‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 145 sur 210 · Prxf. an haec. Syn. Dordr · texte numérisé non relu

Prxf. an haec. Syn. Dordr

ceux des luthériens. Les uns disoient qu'il y avoit « grande différence entre les conciles des papistes et des luthériens, et celui-ci. Là on écoute des hommes, le pape et Luther; ici on écoute Dieu. Là on apporte des préjugés; et ici il n'y a personne qui ne soit prêt à céder à la parole de Dieu. Là on a des ennemis en tête; et ici on n'a d'affaire qu'avec ses frères. Là tout est contraint; ici tout est libre'. » C'étoit résoudre la question par ce qui en faisoit la difficulté. Il s'agissoit de savoir si les gomaristes ne venoient pas avec leurs préjugés dans le synode; il s'agissoit de savoir si c'étoit des ennemis ou des frères; il s'agissoit de savoir qui avoit le cœur plus docile pour la vérité et Sa parole de Dieu; si c'étoit les protestants en général plutôt que les catholiques, les disciples de Zuingle plutôt que ceux de Luther, et les gomaristes plutôt que les arméniens. Et pour ce qui est de la liberté, l'autorité des états, qui intervenoit partout, et qu'aussi on avoit toujours à la bouche dans le synode2; celle du prince d'Orange, ennemi déclaré des arméniens; l'emprisonnement de Grotius et des autres chefs du parti, et enfin le supplice de Barneveld, font assez voir comment on étoit libre en Hollande sur cette matière.

Les députés de Genève tranchent plus court ; et sans s'arrêter aux luthériens, à qui aussi quatre ans qu'ils avoient au-dessus des zuingliens ne pouvoient pas attribuer l'autorité de les juger, ils répondoient à l'égard des catholiques3 : a II a été libre à nos pères de protester contre les conciles de Constance et de Trente, parce que nous ne voulons pas avoir aucune sorte d'union avec eux; au contraire, nous les méprisons et les haïssons : de tout temps , ceux qui déclinoient l'autorité des conciles se séparoient de leur communion. » Voilà toute leur réponse ; et ces bons théologiens n'auroient rien eu à opposer au déclinatoire des arminiens, s'ils avoient rompu avec les Églises de Hollande, et qu'ils les eussent haïes et méprisées ouvertement.

Selon cette réponse, les luthériens n'avoient que faire de se mettre tant en peine de ramasser des griefs contre le concile de Trente, ni de discuter qui étoit partie ou qui ne l'étoit pas dans cette cause. Pour décliner l'autorité du concile où les catholiques les appeloient, ils n'avoient qu'à dire sans tant de façon : Nous voulons rompre avec vous, nous vous méprisons, nous vous haïssons et nous n'avons que faire de votre concile. Mais l'édification publique et le nom même de chrétien ne souffroitpas une telle réponse. Aussi n'est-ce pas ainsi que répondirent les luthériens : au contraire ils déclarèrent, et même à Augsbourg dans leur propre Confession, qu'ils en appeloient au concile, et même au concile que le pape assembleroit4. Il y a une semblable déclaration dans la Confession de Strasbourg 5 : ainsi les deux partis protestants étaient d'accord en ce point. Ils ne vouloient donc pas rompre avec nous : ils ne nous haïssoient pas; ils ne nous méprisoient pas tant que le d'sent ceux de Genève. S'il est donc vrai, selon eux,

1. Sess. 27, p. 99. — 2. Sess. 25, p. 80 y Sess. 26, p. 81, 82, 83, etc.

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