Prof. fid. ad Lad., pag. 29; Apol. ad eumd., pag. 6b
que dans sa gloire : je me contente de rapporter ce qu'ils prononcent sur la présence réelle : et encore sur la présence réelle, non à la mode des mélanchthonistes dans le seul usage, mais incontinent après la consécration.
Avec des expressions apparemment si précises et si décisives pour la présence réelle, ils s'embarrassent ailleurs d'une si étrange manière, qu'ils semblent n'avoir rien tant appréhendé que de laisser un témoignage clair et certain de leur foi : car ils répètent sans cesse que Jésus-Christ n'est pas « en personne » dans l'eucharistie *. Il est vrai qu'ils appellent y être « en personne, » y être a corporellement et sensiblement2 : » expressions qu'ils font toujours marcher ensemble, et qu'ils oppossent à une manière d'être spiiituelle qu'ils reconnoissent. Mais ce qui les rejette dans un nouvel embarras, c'est qu'ils semblent dire que Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie de cette présence spirituelle , comme il l'est dans le baptême et dans la prédication de la parole3; comme il a été mangé par les anciens Hébreux dans le désert; comme saint Jean-Baptiste étoit Élie. On ne sait aussi ce qu'ils veulent dire avec cette bizarre expression : Jésus- Christ n'est pas ici « avec son corps naturel d'une manière existante et corporelle, « existenter et « corporaliter; » mais il y est « spirituellement , puissamment, par manière de bénédiction, et en vertu: «spiritualiter, potenter, benedicte, in virée tute 4. » Ce qu'ils ajoutent n'est pas plus intelligible , que « Jésus-Christ est ici dans la demeure de bénédiction;» c'est-à-dire, selon leur langage, qu'il est dans l'eucharistie « comme il est à la droite de Dieu, mais non pas comme il est dans les cieux. » S'il y est comme à la droite de Dieu, il y est donc en personne. C'est ainsi qu'on devroit conclure naturellement; mais comment distinguer les cieux d'avec la droite de Dieu? C'est où on se perd. Le. frères avoient parlé précisément, en disant : « Il n'y a qu'un Seigneur Jésus, qui est tel dans le sacrement avec son corps naturel; mais qui est d'une autre manière à la droite de son Père : car c'est autre chose de dire : C'est là Jésus-Christ, ceci est mon corps; autre chose de dire, qu'il y est de telle manière5. » Mais ils n'ont pas plutôt parlé nettement, qu'ils s'égarent dans des discours alambiqués où les jette la confusion et l'incertitude de leur esprit et de leurs pensées, avec un vain désir de contenter les deux partis delà Réforme.
Plus ils alloient en avant, plus ils devenoient importants et mystérieux; et comme chacun les vouloit tirer à soi, ils sembloient aussi de leur côté vouloir contenter les deux partis. Voici enfin ce qu'ils dirent en 1558, et ce à quoi ils parurent s'en vouloir tenir. Ils se plaignent d'abord qu'on les accuse de « ne pas croire que la présence du vrai corps et du vrai sang soit présente6. » Bizarres expressions, que la présence soit présente ! C'est ainsi qu'ils parlent dans la préface : mais dans le corps de la Confession ils enseignent qu'il faut a reconnoître que le pain
i. Apol. ad Lad„ ibid., 8(5 59, etc.; 71, 73.
2. Ibid., pag. 301, 306, 307, 309, 311, etc. — 3. Ibid., pag. 302, 304, 307. 308.
4. Ibid., pag. 74. — 5. ApoL ad Lad., pag. 78, — 6. Page 162.
est le vrai corps de Jésus-Christ, et que la coupe est son vrai sang, sans rien ajouter du sien à ses paroles. » Mais pendant qu'ils ne veulent pas qu'on n'ajoute rien aux paroles de Jésus- Christ, ils y ajoutent eux-mêmes le mot de « vrai » qui n'y est pas; et au lieu que Jésus- Christ a dit « ceci est mon corps, » ils supposent qu'il ait dit « ce pain est mon corps, » ce qui est fort différent, comme on l'a pu voir ailleurs. Que s'il leur a été libre d'ajouter ce qu'ils jugeoient nécessaire pour marquer une vraie présence, il a été libre aux autres d'ajouter aussi ce qu'il falloit pour ôter toute équivoque; et rejeter ces expressions après les disputes nées, c'est être ennemi de la lumière et laisser les questions indécises. C'est pourquoi Calvin leur écrivit qu'il ne pouvoit approuver a leur captieuse et obscure brièveté, » et il vouloit qu'ils expliquassent « comment le pain est le corps de Jésus-Christ; » à faute de quoi il soutenoit que a leur Confession de foi ne pouvoit être souscrite sans péril et seroit une occasion de grandes disputes1 » Mais Luther étoit content d'eux à cause qu'ils approchoient de ses expressions, et qu'ils inclinoient davantage vers la Confession d'Augsbourg. Car même ils continuoient à se plaindre de ceux a qui nioient que le pain et !e vin fussent le vrai corps et Je vrai sang de Jésus-Christ, » et qui les appeloient des a papistes, » des « idolâtres » et des a antechrists2, » à cause qu'ils reconnoissoient la véritable présence. Enfin pour faire voir combien ils penchoient à la présence réelle, ils veulent que les ministres en distribuant ce sacrement, et « en récitant les paroles de Notre-Seigneur, exhortent le peuple » à croire « que la présence de Jésus-Christ est présente3; » et dans ce dessein ils ordonnent, quoique d'ailleurs peu portés à l'adoration, « qu'on reçoive le sacrement à genoux. »
Avec ces explications et avec les adoucissements que nous avons rapportés, ils satisfirent tellement Luther, qu'il mit son approbation à la tête d'une Confession de foi qu'ils publièrent; en déclarant néanmoins «. qu'ils paroissoient à cette foi non-seulement plus ornés, plus libres et plus polis, mais encore plus considérables et meilleurs4; » ce qui faisoit assez connoître qu'il n'approuvoit leur Confession qu'à cause qu'elle avoit été réformée selon ses maximes.
Il ne paroît pas qu'on les ait inquiétés ni sur les jeûnes réglés qu'ils conservoient parmi eux, ni sur les fêtes qu'ils célébroient en interdisant tout travail, non-seulement en l'honneur de Notre-Seigneur, mais encore de la sainte Vierge et des saints5. On ne leur reprochoitpasque c'étoit observer les jours contre le précepte de l'apôtre, ni que ces fêtes à l'honneur des saints fussent autant d'actes d'idolâtrie. On ne les accuse non plus d'ériger des temples aux saints, sous prétexte qu'ils continuent, comme nous, à nommer temple de la Vierge, in templo divas Virginis, de saint Pierre et de saint Paul, les églises consacrées à Dieu en leur mémoire6. On les laisse pareillement ordonner
t. Calv.,Epist.ad Vald., pag. 312 et seq. — 2. Id. ib., p. 195. 3. Ibid., pag. 396. — 4. Ibid., pag. 211. — 5. Art. 15, 17. 6. Art. Syn. Torin., 1595; Synt., 2 part., pag. 240, 242.
le célibat à leur prêtres, en les privant du sacerdoce lorsqu'ils se marient1; car constamment c'étoit leur pratique, aussi bien que celle des taborites. Tout cela est sans venin pour les frères; et il n'y a aue nous seuls où tout est poison2.
Je voudrois encore qu'on leur demandât où ils trouvent dans FÉcriture ce qu'ils disent de la sainte Vierge : a Qu'elle est vierge devant l'enfantement et après l'enfantement3. » Il est vrai que les saints Pères l'ont tellement cru, qu'ils ont rejeté le contraire comme un blasphèru ? exécrable; mais c'est aussi ce qui nous fait voir qu'on peut compte! parmi les blasphèmes beaucoup de choses, dont le contraire n'est écrit nulle part : de sorte que, lorsqu'on se vante de ne parler qu'après l'Écriture, ce n'est pas un discours sérieux; mais c'est qu'on trouve bon de parler ainsi, et que ce respect apparent pour l'Écriture éblouit les simples.
On prétend que ces frères bohémiens, dont les paroles étoient si douces et si respectueuses envers les puissances, à mesure qu'ils s'engageoient dans les sentiments des luthériens, entrèrent aussi dans leurs intrigues et dans leurs guerres. Ferdinand les trouva mêlés dans la rébellion de l'électeur de Saxe contre Charles V, et les chassa d? Bohême. Ils se réfugièrent en Pologne; et il paroît par une lettrcdt Musculus aux protestants de Pologne, de 1556, qu'il n'y avoit quf peu d'années qu'on avoit reçu dans ce a royaume-là ces réfugiés dt. Bohême4. »
Quelque temps après on fit l'union des trois sectes des protestants de Pologne : c'est-à-dire des luthériens, des bohémiens et des zuingliens. L'acte d'union fut passé en 1570 au synode de Sendomir, et il est intitulé en cette sorte : « L'union et consentement mutuel fait entre les Églises de Pologne, à savoir, entre ceux de la Confession d'Augsbourg. ceux de la Confession des frères de Bohême, et ceux de la Confession des Églises helvétiques5, » ou des zuingiiens. Dans cet acte les bohémiens se qualifient : « Les frères de Bohême, que les ignorants appellent vaudois6. » Il paroît donc clairement qu'il s'agissoit de ces vaudois qu'on nommoit ainsi par erreur, comme nous l'avons fait voir, et qui aussi désavouoient cette origine. Car pour ce qui est des anciens vaudois, nous apprenons d'un ancien auteur qu'il n'y en avoit presque point a dans le royaume de Cracovie, » c'est-à-dire dans la Pologne, a non plus que dans l'Angleterre, dans les Pays-Bas, en Danemark, en Suède, en Norwége et en Prusse7; et depuis le temps de cet auteur ce petit nombre étoit tellement réduit à rien, qu'on n'en entend plus parler en tous ces pays.
L'accord fut fait en ces termes : pour y expliquer le point de la cène, on y transcrivit tout entier l'article de la Confession saxonique où cette matière est traitée. Nous avons vu que Mélanchthon avoit dressé
i. Art. 9. — 2. iEn. Sylv., Hist. boh. ap. Lyd., pag. 395, 405.