‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 123 sur 210 · Apoc. XII, 6, (4. — k. Ibid. xiu, T · texte numérisé non relu

Apoc. XII, 6, (4. — k. Ibid. xiu, T

termes exprès dans saint Jean, que tout cela devoit durer pendant les douze cent soixante jours qu'on veut prendre pour des années. Faire commencer ces blasphèmes, cette guerre, cette persécution antichrétienne, et ce triomphe de l'erreur dans l'Église romaine dès le temps de saint Léon, de saint Gélase, de saint Grégoire, et la faire durer pendant tous ces siècles, où constamment cette Église étoit le modèle de toutes les ÉgHses, non-seulement dans la foi, mais encore dan? la piété et dans ]es mœurs, c'est le comble de l'extravagance.

Mais encore, qu'a fait saint Léon pour mériter d'être le premier Antéchrist? On n'est pas Antéchrist pour rien. Voici les trois caractères qu'on donne à l'antichristianisme qu'il faut faire convenir au temps de saint Léon, et à lui-même, « l'idolâtrie, la tyrannie et la corruption des mœurs', v On gémit d'avoir à défendre saint Léon de tous ces reproches contre des chrétiens : mais la charité nous y contraint. Commençons par la corruption des mœurs. Mais, quoi! on n'objecte rien sur ce sujet : on ne trouve dans la vie de ce grand pape que des exemples de sainteté. De son temps la discipline ecclésiastique étoit encore dans toute sa force, et saint Léon en étoit le soutien. Voilà comme les mœurs étoient déchues. Parcourons les autres caractères, et tranchons encore en un mot sur celui de la tyrannie. C'est, dit-on 2, que « depuis saint Léon Ier qui étoit séant l'an 450, jusqu'à Grégoire le Grand, les évêques de Rome ont travaillé à s'arroger une supériorité sur l'Église universelle: » mais est-ce Léon qui a commencé? On n'ose le dire; on dit seulement « qu'il y travailloit : » car on sait bien que saint Célestin son prédécesseur, et saint Boniface, et saint Zozime, et saint Innocent, pour ne pas maintenant remonter plus haut, ont agi comme saint Léon, et n'ont pas moins soutenu l'autorité de la chaire de saint Pierre. Pourquoi donc ne sont-ils pas de ces antechrists du moins commencés? C'est que si l'on avoit commencé dès leur temps, les douze cent soixante ans seroient déjà écoulés, et l'événement auroit démenti le sens qu'on veut donner à l'Apocalypse. Voilà comme on amuse le monde, et comme on tourne les -oracles divins à sa fantaisie.

Mais il est temps de venir au troisième caractère de la bête, qu'on veut trouver dans saint Léon et dans toute l'Église de son temps. C'est un nouveau paganisme, une idolâtrie pire que celle des gentils, dans le culte qu'on rendoit aux saints et à leurs reliques. C'est sur ce troisième caractère qu'on appuie le plus : Joseph Mède a l'honneur de l'invention; car c'est lui qui, interprétant ces paroles de Daniel, « Il adorera le dieu Maozim, » c'est-à-dire, comme II le traduit, le Dieu des forces, et encore, « Il élèvera les forteresses Maozim du Dieu étranger; 5> les entend de l'Antéchrist, qui appellera les saints sa forteresse 3.

Mais comment trouvera-t-il que l'Antéchrist donnera ce nom aux saints? C'est, dit-il4, à cause que saint Basile a prêché à tout son peu-

1. Ace. des Proph., 2 part., c. n, pag. 18, 28. — 2. Ibid., pag. 41. 3. Expos, of. Dan., c. xi, n. 36, etc.; Boock. m, c 16, 17, pag. 66 et seq.; Dan. ix, 38, 39.

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