‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 156 sur 210 · ns/„ liv, IV, c ii · texte numérisé non relu

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après : « laquelle exception nous y ajoutons, notamment, pour ce qu'il a fallu quelquefois, même de notre temps auquel l'état de l'Église étoit interrompu, que Dieu ait suscité des gens d'une façon extraordinaire pour dresser l'Église de nouveau, qui étoit en ruine et désolation. » On ne pouvoit pas marquer en termes plus clairs ni plus généraux l'interruption du ministère ordinaire établi de Dieu, ni la pousser plus loin que d'être obligé d'avoir recours à la mission extraordinaire, où Dieu envoie par lui-même, et donne aussi des preuves particulières de sa volonté. Car on avoue franchement qu'on n'a ici à produire ni pasteurs qui aient consacré, ni peuple qui ait pu élire; ce qui emportoit nécessairement l'entière extinction de l'Église dans sa visibilité : et il étoit remarquable que, par l'interruption de la visibilité et du ministère, on avouoit simplement que « l'Église étoit en ruine, » sans distinguer la visible d'avec l'invisible; parce qu'on étoit entré dans les idées simples où nous mène naturellement l'Écriture, de ne reconnoître d'Église qui ne soit visible.

On aperçut à la fin cet inconvénient dans la réforme; et eu 1603, quarante-cinq ans après la Confession de foi, la difficulté fut proposée en ces termes au synode national de Gap : « Les provinces sont exhortées à peser aux synodes provinciaux en quels termes l'article 25 de la Confession de foi doit être couché; d'autant qu'ayant à exprimer ce que nous croyons touchant l'Église catholique dont il est fait mention au symbole, il n'y a rien en ladite Confession qui se puisse prendre que pour l'Église militante et visible. » On ajoute un ordre général : a Que tous viennent préparés sur les matières de l'Église !. »

C'est donc un fait bien avoué, que lorsqu'il s'agit d'expliquer la doctrine de lÉglise, article si essentiel au christianisme, qu'il a même été énoncé dans le Symbole, l'idée d'Église invisible ne vint pas seulement dans l'esprit aux réformateurs ; tant elle étoit éloignée du bon sens el peu naturelle. On s'avise pourtant dans la suite qu'on en a besoin, parce qu'on ne peut trouver d'Église qui ait toujours visiblement persisté dans la croyance qu'on professe; et on cherche le remède à cette omission. Mais que dire? que l'Église pouvoit être entièrement invisible? C'étoit introduire dans la Confession de foi un songe si éloigné du bon sens, qu'il n'étoit pas seulement venu dans la pensée de ceux qui la dressèrent. On résolut donc à la fin de la laisser en son entier ; et quatre ans après, en 1607, dans le synode national de la Rochelle, après que toutes les provinces eurent bien examiné ce qui manquoit à la Confession de foi, « on conclut de ne rien ajouter ou diminuer aux articles 25 et 29 2, » qui étoient ceux où la visibilité de l'Église étoit la mieux exprimée, « et de ne toucher de nouveau à la matière de l'Église. >•

M. Claude étoit le plus subtil de tous les hommes à éluder les décisions de son Église lorsqu'elles Pincommodoient : mais à cette fois il se moque trop visiblement ; car il voudroit nous faire accroire que toute la difficulté que le synode de Gap trouvoit dans la Confession de foi, c'est qu'il eût souhaite qu'au lieu de marquer seulement « la partie mi-

i. Syn. de (jap., cnap. ue ia vonfes. de foi. — 2. Syn, de la Boch.t 1607.

litante et visible » de l'Église universelle, « on eût aussi marqué ses parties invisibles qui sont l'Église triomphante , et celle qui est encore a venir !. » N'étoit-ce pas là en effet une question bien importante et bien difficile pour la faire agiter dans tous les synodes et dans toutes les provinces, afin de la décider au prochain synode national? 3'étoiton seulement jamais avisé d'émouvoir une question si frivole? Et pour croire qu'on s'en mît en peine, ne faudroit-pas avoir oublié tout l'état des controverses depuis le commencement de la réforme prétendue? Mais M. Claude ne vouloit pas avouer que l'embarras au synode étoit de ne trouver pas dans la Confession de foi l'Église invisible, pendant que son confrère M. Jurieu, en cela de meilleure foi , demeure d'accord qu'on croyoit en avoir besoin dans le parti , pour répondre à la demande où étoit l'Église.

Le même synode de Gap fit une importante décision sur l'article xxxi de la Confession de foi , qui parloit de la vocation extraordinaire des pasteurs; car la question étant proposée, a s'il étoit expédient lorsqu'on traiteroit de la vocation des pasteurs qui ont réformé l'Église, de fonder l'autorité qu'ils ont eue de la réformer et d'enseigner, sur la vocation qu'ils avoient tirée de l'Église romaine ; » la compagnie jugea a qu'il la faut simplement rapporter selon l'article à la vocation extraordinaire, par laquelle Dieu les a poussés intérieurement à ce ministère, et non pas à ce peu qu'il leur restoit de cette vocation ordinaire corrompue. » Telle fut la décision du synode de Gap ; mais, comme nous l'avons déjà remarqué souvent, on ne dit jamais bien la première fois dans la réforme. Au lieu qu'elle ordonne ici qu'on aura recours « simplement à la vocation extraordinaire , » le synode de la Rochelle dit qu'on y aura recours a principalement. » Mais on ne tiendra non plus à l'explication du synode de la Rochelle qu'à la détermination du synode de Gap ; et tout le sens de l'article , si soigneusement expliqué par deux synodes, sera changé par deux ministres.

Les ministres Claude et Jurieu n'ont plus voulu de la vocation extraordinaire, où Dieu envoie par lui-même : ni la Confession de foi, ni les synodes ne les étonnent ; car comme au fond on ne se soucie dans la réforme ni de Confession de foi ni de synode, et qu'on n'y répond que pour la forme, on se contente aussi des moindres évasions. M. Claude n'en manqua jamais, a Autre chose, dit il2, est le droit d'enseigner et de faire les fonctions de pasteur, autre est le droit de travailler à la réformation. » Quant au dernier, la vocation étoit extraordinaire , à cause des dons extraordinaires dont furent ornâS les réformateurs3 : mais il n'y eut rien d'extraordinaire quant à la ^îation au ministère de pasteur, puisque ces premiers pasteurs étoient établis par le peuple, dans lequel réside naturellement la source de l'autorité et de la vocation4.

On ne pouvoit plus grossièrement éluder l'article xxxi; car il esi

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