Instit.y m, xxifl, 1, 7, 8, 9. — 2. Ibid., xxiv, n
3. Jur., ibid., pag. '214. — 4. Ibid. — 5. Ci-dessus, liv. XIV. — 6. Ibid.
7. Jur., ibid. — 8. Liv. VIII , liv. XIV. — 9. Jur., pag. 117.
vant le devoir nécessaire pour convertir l'homme. » Ainsi, ce qu'ils attribuent à la puissance divine, c'est la grâce qui accompagne la prédication; et ce qu'ils attribuent au libre arbitre, c'est de se rendre « auparavant, » par ses propres forces, attentif à la parole annoncée: c'est dire, aussi clairement que les demi-pélagiens aient jamais fait, que le commencement du salut vient purement du libre arbitre; et afin qu'on ne doute pas que ce ne soit l'erreur des luthériens, M. Jurieu produit encore un passage de Calixte, où il transcrit de mot à mot les propositions condamnées dans les demi-pélagiens, puisqu'il dit en termes formels , « qu'il reste dans tous les hommes quelques forces de l'entendement et de la volonté, et des connoissances naturelles; et que s'ils en font un bon usage, en travaillant autant qu'ils peuvent à leur salut, Dieu leur donnera tous les moyens nécessaires pour arriver à la perfection où la révélation nous conduit ! : » ce qui, encore un coup, fait dépendre la grâce de ce que l'homme fait précédemment par ses propres forces.
J'ai donc, eu raison d'assurer que les luthériens sont devenus véritablement demi-pélagiens, c'est-à-dire pélagiens dans la partie la plus dangereuse de cette hérésie, puisque c'est celle où l'orgueil humain est le plus flatté. Car ce qu'il y a de plus malin dans le pélagianisme est de mettre enfin le salut de l'homme entre ses mains indépendamment de la grâce. Or c'est ce que font ceux qui, comme les luthériens, font dépendre la conversion et la justification du pécheur d'un commencement qui entraîne tout le reste, et que néanmoins le pécheur se donne à lui-même purement par son libre arbitre sans la grâce, comme je l'ai démontré, et comme M. Jurieu vient encore de le faire voir par l'aveu des luthériens.
Il ne faut donc point qu'ils se flattent d'avoir échappé l'anathème qu'ont mérité les pélagiens , sous prétexte qu'ils ne le sont qu'à demi; puisqu'on voit que cette partie qu'ils ont avalée d'un poison aussi mortel que le pélagianisme en contient toute la malignité : par où on peut voir l'état déplorable de tout le parti protestant ; puisque d'un côté les calvinistes ne savent point de moyen de soutenir la grâce chrétienne contre les pélagiens, qu'en la rendant « inamissible » avec tous les inconvénients que nous avons vus : et que d'autre part les luthériens croient ne pouvoir éviter ce détestable particularisme de Dordrectet des calvinistes, qu'en devenant pélagiens, et en abandonnant le salut de l'homme à son libre arbitre.
Le calviniste poursuit sa pointe ; et, dit-il aux luthériens, « il n'est pas possible de dissimuler » votre doctrine contre la nécessité des bonnes œuvres. « Je ne veux pas, poursuit-il2, aller rechercher les dures propositions de vos docteurs anciens et modernes sur ce sujet là. » Je crois tju'il avoit en vue le décret de Vormes, où nous avon* remarqué qu'il fut décidé que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au salut3. Mais sans s'arrêter à cette assemblée et aux autres semblables décrets des luthériens, j'observerai seulement, dit-il à Scultet1, ce que vous avez enseigné vous-même : a qu'il ne nous est permis de donner aux pauvres aucune aumône, pas même une obole, dans le dessein d'obtenir le pardon de nos péchés ; » et encore : « que l'habitude et l'exercice de la vertu n'est pas absolument nécessaire aux justifiés pour être sauvés , que l'exercice de l'amour de Dieu, ni
1. Pag. 118. Calix. Epit. — 2. Jur., 2 part., c. n, pag. 243. 3. Liv. VIII, n. 32. — 4. Jur., ibid., pag. 2^3, 244.
dans le cours de la vie, ni même à l'heure de la mort, n'est la condition nécessaire, sans laquelle on ne puisse pas être sauvé : » enfin, que « ni l'habitude ni l'exercice de la vertu n'est nécessaire au mourant pour obtenir la rémission de ses péchés ; « c'est-à-dire « qu'un homme est sauvé, comme conclut le ministre, sans avoir fait aucune bonne œuvre, ni à la vie ni à la mort. »
Voilà de justes et terribles récriminations ; et le docteur Scultet ne s'en tirera jamais : mais en voici encore une qu'il ne faut pas oublier. Vous nous objectez comme un crime, lui dit M. Jurieu, la certitude du salut établie dans le synode de Dordrect : mais vous, qui nous l'objectez, vous la tenez vous-mêmes. Là-dessus il produit les thèses où ie docteur Jean Gérard, le troisième homme de la réforme après Luther et Chemnice, si l'on croit ses approbateurs, avance cette proposition : « Nous défendons contre les papistes la certitude du salut comme étant une certitude de foi '. » Et encore : « Le prédestiné a le témoignage de Dieu en soi, et il se dit en lui-même : Celui qui m'a prédestiné de toute éternité m'appelle, et me justifie dans le temps par sa parole. » Il est vrai qu'il a écrit ce qu'on vient de voir, et d'autres choses aussi fortes rapportées par M. Jurieu 2 : elles sont familières aux luthériens. Mais ce ministre leur reproche avec raison qu'elles ne s'accordent pas avec leur dogme de a l'amissibilité » de la justice, qu'ils regardent comme capital : c'est aussi ce que j'ai marqué dans cette histoire3; et je n'ai pas oublié le dénoûment que proposent les luthériens, et même le docteur Gérard : mais je ne garantis pas les contradictions que le ministre Jurieu leur reproche en ces termes4: « C'est une chose incroyable que des gens sages, et qui ont des yeux, soient tombés dans un si prodigieux aveuglement, que de croire qu'on soit assuré de son salut d'une certitude de foi, et qu'en même temps le vrai fidèle puisse déchoir de la foi et du salut éternel. » Il prend de là occasion de leur reprocher que toute leur doctrine est contradictoire, et que leur « universalisme, » introduit contre les principes de Luther, a mis une telle confusion dans leur théologie, « qu'il n'y a personne qui ne sente qu'elle n'a plus aucune suite ; qu'elle ne se peut accorder avec elle-même : et qu'il ne leur reste aucune excuse 5. •» Voilà comme ces messieurs se traitent quand ils s'accordent : que ne font-ils pas quand ils se déchirent !
Outre ce qui regarde la grâce, le ministre reproche encore avec force aux luthériens le prodige de l'ubiquité, « digne, dit-il6, de tous les éloges que vous donnez aux décisions de Dordrect : monstre affreux, énorme et horrible, d'une laideur prodigieuse en lui-même, et encore plus prodigieuse dans ses conséquences ; puisqu'il ramène au monde la confusion des natures en Jésus-Christ ; et non-seulement celle de l'âme avec le corps, mais encore celle de la Divinité avec l'humanité, et en un mot l'eutychianisme détesté unanimement de toute l'Église. »
Il leur fait voir qu'ils ont ajouté à la Confession d'Augsbourg ce monstre de l'ubiquité, et à la doctrine de Luther leur excessif a universalisme » qui les a fait revenir à l'erreur des pélagiens. Tous ces reproches sont très- véritables, comme nous l'avons fait voir', et voilà
1. Jur., 1 part. c. vin, pag. 128, 129-, Gérard, De Elec. et rep., cap. xm; thés. 210, 211.
2. Ibid., pag. 129. — 3. Liv. III, n. 39 ; liv. VIII, n. 60, 61. — 4. Ibid. 5. Jur., ibid., pag. 219 ; ibid., pag. 129, 131, 136. — 6. Ibid., pag. 241. 7. Ci-dessus, Liv. VIII.
les luthériens, les premiers de ceux qui ont pris la qualité de réformateurs, convaincus par les calvinistes d'être tout ensemble pélagiens en termes formels, et eutychiens, par des conséquences à la vérité, mais a que tout le monde voit1, » et qui sont aussi claires que le jour.
Après toutes ces vigoureuses récriminations, on croiroitque le ministre Jurieu va conclure à détester dans les luthériens tant d'abominables excès, tant de visibles contradictions, un aveuglement si manifeste : point du tout. Il n'accuse les luthériens de tant d'énormes erreurs que pour en venir à la paix, en se tolérant mutuellement, malgré les erreurs grossières dont ils se convainquent les uns les autres.
C'est donc ici qu'il propose cette merveilleuse compensation, et cet échange de dogmes où tout aboutit à conclure : « Si notre particularisme est une erreur, nous vous offrons la tolérance pour des erreurs beaucoup plus étranges2. » Faisons la paix sur ce fondement, et déclarons-nous mutuellement de fidèles serviteurs des Dieu, sans nous obliger de part ni d'autre à rien corriger dans nos dogmes. Nous vous passons tous les prodiges de votre doctrine : nous vous passons cette monstrueuse ubiquité : nous vous passons votre demi-pélagianisme qui met le commencement du salut de l'homme purement entre ses mains3 : nous vous passons ce dogme affreux qui nie que les bonnes œuvres et l'habitude de la charité, non plus que son exercice, soient nécessaires au salut, ni à la vie, ni à la mort4 : nous vous tolérons, nous vous recevons à la sainte table, nous vous reconnaissons pour enfants de Dieu malgré ces erreurs : passez -nous donc aussi, et passez au synode de Dordrect, et ses décrets absolus avec sa grâce irrésistible, et sa certitude du salut avec son inamissibilité de la justice, et tous nos autres dogmes particuliers, quelque horreur que vous en ayez.
Voilà le marché qu'on propose, voilà ce qu'on négocie à la face de tout le monde chrétien ; une paix entre des Églises qui se disent nonseulement chrétiennes, mais encore réformées, non pas en convenant de la doctrine qu'elles croient expressément révélée de Dieu, mais en se pardonnant mutuellement les plus grossières erreurs.
Quel sera l'événement de ce traité ? Je veux bien ne le pas prévoir ; mais je dirai hardiment que les calvinistes n'y gagneront rien, que d'ajouter à leurs erreurs celles des luthériens, dont ils se rendront complices en recevant à la sainte table, comme de véritables enfants de Dieu, ceux qui font profession de les soutenir. Pour ce qui est des luthériens, s'il est vrai, comme l'insinue M. Jurieu5, qu'ils commencent pour la plupart à devenir plus traitables sur le point de la présence réelle, et qu'ils offrent la paix aux calvinistes, pourvu seulement qu'ils reçoivent leur « universalisme » demi-pélagien ; tout l'univers sera témoin qu'ils auront fait la paix en sacrifiant aux sacramentaires ce que Luther a le plus défendu contre eux jusqu'à la mort, c'est-à-dire la réalité; et en leur faisant avouer ce que le même Luther déteste le plus, c'est-à-dire le pélagianisme, auquel il a préféré l'extrémité opposée, et l'horreur de faire Dieu auteur du péché.
Mais voyons encore le moyen que propose M. Jurieu pour parvenir à ce merveilleux accord. « Premièrement, dit-il6, ce pieux ouvrage ne
t. Jur., ibid. — 2. Jur., 2 part., c. ni et seq, 10. H , pag. 240.
3. Ibid., 1 part., c. m, pag. 123. — 4. Ibid-, 2 part., c. u, pag. 2d3.
S. 2 part., cap. xn, p. 261. — 6. Ibid., p. 260.
se peut faire sans le secours des princes de l'un et de l'autre parti ; parce que, poursuit-il, toute la réforme s'est faite par leur autorité. » Ainsi on doit assembler, pour le promouvoir, non des ecclésiastiques toujours trop attachés à leurs sentiments; mais des politiques ', » qui apparemment feront meilleur marché de leur religion. Ceux-ci donc « examineront l'importance de chaque dogme, et pèseront avec équité si telle et telle proposition , supposé que ce soit une erreur , n'est pas capable d'accord, ou ne peut pas être tolérée2 : » c'est-à-dire qu'il s'agira dans cette assemblée de ce qu'il y a de plus essentiel à la religion, puisqu'il y faudra décider ce qui est fondamental ou non ; ce qui peut être ou ne peut pas être toléré. C'est la grande difficulté : mais dans cette difficulté si essentielle à la religion « les théologiens parleront comme des avocats, les politiques écouteront, et seront les juges sous l'autorité des princes3. » Voilà donc manifestement les princes devenus souverains arbitres de la religion, et l'essentiel de la foi remis absolument entre leurs mains. Si c'est là une religion, ou un concert politique, je m'en rapporte au lecteur.
Cependant il faut avouer que la raison qu'apporte M. Jurieu pour tout déférer aux princes est convaincante , puisqu'en effet, comme il vient de dire, « toute la réforme s'est faite par leur autorité. » C'est ce que nous avons montré par toute la suite de cette histoire : mais enfin on ne pourra plus disputer ce fait, si honteux à nos réformés. M. Jurieu le reconnoît en termes exprès; et il ne faut plus s'étonner qu'on accorde aux princes l'autorité de juger souverainement d'une réforme qu'ils ont faite.
C'est pourquoi le ministre a mis pour fondement de l'accord, « qu'avant toute conférence et toute dispute, les théologiens des deux partis feront serment d'obéir aux jugements des délégués des princes, et de ne rien faire contre l'accord. » Ce sont les princes et leurs délégués qui sont devenus infaillibles : on jure par avance de leur obéir, quoi qu'ils ordonnent : il faudra croire essentiel ou indifférent, tolérable ou intolérable dans la religion ce qu'il leur plaira; et le fond du christianisme sera décidé par la politique.
On ne sait plus en quel pays on est, ni si c'est des chrétiens qu'on entend parler, quand on voit le fond de la religion remis à l'autorité temporelle , et les princes en devenir les arbitres. Mais ce n'est pas tout : il faudra enfin convenir d'une confession de foi ; et ce devoit êtie le grand embarras : mais l'expédient est facile. On en fera une en termes si vagues et si généraux, que tout le monde en sera content4 : chacun dissimulera ce qui déplaira à son compagnon : le silence est un remède à tous maux : on se croira les uns les autres tout ce qu'on voudra dans son cœur, pélagiens , eutychiens, manichéens : pourvu qu'on n'en dise mot; tout ira bien, et Jésus-Christ ne manquera pas de réputer les uns et les autres pour des chrétiens bien unis. Ne disons rien : déplorons l'aveuglement de nos frères, et prions Dieu que l'excès de l'égarement leur fasse enfin ouvrir les yeux à leur erreur.
En voici le comble. Nous avons vu ce que Zuingle et les zuingliens, Calvin et les calvinistes ont cru de la Confession d'Augsbourg, comment dès son origine ils refusèrent de la souscrire et se séparèrent de ses défenseurs; comment dans toute la suite ceux de France, en la recevant dans tout le reste, ont toujours excepté l'article x où il est parlé
I. Jur., 2 part., pag. 260, n. 4. — 2. Ibid., pag. 269, n. 8. — 3. Ibid. 4. Ibid., c. xi pag. 245 et seq. ; c. xu, pag. 261.
de la cène !. On a vu entre autres choses ce qui en fut dit au colloque de Poissy2; et on n'a pas oublié ce que Calvin écrivoit alors « tant de la mollesse que de la brièveté obscure et défectueuse » de cette Confession : ce qui faisoit, dit-il, «qu'elle déplaisoit aux gens de bon sens, et même que Mélanchthon son auteur s'étoit souvent repenti de l'avoir dressée : » mais maintenant, que ne peut point l'aveugle désir de s'unir aux luthériens? on est prêt à souscrire à cette Confession; car on sent bien que les luthériens ne s'en départiront jamais. Hé bien, dit notre ministre3, « ne faut-il que la souscrire? L'affaire est faite : nous sommes prêts à la souscription, pourvu que vous vouliez nous recevoir. » Ainsi cette Confession, si constamment rejetée depuis cent cinquante ans, tout à coup, sans y rien changer, deviendra la règle commune des calvinistes, comme elle l'est des luthériens; à condition que chacun aura son intelligence, et y trouvera ce qu'il a dans l'esprit. Je laisse au lecteur à décider lesquels paroissent ici le plus à plaindre, ou des calvinistes qui tournent à tout vent, ou des luthériens dont on ne souscrit la Confession que dans l'espérance qu'on a d'y trouver ses fantaisies à la faveur des équivoques dont on l'accuse. Chacun voit combien seroit vaine, pour ne rien dire de pis, la réunion qu'on propose : ce qu'elle auroit de plus réel, c'est enfin, comme le dit M. Jurieu4, a qu'on pourroit faire une bonne ligue, et que le parti protestant feroit trembler les papistes. » Voilà ce qu'espéroit M. Jurieu; et sa négociation lui paroîtroit assez heureuse, si au défaut d'un accord sincère des esprit, elle pou voit les unir assez pour mettre en feu toute l'Europe : mais par bonheur pour la chrétienté les ligues ne se font pas au gré des docteurs.
Dans cette admirable négociation il n'y a rien de plus surprenant queles adresses doue s'est servi M. Jurieu pour fléchir la dureté des luthériens. Quoi ! dit-il, serez-vous toujours insensibles à la complaisance que nous avons eue de vous passer la présence corporelle? « Outre toutes les absurdités philosophiques qu'il nous a fallu digérer, combien périlleuses sont les conséquences de ce dogme5! » Ceux-là le savent, poursuit-il, qui ont à soutenir en France ce reproche continuel: « Pourquoi rejeter les catholiques, après avoir reçu les. luthériens? Nos gens répondent : Les luthériens n'ôtent pas la substance du pain: ils n'adorent pas l'eucharistie; ils ne l'offrent pas en sacrifice; ils n'en retranchent pas une partie. Tant pis pour eux, nous dit-on, c'est en cela qu'ils raisonnent mal, et ne suivent pas leurs principes. Car si le corps de Jésus-Christ est réellement et charnellement présent, il faut l'adorer : s'il est présent, il faut l'offrir à son Père : s'il est présent, Jésus-Christ est tout entier sous chaque espèce. Ne dites pas que vous Liez ces conséquences; car enfin elles coulent mieux et plus naturellement de votre dogme que celles que vous nous imputez. Il est certain que votre doctrine sur la cène a été le commencement de l'erreur : le changement de substance a été fondé là-dessus : c'est sur cela qu'on a commandé l'adoration; et il n'est pas aisé de s'en défendre : la raison humaine va là, qu'il faut adorer Jésus-Christ partout où il est. Ce n'est
Eas que cette raison soit toujours bonne; car Dieu est bien dans le ois et dans une pierre, sans qu'il faille adorer la pierre ou le bois : mais enfin l'esprit va là par son propre poids, » et aussi naturellement que les éléments à leur centre; il faut un grand effort pour « l'empê-
i. Liv. III, n. 3 ; liv. IX, n. 88, 89, 100 et suiv. — 2. Ibid., n. 107. 3. Jur., 2 part., c. xur, pag. 278. — 4. Ibid., pag. 262. 5. Ibid., 2 part., c. xiii, p. 240.
cher de tomber dans ce précipice (ce précipice, c'est d'adorer Jésus- Christ où il est) : « et je ne doute nullement, poursuit notre auteur, que les simples n'y retombassent parmi vous, s'ils n'en étoient empêchés parles disputes continuelles avec les papistes. » Ouvrez les yeux, o luthériens , et permettez que les catholiques à leur tour vous parlent ainsi : Nous ne vous proposons pas d'adorer du bois ou de la pierre à cause que Dieu y est; nous vous proposons d'adorer Jésus-Christ où vous avouez qu'il se rencontre par une présence si spéciale attestée par un témoignage si particulier et si divin : ce la raison va là naturellement, l'esprit y est porté par son propre poids. » Les gens simples et qui ne sont pas contentieux suivroient une pente si naturelle , si des disputes continuelles ne les retenoient; et ce n'est que par un esprit de contention qu'on s'empêche d'adorer Jésus-Christ où on le croit si présent.
Telles sont les conditions de l'accord qui se traite aujourd'hui entre les luthériens et les calvinistes, tels sont les moyens qu'on a pour y parvenir; et telles sont les raisons dont on se sert pour persuader et attendrir les luthériens. Et que ces messieurs n'aillent pas penser que nous en parlions comme nous faisons par quelque crainte que nous ayons de leur accord, qui après tout ne sera jamais qu'une grimace et une cabale ; car enfin se persuader les uns les autres est une chose jugée impossible, même par M. Jurieu. «. Jamais, dit-il1, aucun des partis ne se laissera mener en triomphe, et proposer un accord entre les luthériens et les calvinistes . à condition que l'un des partis renonce à sa doctrine, c'est de même que si on avoit proposé pour moyen d'accord aux Espagnols de remettre toutes leurs provinces et toutes leurs places entre les mains des François. Cela, dit-il, n'est ni juste, ni possible. » Qui ne voit, sur ce fondement, que les luthériens et les calvinistes sont deux nations irréconciliables et incompatibles dans le fond? Ils peuvent faire des ligues : mais qu'ils puissent jamais parvenir à un accord chrétien par la conformité de leurs sentiments , c'est une folie manifeste de le croire. Ils diront néanmoins toujours, et autant les uns que les autres, que les Écritures sont claires , quoiqu'ils sentent dans leur conscience que seules elles ne peuvent terminer le moindre doute; et tout ce qu'ils pourront faire, c'est de s'accorder , et dissimuler ce qu'ils croiront être la vérité clairement révélée de Dieu, ou en tout cas de l'envelopper, comme on l'a tenté mille fois, dans des équivoques.
Qu'ils fassent donc ce qu'il leur plaira , et ce que Dieu permettra qu'ils fassent sur ces vains projets d'accommodement; ils seront éternellement le supplice et l'affliction les uns des autres : ils se seront les uns aux autres un témoignage éternel qu'ils ont usurpé malheureusement le titre de réformateurs, et que la méthode qu'ils ont prise pour corriger les abus ne pouvoit tendre qu'à la subversion du christianisme.
Mais voici quelque chose de pis pour eux. Quand ils seroient parvenus à cette tolérance mutuelle , nous aurons encore à leur demander en quel rang ils voudront mettre Luther et Calvin , qui font Dieu en termes exprès auteur du péché, et par là se trouvent convaincus d'un dogme que leurs disciples ont maintenant en horreur. Qui ne voit qu'il arrivera de deux choses l'une, ou qu'ils mettront ce blasphème, ce a manichéisme, » cette a impiété qui renverse toute religion » parmi les dogmes supportables, ou qu'enfin, pour un opprobre éternel de la
i. Jar., 2 part., c. i, pag. 138, 141.
réforme, Luther deviendra l'horreur des luthériens, et Calvin des cal*
vinistes?