 2. Ibid., xxn, 8. — 3. Ibid., xxxi

lequel je n'ai qu'un mot à vous dire, parce que la chose n'est pas difficiîo. Représentez- vous vivement quelle fut l'horreur de cette journée en laquelle Dieu maudit nos parents rebelles, en laquelle le chérftbin exécuteur de sa vengeance les chassa du paradis de délices, qu'ils avoient déshonoré par leur crime; les menaçant avec cette épée de flamme lorsqu'ils osoient seulement y tourner la vue. Quels furent les sentiments de ces misérables bannis! combien étoient-ils éperdus! Ne leur sembloit-il pas, en quelque lieu qu'ils puissent fuir, qu'ils voyoient toujours briller à leurs yeux cette épée terrible ; et que cette voix tonnante, devant laquelle ils avoient été contraints de se cacher, retentissoit continuellement à leurs oreilles? Après les menaces, après les terreurs de ce triste et funeste jour, ne vous étonnez pas, Chrétiens, si les Écritures nous disent que les hommes appréhendent naturellement que la présence de Dieu ne les tue. C'est que, depuis cette première malédiction, il s'est répandu par toute la nature une certaine impression secrète, que Dieu est justement offensé contre elle : si bien que vouloir mener les hommes à Dieu, c'est conduire des criminels à leur juge, et à leur juge irrité; et leur dire que Dieu vient à eux, c'est rappeler en quelque sorte à leur mémoire le supplice qui leur est dû, la vengeance qui les poursuit, et la mort qu'ils ont méritée. C'est pourquoi ils s'écrient : « Nous mourrons de mort, si Dieu se présente seulement à nous. »

Vous voyez par là. Chrétiens, quelle est l'extrémité de notre misère, puisque nous sommes éloignés de Dieu, et que les entrées nous sont défendues. Venez maintenant, ô Sauveur Jésus! et ayez pitié de nos maux : couvrez la majesté qui nous étonne, désarmez la colère qui nous épouvante : a Redde mihi laetitiam salutaris tui '. >> Rendeznous l'accès près de votre Père, duquel dépend tout notre bonheur : rendez-nous cette bonté qui s'est irritée, ne pouvant soufl'rir nos péchés; afin que nous puissions approcher de Dieu. Ne craignons plus, nous sommes exaucés; je la vois paroître. « Et hoc vobis signum. » Voilà le signe qu'on nous en donne : je la vois dans la crèche de Jésus- Christ; je la vois en cet enfant nouvellement né. Dieu n'est plus éloigné de nous, puisqu'il se fait homme : Dieu n'est plus irrité contre îious, puisqu'il s'unit à notre nature par une étroite alliance. La bonté, que notre crime avoit éloignée, revient à nous. Écoutez l'Apôtre qui nous la montre : « Apparuit gratia et benignitas Salvatoris nostri Dei - : » « La grâce et la bénignité de Dieu notre Sauveur nous est apparue. » C parole de consolation! Remettez, Messieurs, en votre pensée ce que nous avons expliqué, que la grau'leur de Dieu l'éloigné de nous, et que sa justice repousse bien loin les pécheurs; il n'y a que sa bonté qui l'approche et le rend accessible aux hommes. Que fait ce grand ^ieu pour nous attirer? il nous cache tout ce qui l'éloigné de nous, et il ne nous montre que ce qui l'approche. Car, mes Frères, que voyonsnous en la personne du Dieu incarné? que voyons-nous en ce Dieu

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