Béb. IV, 15. — 2. Ibid. — 3. Ibid., xi, IT
cela cherche d'autres joies et d'autres consolations que Jésus, Une mérite ni joie ni consolation. Qui peut douter, Fidèles, de la guérison de nos maladies, après ce signe que l'on nous donne? Car pour recueillir mon raisonnement, la compassion du Sauveur n'est pas une affection inutile; si elle émeut le cœur, elle sollicite le bras. Ce médecin est tout-puissant : tout ce qui lui fait pitié, il le sauve ; tout ce qu'il plaint, il le guérit. Or nous avons appris de l'Apôtre, qu'il plaint tous les maux qu'il a éprouvés : et quels maux n'a-t-il pas voulu éprouver ? Il a senti les infirmités, il les guérira; les appréhensions, il les guérira; les ennuis, les langueurs, il les guérira; la mortalité, il la guérira; tous les maux, il guérira tout, a Car c'est parce qu'il a souffert lui-même, et qu'il a été tenté et éprouvé, qu'il est puissant pour secourir ceux qui sont tentés et mis à l'épreuve : » » In eo enim in quo « passus est ipse et tentatus, potens est et eis qui tentantur auxiliari '. t> Par conséquent, mes Frères, espérons bien des foiblesses de notre nature : disons tous ensemble avec le Psalmiste : « Secundum multito.a dinem dolorum meorum in corde meo, consolationes tuae laetificavea runt animam meam' : d « Selon la multitude de mes douleurs, vos consolations, ô mon Dieu! se sont répandues abondamment en mon âme. » Autant que je vois d'infirmités en iSotre-Seigneur, autant je me promets de grandeur pour moi; et ainsi n'ai-je pas raison de vous dire que, s'il a pris nos infirmités, c'est pour les guérir? C'étoit ma seconde partie : Dieu nous fera la grâce d'établir en peu de mots la troisième sur des raisons aussi convaincantes.
TROISIÈME POINT
Achevez votre ouvrage, ô divin Sauveur! mettez la dernière main au salut des hommes par votre crèche, par votre étable, par votre misère, par votre indigence. Le Fils de Dieu, Messieurs, en se faisant homme et nous rendant la liberté d'approcher de Dieu, nous montroit où il falloit tendre : en se soumettant aux foiblesses de la nature, il nous confirmoit tout ensemble et la vérité de sa chair et la grandeur de nos espérances. Maintenant, pour accomplir son ouvrage, il faut qu'il éloigne tous les obstacles qui nous empêchent de parvenir à la fin qu'il nous a proposée; c'est ce qu'il fait admirablement par sa crèche, et vous le pouvez aisément comprendre, si vous suivez ce raisonnement facile et moral. Ce qui nous empêche d'aller au souverain bien, c'est l'illusion des biens apparents, c'est la folle et ridicule créance qui s'est répandue dans tous les esprits, que tout le bonheur de la vie consiste dans ces biens externes que nous appelons les honneurs, les richesses et les plaisirs. Étrange et pitoyable ignorance 1
11 n'y a rien de plus vain que les moyens que l'homme recherche pour se faire grand. Il se trouve tellement borné et resserré en luimôme, que son orgueil a honte de se voir réduit à des limites si étroites. Mais comme il ne peut rien ajouter à sa taille ni à sa substance,
i. Htb. H, 18. — a. Ps. xcni, 19.
comme dit le Fils de Dieu \ il tâche de se repaître d'une vaine imagination de grandeur, en amassant autour de lui tout ce qu'il peut. Il pense qu'il s'incorpore, pour ainsi dire, toutes les richesses qu'il acquiert; il s'imagine qu'il s'accroît en .élargissant ses appartements magnifiques, qu'il s'étend en étendant son domaine, qu'il se multiplie avec ses titres, et enfin qu'il s'agrandit en quelque façon par cette suite pompeuse de domestiques qu'il traîne après lui, pour surprendre les yeux du vulgaire.
Cette femme vaine et ambitieuse, qui porte sur elle la nourriture de tant de pauvres et le patrimoine de tant de familles, ne se peut considérer comme une personne particulière. Cet homme qui a tant de charges, tant de titres, tant d'honneurs, seigneur de tant de terres, possesseur de tant de biens, maître de tant de domestiques, ne se comptera jamais pour un seul homme ; et il ne considère pas qu'il ne fait que de vains efforts, puisqu'enfin quelque soin qu'il prenne de s'accroître et de se multipher en tant de manières et par tant de titres superbes, il ne faut qu'une seule mort pour tout abattre, et un seul tombeau pour tout enfermer.
Et toutefois. Chrétiens, l'enchantement est si fort et le charme si puissant, que l'homme ne peut se déprendre de ses vanités. Bien plus, et voici un plus grand excès : il pense que si un Dieu se résout à paroître sur la terre, il ne doit point s'y montrer qu'avec ce superbe appareil; comme si notre vaine pompe et notre grandeur artificielle pouvoient donner quelque envie à celui qui possède tout dans l'immense simplicité de son essence. Et c'est pourquoi les puissants et les superbes du monde ont trouvé notre Sauveur trop dénué; sa crèche les a étonnés, sa pauvreté leur a fait peur; et c'est cette même erreur qui a fait imaginer aux Juifs cette Jérusalem toute brillante d'or et de pierreries, et toute cette magnificence qu'ils attendent encore aujourd'hui en la personne de leur Messie.
Mais au contraire. Messieurs, si nous voulons raisonner par les véritables principes, nous trouverons qu'il n'est rien de plus digne d'un Dieu venant sur la terre, que de confondre par sa pauvreté le faste ridicule des enfants d'Adam, de les désabuser des vains plaisirs qui les enchantent, et enfin de détruire par son exemple toutes les fausses opinions qui exercent sur le genre humain une si grande et si injuste tyrannie.
C'est pourquoi le Fils de Dieu vient au monde comme le réformateur du genre humain, pour désabuser tous les hommes de leurs erreurs, et leur donner la vraie science des biens et des maux; et voici l'ordre qu'il y tient. Le monde a deux moyens d'abuser les hommes : il a premièrement de fausses douceurs qui surprennent notre crédulité trop facile; il a secondement de vaines terreurs qui abattent notre courage trop lâche. Il est des hommes si déh«ats, quïls ne peuvent vivre s'ils ne sont toujours dans la volupté, dans le luxe, dans l'abondance. Il en est d'autres qui vous diront : Je ne demande pas de grandes ri-