‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 122 sur 210 · Pr«f. coll., Décret, cod. hist., tom. I, pag · texte numérisé non relu

Pr«f. coll., Décret, cod. hist., tom. I, pag

2. Préj. lég., 1 part., pag. 147. — 3. Ibid., 128. 4. Acc,t 2 part., ch. n, pag. 18, 28.

ment) et établir la naissance de l'empire antichrétien toujours dans des temps plus purs. Ainsi, pour finir en 1710 ou environ, il faut avoir commencé la persécution antichrétienne en l'an 450 ou 54, sous le pontificat de saint Léon : et c'est aussi le parti que prend l'auteur après Joseph Mède, qui s'est rendu de nos jours célèbre en Angleterre par ses doctes rêveries sur l'Apocalypse, et sur les autres prophéties dont on se sert contre nous.

Il semble que Dieu ait eu dessein de confondre ces imposteurs en remplissant la chaire de saint Pierre des plus grands hommes et des plus saints qu'elle ait jamais eus, dans les temps que Ton en veut faire le siège de l'Antéchrist. Peut-on seulement songer aux lettres et aux sermons où saint Léon inspire encore aujourd'hui avec tant de force à ses lecteurs la foi en Jésus-Christ, et croire qu'un Antéchrist en ait été l'auteur? Mais quel autre pape a combattu avec plus de vigueur les ennemis de Jésus-Christ, a soutenu avec plus de zèle et la grâce chrétienne, et la doctrine ecclésiastique, et enfin a donné au monde une plus saine doctrine avec de plus saints exemples? Celui dont la sainteté se fit respecter par le barbare Attila, et sauva Rome du carnage, est le premier Antéchrist, et la source de tous les autres. C'est l'Antéchrist qui a tenu le quatrième concile général, si respecté par tous les vrais chrétiens; c'est l'Antéchrist qui a dicté cette divine lettre à Flavien, qui a fait l'admiration de toute l'Église, où le mystère de Jésus-Christ est si hautement et si précisément expliqué, que les Pères de ce grand concile s'écrioient à chaque mot, « Pierre a parlé par Léon 1 » au lieu qu'il falloit dire que l'Antéchrist parloit par sa bouche, ou plutôt que Pierre et Jésus-Christ même parloient par la bouche de l'Antéchrist. Ne faut-il pas avoir avalé jusqu'à la lie le breuvage d'assoupissement que boivent les prophètes de mensonge, et s'en être enivré jusqu'à vertige, peur annoncer au monde de tels prodiges?

A cet endroit de la. prophétie le nouveau prophète a prévu l'indignation du genre humain, et celle des protestants, aussi bien que des catholiques : car il est forcé d'avouer que « depuis Léon Ier jusqu'à Grégoire le Grand » inclusivement, Rome a eu plusieurs bons évêques dont il faut faire autant d'antechrists; et il espère contenter le monde en disant que c'étoit des « antechrists commencés1. » Mais enfin, si les douze cent soixante ans de la persécution antichrétienne commencent alors, il faut ou abandonner le sens qu'on donne à la prophétie, ou dire que dès lors « la sainte cité fut foulée aux pieds par les gentils; les deux témoins, » c'est-à-dire « le petit nombre des fidèles, » mis à mort2; « la femme enceinte,» c'est-à-dire l'Église, « chassée dans le désert3, » et tout au moins privée de son exercice public; que dès lors enfin commencèrent les exécrables a blasphèmes de la bête contre le nom de Dieu, et contre tous ceux qui habitent dans le ciel, et la guerre qu'elle devoit faire aux saints*. » Car il est expliqué en

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