‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 11 sur 210 · Ibid., pag. 73. — &. Luc. x · texte numérisé non relu

Ibid., pag. 73. — &. Luc. x

des visiteurs dans tout le royaume, avec des constitutions ecclésiastiques et des articles de foi i ; » et ce fut au conseil du roi, et par son autorité, qu'on régla « ces articles de religion 2 qu'on devoit proposer au peuple. En attendant qu'on y eût mieux pensé, on s'en tint aux six articles de Henri VIII; et on ne rougissoit pas de demander aux évoques une déclaration expresse « de faire profession de la doctrine, selon que de temps en temps elle seroit établie et expliquée par le roi et par le clergé 3. » Au surplus, il n'étoit que trop visible que le clergé n'étoit nommé que par cérémonie , puisqu'au fond tout se faisoit au nom du roi.

Il semble qu'il ne faudrou plus rien dire après avoir rapporté de si

rands excès. Mais ne laissons pas de continuer ce lamentable récit. C'est travailler en quelque façon à guérir les plaies de l'Église, que

'en gémir devant Dieu. Le roi se rendit tellement le maître de la prédication, qu'il y eut même un édit qui « défendoit de prêcher sans sa permission, ou sans celle de ses visiteurs, de l'archevêque de Cantorbéri, ou de l'évêque diocésain 4. » Ainsi le droit principal étoit au roi, et les évêques y avoient part avec sa permission seulement. Quelque temps après le conseil permit de prêcher « à ceux qui se sentiroient animés du Saint-Esprit 5. » Le conseil avoit changé d'avis. Après avoir fait dépendre la prédication de la puissance royale, on s'en remet à la discrétion de ceux qui s'imagineroient avoir en eux-mêmes le Saint- Esprit; et on y admet par ce moyen tous les fanatiques. Un an après, on changea encore. « Il fallut ôter aux évêques le pouvoir d'autoriser les prédicateurs, et le réserver au roi et à l'archevêque6. » Par ce moyen il sera aisé de faire prêcher telle hérésie qu'on voudra. Mais je n'en suis pas à remarquer les effets de cette ordonnance. Ce qu'il faut considérer, c'est qu'on ait remis au Drince seul toute l'autorité de la parole. On poussa la chose si loin, qu'après avoir déclaré au peuple que le roi faisoit travailler à ôter toutes les matières de controverses, « on défendoit, » en attendant, a généralement à tous les prédicateurs de prêcher dans quelque assemblée que ce fût 7. » Voilà donc la prédication suspendue par tout le royaume, la bouche fermée aux évêques par l'autorité du roi, et tout en attente de ce que le prince établiroit sur la foi. On y joignoit un avis « de recevoir avec soumission les ordres qui seroient bientôt envoyés. » C'est ainsi que s'est établie la réformation anglicane, « et cet ouvrage de lumière, » dont a on fait, » selon M. Burnet •, « l'apologie en écrivant son histoire. »

Avec ces préparatifs, la réformation anglicane fut commencée par le duc de Sommerset et par Granmer. D'abord la puissance royale détruisit la foi que la puissance royale avoit établie. Les six articles, que Henri VIII avoit publiés avec toute son autorité spirituelle et temporelle, furent abolis 9 : et malgré toutes les précautions qu'il avoit prises par son testament nour conserver ces précieux restes de la religion

I. Burn., 2 part., liv. I, pag. 37, 39. — 2. Ibid., pag. 39. — 3.1bid., pug. 82. 4. Ibid., pag. 88. — 5. Ibid., pag. 90. — 6. Ibid., pag. 122. 7. Ibid. — 8. Préf. — 9. Burn., 2 part., liv. I, pag. 58-.

Bossuet. — III 3

catholique, et peut-être pour la rétablir tout entière avec le temps îa doctrine zuinglienne, tant détestée par ce prince, gagna le dessus. Pierre Martyr Florentin, et Bernardin Ochin, qui depuis fut l'ennemi déclaré de la divinité de Jésus-Christ, furent appelés pour commencer cette réforme. Tous deux avoient quitté, comme les autres réformateurs, la vie monastique pour celle du mariage. Pierre Martyr étoit un pur zuinglien. La doctrine qu'il proposa sur l'eucharistie en Angleterre, en 1549, se réduisoit à ces trois thèses: « 1° qu'il n'y avoit point de transsubstantiation; 2° que le corps et le sang de Jésus-Christ n'étoient point corporellement dans l'eucharistie ni sous les espèces; 3° qu'ils étoient unis sacramentellement, » c'est-à-dire figurément, ou tout au plus en vertu, « au pain et au vin !. »

Bucer n'approuva point la seconde thèse; car comme nous avons vu, il vouloit bien qu'on exclût une présence locale , mais non pas une présence corporelle et substantielle. Il soutenoit que Jésus-Christ ne pouvoit pas être éloigné de la cène, et qu'il étoit tellement au ciel, qu'il n'étoit pas substantiellement éloigné de l'eucharistie. Pierre Martyr croyoit que c'étoit une illusion d'admettre une présence corporelle et substantielle dans la cène, sans y admettre la réalité que les catholiques soutenoient avec les luthériens: et, quelque respect qu'il eût pour Bucer, le seul des protestants qu'il considéroit, il ne suivit pas son avis. On dressa en Angleterre une formule selon le sentiment de Pierre Martyr. On y disoit « que le corps de Jésus-Christ n'étoit qu'au ciel; qu'il ne pouvoit pas être réellement présent en divers lieux; qu'ainsi on ne devoit établir aucune présence réelle ou corporelle de son corps et de son sang dans l'eucharistie 2. » Voilà ce qu'on définit. Mais la foi n'étoit pas encore en son dernier état; et nous verrons en son temps cet article bien réformé.

Nous sommes ici obligés à M. Burnet d'un aveu considérable: car il nous accorde que la présence réelle est reconnue dans l'Église grecque. Voici ses paroles: «Le sentiment des luthériens sembloit approcher assez delà doctrine de l'Église grecque, qui avoit enseigné que la substance du pain et du vin, et le corps de Jésus-Christ, étoient dans le sacrement3. » Il est en cela de meilleure foi que la plupart de ceux de sa religion : mais en même temps il oppose une plus grande autorité aux nouveautés de Pierre Martyr.

L'esprit de changement se mit alors tout à fait en Angleterre. Dans la réforme de la liturgie et des prières publiques, qui se fit par l'autorité du parlement (car Dieu n'en écoutoit aucunes que celles-là) , on avoit dit que les commissaires nommés par le roi pour les dresser en « avoient achevé l'ouvrage d'un consentement unanime, et par l'assistance du Saint-Esprit, v L'on M étonné de cette expression : mais les réformateurs surent bien réponse « que cela ne s'entendoit pas d'une assistance ou d'une inspiration surnaturelle, et qu'autrement il n'eût point été permis d'y faire des changements. » Or ils y en vouloient faire,

i. Ilosp., 2 part., an. 1547, fol. 207, 208 et seq.; Burn., 2 part., liv. I,p. 161 a Bum..pae. 259. 601. — 3. ibid., pag. 158.

ces réformateurs , et ils ne prétendoient pas former d'abord leur religion. En effet, on fit bientôt dans la liturgie des changements trèsconsidérables; et ils alloient principalement à ôter toutes les traces de l'antiquité que l'on avoit conservées.

On avoit retenu cette prière dans la consécration de l'eucharistie . a Bénis, ô Dieu! et sanctifie ces présents, et ces créatures de pain et de vin, afin qu'elles soient pour nous le corps et le sang de ton trèscher Fils , 1 etc. » On avoit voulu conserver dans cette prière quelque chose de la liturgie de l'Église romaine, que le moine saint Augustin avoit portée aux Anglois avec le christianisme, lorsqu'illeur fut envoyé par saint Grégoire. Mais bien qu'on l'eût affaiblie en y retranchant quelques termes, on trouva encore « qu'elle sentoit trop la transsubstantiation, » ou même «la présence corporelle2; »et on l'a depuis entièrement effacée.

Elle étoit pourtant encore bien plus forte, comme le disoit l'Église anglicane, lorsqu'elle reçut le christianisme : car au lieu qu'on avoit mis dans la liturgie réformée, a Que ces présents soient pour nous le corps et le sang de Jésus-Christ, » il y a dans l'original, a Que cette oblation nous soit faite le corps et le sang de Jésus-Christ. » Ce mot de « faite » signifie une action véritable du Saint-Esprit qui change ces dons, conformément à ce qui est dit dans les autres liturgies de l'antiquité : «Faites, ô Seigneur! de ce pain le propre corps, et de ce vin le propre sang de votre Fils, les changeant par votre Esprit saint3! >» Et ces paroles, « nous soit fait le corps et le sang, se disent dans le même esprit que celles-ci d'Isaïe : « Un petit enfant nous est né; un fils nous est donné4 : » non pour dire que les dons sacrés ne sont faits le Gorps et le sang que lorsque nous les prenons, comme on l'a voulu entendre dans la réforme ; mais pour dire que c'est pour nous qu'ils sont faits tels dans l'eucharistie; comme c'est pour nous qu'ils ont été formés dans le sein d'une Vierge. La réformation anglicane a corrigé 'toutes ces choses, « qui ressentoient trop la transsubstantiation. » Le mot d'oblatiorf a eût aussi trop senti le sacrifice : on l'avoit voulu, rendre en quelque façon par le terme de présent. » A la fin on l'a ôté tout à fait, et l'Église anglicane n'a plus voulu entendre la sainte prière qu'elle entendit, lorsqu'en sortant des eaux du baptême on lui donna a première fois le pain de vie.

Que si on aime mieux que le saint prêtre Augustin lui ait porté la li- , urgie ou la messe gallicane que la romaine, à cause de la liberté que .ui en laissa saint Grégoire ft; il n'importe : la messe gallicane dite par ies Hilaires et par les Martins ne différoit pas au fond de la romaine, ni des autres. Le Kyrie eleison, le Pater , dit en un endroit plutôt qu'en un autre, et d'autres choses aussi peu essentielles, faisoient toute la différence; et c'est pourquoi saint Grégoire en laissoit le choix au saint prêtre qu'il envoya en Angleterre6. On faisoit en France, comme à Rome, et dans tout le reste de l'Église, une prière pour demander

l. Burn., pag. 114. — 2. Ibid., pag. 235, 258.

3. Lit. clé S. Bas., édit. Bened. app., tom. II, paa. 679 et 693.

4. Is. ix, 6. - 5. Burn., 2 part., liv. I, pag. 108. 6. Greg., lib. VU, ep. 64, tom. IL col. 94o.

la transformation et le changement du pain et du vin au corps et au sang. Partout on employoit auprès de Dieu le mérite et l'entremise des saints; mais un mérite fondé sur la divine miséricorde, et une entremise appuyée sur celle de Jésus-Christ. Partout on y offroit pour les morts; et on n'avoit sur toutes ces choses qu'un seul langage en Orient et en Occident, dans le Midi et dans le Nord.

La réformation anglicane avoit conservé quelque chose de la prière pour les morts du temps d'Edouard, car on y « recommandoit encore à la bonté de Dieu les âmes des trépassés '. » On demandoit, comme nous faisons encore aujourd'hui dans les obsèques, pour î'àme qui venoit de sortir du monde « la rémission de ses péchés. » Mais tous ces restes de l'ancien esprit sont abolis : cette prière ressentoit trop le purgatoire. Il est certain qu'on l'a dite dès les premiers temps en Orient et en Occident : n'importe, c'étoit la messe du pape et de l'Église romaine: il la faut bannir d'Angleterre, et en tourner toutes les paroles dans le sens le plus odieux.

Tout ce que la réforme anglicane tiroit de l'antiquité, le dirai-je? elle l'altéroit. La confirmation n'a plus été qu'un catéchisme pour faire renouveler les promesses du baptême2. Mais, disoient les catholiques, les Pères, dont nous la tenons par une tradition fondée sur les Actes des apôtres et aussi ancienne que l'Église, ne disent pas seulement un mot de cette idée de catéchisme. Il est vrai, et il le faut avouer: on ne laisse pas de tourner la confirmation en cette forme : autrement elle seroit trop papistique. On en ôte le saint chrême, que les Pères les plus anciens avoient appelé l'instrument du Saint-Esprit3 : l'onction même à la fin sera ôtée de l'extrême-onction4, quoi qu'en puisse dire saint Jacques; et malgré le pape saint Innocent, qui parloit de cette onction au quatrième siècle, on décidera que l'extrême-onction ne se trouve que a dans le dixième. »

Parmi ces altérations trois choses sont demeurées, les cérémonies sacrées, les fêtes des saints, les abstinences et le carême. On a bien voulu que dans le service les prêtres eussent des habits mystérieux, symboles de la pureté et des autres dispositions que demande le culte divin. On regarda les cérémonies comme un langage mystique5; et Calvin parut trop outré en les rejetant. On retint l'usage du signe de la croix6, pour témoigner solennellement que la croix de Jésus-Christ ne nous fait point rougir. On vouloit d'abord que « le sacrement du baptême, le service de la confirmation et la consécration de l'eucharistie fussent témoins du respect qu'on avoit pour cette sainte cérémonie. » A la fin néanmoins on l'a a supprimée dans la» confirmation et dans la a consécration7, » où saint Augustin avec toute l'antiquité témoigne qu'elle a toujours été pratiquée; et je ne sais pourquoi elle est demeurée seulement dans le baptême.

M. Burnet nous justifie sur les fêtes et les abstinences. Il veut que

1. Burn., pag. 114, 116. — 2. Ibid., pag. 107, 116, 285. — 3. Ibid.

4. Ibid., pag. 107 116, 258. — 5. Ibid., pag. 121, 508. — 6. Ibid., pag. 1*0

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