Cap. xvr, ibid. — 6. Ibid., art
lesquels on ajoute aussi que Dieu se « fait connoître à ses fidèles, et Veur administre la rémission de leurs péchés. »
Dans une autre Confession de foi faite à Bâle en 1532, « l'Église chrétienne est pareillement définie la société des saints, dont tous ceux qui confessent Jésus-Christ sont citoyens: -» ainsi la profession du christianisme y est essentielle.
Pendant que nous parlons des Confessions helvétiques, celle de 1560, qui est la grande et la solennelle, définit encore l'Église a qui a toujours été, qui est, et qui sera toujours l'assemblée des fidèles et des saints qui connoissent Dieu, et le servent par la parole et le Saint-Esprit *. » Il n'y a donc pas seulement le lien intérieur, qui est le Saint- Esprit ; mais encore l'extérieur, qui est la parole et la prédication : c'est pourquoi on dit ensuite que « la légitime et véritable prédication en est la marque principale, *> à laquelle il faut ajouter a les sacrements comme il les a institués2. » D'où l'on conclut que les Églises qui sont privées de ces marques, « quoiqu'elles vantent la succession de leurs évêques , leur unité et leur ancienneté, sont éloignées de la vraie Église de Jésus-Christ ; et qu'il n'y a point de salut hors de l'Église, non plus que hors de l'arche : si l'on veut avoir la vie, il ne se faut point séparer de la vraie Église de Jésus-Christ3. »
Je demande qu'on remarque ces paroles, qui seront d'une grande conséquence quand il faudra venir aux dernières réponses des ministres : mais en attendant, remarquons qu'on ne peut pas enseigner plus clairement que l'Église est toujours visible, et qu'elle est nécessairement composée de pasteurs et de peuple, que le fait ici la Confession helvétique.
Mais comme on étoit contraint, selon ces idées, à trouver toujours une Église et un ministère où la vérité du christianisme se fût conservée, l'embarras n'étoit pas petit ; parce que, quoi qu'on pût dire, on sentoit bien qu'il n'y avoit ni grande ni petite Église composée de pasteurs et de peuple, où l'on pût montrer la foi qu'on vouloit faire passer pour la seule vraiment chrétienne. On est donc contraint d'ajouter que « Dieu a eu des amis hors du peuple d'Israël ; que durant la captivité de Babylone, le peuple a été privé de sacrifice soixante ans ; que par un juste jugement de Dieu la vérité de sa parole et de son culte et la foi catholique sont quelquefois tellement obscurcies qu'il semble presque qu'ils soient éteints, et qu'il ne reste plus d'Église comme il est arrivé du temps d'Hélie, et en d'autres temps : de sorte qu'on peut appeler l'Église invisible; non que les hommes dont elle est composée le soient, mais parce qu'elle est souvent cachée à nos yeux, et que connue de Dieu seul elle échappe à la vue des hommes. » Voilà le dogme de l'Église invisible : aussi clairement établi que le dogme de l'Église visible l'avait été, c'est-à-dire que la réforme, frappée d'abord de la vraie idée de l'Église, la définit de manière que sa visibilité est de sGn essence; mais qu'elle est jetée dans d'autres idées par l'impossibilité de trouver une Église toujours visible de sa croyance.
1 Conf. Argent. y cap. xvu, De Eccl., Synt, gen., pag. 31. 2. Ibid., pag. 133. — 3. Ibid., pag. 3"^.
Que ce soit cet inévitable embarras qui ait jeté les Eglises calviiiiennes dans cette chimère d'Église invisible, on n'en pourra douter après avoir entendu M. Jurieu. « Ce qui a porté, dit-il1, quelques docteurs réformés » (ildevoit dire, ce qui a potté des Églises entières de ia réforme dans leurs propres Confessions de foi ) « à se jeter dans Yembarras où ils se sont engagés en niant que la visibilité de l'Église fût perpétuelle, c'est qu'ils ont cru qu'en avouant que l'Église est toujours visible, ils auroient eu peine à répondre à la question que l'Église romaine nous fait si souvent : Où étoit notre Église il y a cent cinquante ans? Si l'Église est toujours visible, votre Église calvinienne et luthérienne n'est pas la véritable Église, car elle n'étoit pas visible. « C'est avouer nettement la cause de l'embarras où ces Églises se sont engagées : lui qui prétend avoir raffiné n'en sortira pas mieux, comme on verra : mais continuons à voir l'embarras des Églises mêmes.
La Confession belgique imite manifestement l'helvétique, puisqu'elle dit « que l'Église catholique ou universelle est l'assemblée de tous les fidèles ; qu'elle a été, qu'elle est, et qu'elle sera éternellement, à cause que Jésus-Christ son roi éternel ne peut pas être sans sujets ; encore que pour quelque temps elle paroisse petite, et comme éteinte à la vue des hommes, comme du temps d'Achab et de ces sept mille qui n'avoient point fléchi le genou devant Baal2. »
On ne laisse pas d'ajouter après 3, « que l'Église est l'assemblée des élus, hors de laquelle nul ne peut être sauvé; qu'il n'est pas permis de s'en retirer, ni de demeurer seul à part; mais qu'il faut s'unir à l'Église, et se soumettre à sa discipline; » qu'on la peut voir et connoître « par la pure prédication, la droite administration des sacrements4, 55 et une bonne discipline; « et c'est, dit-on, par là qu'on peut discerner certainement cette vraie .Église dont il n'est pas permis de se séparer. »
Il semble donc d'un côté qu'ils veulent dire qu'on la peut toujours bien connoître, puisqu'elle a de si claires marques ; et qu'il n'est jamais permis de s'en séparer. Et d'autre part, si nous les pressons de nous montrer une Église de leur croyance, pour petite qu'elle soit, toujours visible, ils se préparent une échappatoire, en recourant à cette Église qui ne paroît pas, encore qu'ils n'osent pas trancher le mot, ni assurer absolument qu'elle est éteinte, mais seulement qu'elle paroît « comme éteinte. »
L'Église anglicane parle ambigument. « L'Église visible, dit-elle b, est l'assemblée des fidèles, où la pure parole de Dieu est prêchée, et où les sacrements sont administrés selon l'institution de Jésus-Christ, » c'est-à-dire qu'elle est ainsi quand elle est visible ; mais ce n'est pas dire qu'elle soit toujours visible. Ce qu'on ajoute n'est pas plus clair : « Comme l'Église de Jérusalem, celle d'Alexandrie et d'Antioche ont erré, l'Église romaine a aussi erré dans la doctrine, a Savoir si en infectant ces grandes Églises, qui étoient comme les mères de toutes les
1. Syst., pag. 226. — 2. Art. 24, ibid., pag. 140. — 3. Ibid., art. 28. 4. Ibid., art. 29. — 5. Ibid., art. 19, pag. 103.
autres, Terreur a pu gagner partout, en sorte que la profession de la vérité fût éteinte par toute la terre : on a mieux aimé n'en dire mot que de s'exposer d'un côté à un horrible inconvénient, en disant qu'il ne restât plus aucune Église où la vérité fût confessée; ou de l'autre, en reconnoissant que cela ne se peut, être obligé de chercher ce qu'on «ait ne point trouver, c'est-à-dire une Église de sa croyance toujours subsistante.
Dans la Confession d'Ecosse, a l'Église catholique est définie la société de tous les élus : » on dit a qu'elle est invisible et connue de Dieu seulement, qui seul connoît ses élus1. » On ajoute que la vraie Église a « pour marque la prédication et les sacrements 2 ; » que partout où sont ces marques, quand il n'y auroit que a deux ou trois hommes, » là est l'Église de Jésus-Christ, au milieu de laquelle il est selon sa promesse : a ce qu'on entend, poursuit-on, non de l'Église universelle dont on vient de parler, mais de l'Église particulière d'Éphèse, de Corinthe, et ainsi des autres, où le ministère avoit été planté par saint Paul ; » chose étrange, de faire dire à Jésus-Christ que le ministère puisse être où il n'y a que deux ou trois bommes ! Mais il falloit bien en venir là; car de trouver une seule Église de sa croyance, où il y eût un ministère réglé, comme à Éphèse ou à Corinthe, toujours subsistant, on en perdoit l'espérance.
J'ai réservé la Confession des prétendus réformés de France pour la dernière, non-seulement à cause de l'intérêt particulier que je dois prendre à ma patrie, mais encore à cause que c'est en France que les prétendus réformés ont cherché depuis très-longtemps avec le plus de soin le dénoûment de cette difficulté.
Commençons par le Catéchisme, où dans le dimanche XV, sur cet article du Symbole: a Je crois l'Église catholique, » on enseigne que ce nom lui est donné « pour signifier que comme il n'y a qu'un chef des fidèles, ainsi tous doivent être unis en un corps ; tellement qu'il n'y a pas plusieurs Églises , mais une seule, laquelle est épandue par tout le monde. *> Comment l'Église luthérienne ou calvinienne étoit « épandue par tout le monde, «lorsqu'à peine on laconnoissoit en quelque coin ; et comment on peut trouver en tout temps et dans tout le monde des Églises de cette croyance : c'est où étoit la difficulté. On Ta vue, et on la prévient dans le dimanche suivant, où, après avoir demandé si cette c Église se peut connoître autrement qu'en la croyant, >» on répond ainsi : a II y a bien l'Église de Dieu visible, selon qu'il nous a donné des enseignes pour la connoître; mais ici (c'est dans le Symbole) il est parlé proprement de la compagnie de ceux que Dieu a élus pour les sauver, laquelle ne se peut pas pleinement voir à l'œil. »
On semble dire deux choses : la première, qu'il n'est point parlé d'Église visible dans le Symbole des apôtres : la seconde, qu'au défaut d'une telle Église qu'on puisse montrer visiblement dans sa croyance, il suffira d'avoir son refuge à cette Église invisible « qu'on ne peut pas pleinement voir à l'œil. » Mais la suite met un obstacle aux deux points
1. Syst., art. 16, De Eccl.y pag. 118. — 2. Art. 18, pag. 119.
de cette doctrine, puisqu'on y enseigne « que nul n'obtient pardon de ses péchés, que premièrement il ne soit incorporé au temple de Dieu, et persévère en unité et communion avec le corps de Christ, et ainsi qu'il soit membre de l'Église : » d'où Ton conclut que « hors de l'Église il n'y a que damnation et mort ; et que tous ceux qui se séparent de la communion des fidèles, pour faire secte à part, ne doivent espérer salut, cependant qu'ils sont en division. » Assurément a faire secte à part, » c'est rompre les liens extérieurs de l'unité de l'Église : on suppose donc que l'Église, avec laquelle il faut être en communion pour avoir la rémission de ses péchés, a une double liaison, l'interne et l'externe, et toutes les deux sont nécessaires premièrement au salut, et ensuite à l'intelligence de l'article du Symbole touchant l'Église catholique; de sorte que cette Église, confessée dans le Symbole, est visible et reconnoissable dans son extérieur : c'est pourquoi aussi on n'a osé dire qu'on ne pouvoit pas la voir ; mais qu'on ne pouvoit pas la voir c pleinement, » c'est-à-dire dans ce qu'elle a d'intérieur : chose dont personne ne dispute.
Toutes ces idées du Catéchisme étoient prises de Calvin, qui l'a composé : car en expliquant l'article, « Je crois l'Église catholique, » il distingue l'Église visible d'avec l'invisible connue de Dieu seul, qui est la société de tous les élus i ; et il semble vouloir dire que c'est de celle-là qu'il est parlé dans le Symbole : a Encore, » dit-il 2, « que cet article regarde en quelque façon l'Église externe, » comme si c'étoient deux Églises, et qu'au contraire ce ne fût pas un fait constant que la même Église, qui est invisible dans ses dons intérieurs, se déclare par les sacrements et par la profession de sa foi. Mais c'est qu'on tremble toujours dans la réforme, lorsqu'il s'agit de reconnoître la visibilité de l'Église.
On agit plus naturellement dans la Confession de foi ; et il a été démontré ailleurs 3 qu'on n'y connoît d'autre Église que celle qui est visible. Le fait est demeuré pour constant, comme jn verra dans la suite. Aussi n'y avoit-il rien qui pût être moins disputé :car depuis l'article 25, où cette matière commence, jusqu'à l'article 32, où elle finit, on suppose toujours constamment l'Église visible; et dès l'article 25, on pose pour fondement que a l'Église ne peut consister, sinon qu'il y ait des pasteurs qui aient la charge d'enseigner. » C'est donc une chose absolument nécessaire; et ceux o^ui s'opposent à cette doctrine a sont détestés comme fantastiques. » D'où on conclut, dans l'article 26 , « que nul ne se doit retirer à part, et se contenter de sa personne ;» de sorte qu'il est nécessaire d'être lié extérieurement avec quelque Église : vérité inculquée partout sans qu'il y paroisse un seul mot de l'Église invisible.
Il faut pourtant remarquer que dans l'article 26 , où il est dit « qu'il n'est pas permis de se retirera part, ni de se contenter de sa perionne, «mais « qu'il faut se ranger à quelque Église; » on ajoute oc et ce, en quelque lieu où Dieu aura établi un vrai ordre d'Église : »
1. In$tit,% lib. IV, c. i. — 2. lbid. — 3. Conf. avec M. Claude, n. 1, init.
par où on laisse indécis, si l'on entend qu'un tel ordre subsiste toujourr.
Dans l'article 27, on avertit qu'il faut discerner avec soin quelle est la vraie Église : paroles qui font bien voir qu'on la suppose visible; et après avoir décidé que c'est « la compagnie des vrais fidèles, *> on ajoute que « parmi les fidèles il y a des hypocrites et des réprouvés, dont la malice ne peut effacer le titre d'Église : » où la visibilité de l'Église est de nouveau clairement supposée.
Par les principes qu'on établit en l'article 28, l'Église romaine est exclue du titre de vraie Église; puisque, après avoir posé ce fondement, « que là où la parole de Dieu n'est pas, et qu'on ne fait nulle profession de s'assujettir à elle, où il n'y a nul usage des sacrements, à parler proprement, on ne peut juger qu'il y ait aucune Église : » on déclare que l'on « condamne les assemblées de la papauté, vu que la pure vérité de Dieu en est bannie, esquelles les sacrements sont corrompus, abâtardis, falsifiés ou anéantis du tout, et esquelles toutes superstitions et idolâtries ont vogue : » d'où l'on tire cette conséquence : « Nous tenons donc que tous ceux qui se mêlent en tels actes, et y communiquent, se séparent et se retranchent du corps de Jésus-Christ. »
On ne peut pas décider plus clairement qu'il n'y a point de salut dans la communion romaine. Et ce qu'on ajoute, qu'il y a encore parmi nous quelque « trace d'Église, » loin d'adoucir les expressions précédentes, les fortifie; puisque ce terme emporte plutôt un reste et un vestige d'une Église qui ait autrefois passé par là, qu'une marque qu'elle y soit. Calvin l'entendoit ainsi, puisqu'il assuroitque a la doctrine essentielle au christianisme y étoit entièrement oubliée1. » Mais l'embarras de trouver la société où l'on pouvoit servir Dieu avant la réforme, a fait éluder cet article, de la manière que la suite nous fera paroître.
La même raison a obligé d'éluder encore le 31e, qui regarde la vocation des ministres. Quelque rebattu qu'il ait été, il en faut encore parler nécessairement; et d'autant plus qu'il a donné lieu à d'insignes variations, même de nos jours. Il commence par ces paroles : « Nous croyons (c'est un article de foi , par conséquent révélé de Dieu ; et révélé clairement dans son Écriture, selon les principes de la réforme), a nous croyons» donc «que nui ne se doit ingérer de son autorité propre à gouverner l'Église : » il est vrai, la chose est constante; « mais que cela se doit faire par élection : » cette partie de l'article n'est pas moins assurée que l'autre. Il faut être choisi, député, autorisé par quelqu'un ; autrement, on s'ingère de soi-même «. et de son autorité propre : » ce qu'on venoit de défendre. Mais c'est ici l'embarras de la réforme; on ne savoit qui avoit choisi, député, autorisé les réformateurs , et il falloit bien trouver ici quelque couverture à un défaut si visible. C'est pourquoi, après avoir dit qu'il faut être élu et député en quelque forme que ce soit, et sans rien spécifier, on ajoute, a en tant qu'il est possible, et que Dieu le permet : » où visiblement on prépare une exception en faveur des réformateurs. En effet, on dit aussitôt