‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 106 sur 210 · Apol. ad Lad., ibid · texte numérisé non relu

Apol. ad Lad., ibid

rien sur la présence réelle dans la doctrine catholiqie : au contraire, ils semblent choisir les termes les plus forts pour l'établir, en disant « qu'incontinent après tes paroles le pain est le vrai corps de Jésus- Christ, le même qui est né de la Vierge et qui devoit être livré à la croix; et le vin son vrai sang naturel, le même qui devoit être répandu pour nos péchés1 : et tout cela sans délai, et au moment même, et d'une présence très-réelle et très-véritable1,» « praesentissimè, » comme ils parlent. Et le sens figuratif leur parut, disent-ils, « si odieux, dans un de leurs synodes, qu'un des leurs, nommé Jean Czizco, » qui avoit osé le soutenir, « fut chassé de leur communion \ » Ils ajoutent qu'ils ont publié divers écrits contre cette présence en signe, et que ceux qui la défendent les tiennent pour leurs adversaires; qu'ils les appellent des papistes, des anchechrists et des idolâtres4.

C'est encore une autre preuve de leur sentiment de dire que Jésus- Christ « est présent dans le pain et dans le vin par son corps et par son sang : » autrement, continuent-ils5, « ni ceux qui sont dignes ne recevroient que du pain et du vin , ni ceux qui sont indignes ne seroient coupables du corps et du sang, ne pouvant être coupables de ce qui n'y est pas. » D'où il s'ensuit qu'ils y sont, non-seulement pour les dignes, mais encore pour les indignes.

Il est vrai qu'ils ne veulent pas qu'on adore Jésus-Christ dans l'eucharistie pour deux raisons : l'une, qu'il ne l'a pas commandé; l'autre, qu'il y a deux présences de Jésus-Christ : la personnelle, la corporelle et la sensible, laquelle doit attirer nos adorations; et la spirituelle ou sacramentelle, qui ne les doit pas attirer6. Mais encore qu'ils parlent ainsi, ils ne laissent pas de reconnoître la a substance du corps » de Jésus-Christ dans le sacrement' : « Il ne nous est pas ordonné, disentils8, d'honorer cette substance du corps de Jésus-Christ consacré; mais la substance de Jésus-Christ qui est à la droite du Père. » Voilà donc dans le sacrement et dans le ciel la substance du corps de Jésus- Christ; mais adorable dans le ciel, et non pas dans le sacrement. Et de peur qu'on ne s'en étonne, ils ajoutent que Jésus-Christ «n'a pas même voulu obliger les hommes à l'adorer sur la terre, encore qu'il y fût présent, à cause qu'il attendoit le temps de sa gloire9 : » ce qui montre que leur intention n'étoit pas d'exclure la présence substantielle en excluant l'adoration; et qu'au contraire ils la supposoient, puisque, s'ils ne l'eussent pas cru, ils n'auroient eu en aucune sorte à s'excuser de n'adorer pas dans le sacrement ce qui en effet n'y eût pas été.

Ne leur demandons pas au leste où ils prennent cette rare doctrine, qu'il ne suffit pas de savoir Jésus-Christ présent pour l'adorer, et que ce n'étoit pas son intention qu'on l'adorât sur la terre, ni autre part

\. Prof. fid. ad Ladisl., ibid., pag. 27; Apol. 65, etc.

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