‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 157 sur 210 · Def. de la Réf., 1 part., ch. iv, et 4 part., chap. îv · texte numérisé non relu

Def. de la Réf., 1 part., ch. iv, et 4 part., chap. îv

3. Rep. à M. de Cond., pag. 313, 333. — 4. Ibid., pag. 307. 313.

DES VARIATIONS, LIV. XV. 33 i

clair qu'il ne s'y agit en aucune sorte ni du travail extraordinaire de la réforme , ni des rares qualités des réformateurs, mais simplement de la vocation « pour gouverner l'Église , » à laquelle il n'étoit pas permis de « s'ingérer de soi-même. » Or c'étoit à cet égard qu'on avoit recours à la vocation extraordinaire : par conséquent c'étoit à l'égard des fonctions pastorales.

Le synode ne s'explique pas moins clairement; car sans songer seulement à distinguer le pouvoir de «réformer » et celui a d'enseigner,» qui en effet étoient si unis, puisque le même pouvoir qui autorise à enseigner, autorise aussi à réformer les abus : la question fut si le pouvoir, tant de a réformer » que celui a d'enseigner, » doit être fondé ou sur la vocation tirée de l'Église romaine, ou sur une commission extraordinaire immédiatement émanée de Dieu, et on conclut pour la dernière.

Mais il n'y avoit plus moyen de la soutenir , puisqu'on n'en avoit aucune marque, et que deux synodes n'avoient pu trouver autre chose, pour autoriser ses pasteurs extraordinairement envoyés, sinon qu'ils se dîsoient « poussés intérieurement à leur ministère. » Les chefs des anabaptistes et des unitaires en disoient autant; et il n'y a point de plus sûr moyen pour introduire tous les fanatiques dans la charge de pasteur.

Voilà un beau champ ouvert aux catholiques : aussi ont-ils tellement pressé les arguments de l'Église et du ministère, que le désordre s'est mis dans le camp ennemi, et que le ministre Claude, après avoir poussé la subtilité plus loin qu'on n'avoit jamais fait, n'a pu contenter le ministre Jurieu. Ce qu'ils ont dit l'un et l'autre sur cette matière, les pas qu'ils ont faits vers la vérité, les absurdités où ils sont tombés pour n'avoir pas assez suivi leur principe, ont mis la question de l'Église dans un état que je ne puis dissimuler sans omettre un des en» droits des plus essentiels de cette histoire.

Ces deux ministres supposent que l'Église est visible et toujours visible; et ce n'est pas en cet endroit qu'ils se partagent. Afin qu'on ne doute pas que M. Claude n'ait persisté dans ce sentiment jusqu'à la fin, je produirai le dernier écrit qu'il a fait sur cette matière !. Il y enseigne que la questk a entre les catholiques et les protestants n'est pas si l'Église est visible ; qu'on ne nie pas dans sa religion que la vraie Église de Jésus-Christ, celle que ses promesses regardent, ne le soit2: il décide très-clairement que le passage de saint Paul, où l'Eglise est représentée comme étant sans tache et sans ride, « ne regarde pas seulement l'Église qui est dans le ciel, a mais a encore l'Église visible qui est sur la terre; ainsi que a l'Église visible est le corps de Jésus- Christ, » ou ce qui revient à la même chose , « que le corps de Jésus- Christ qui est la vraie Église , est visible : que c'est là le sentiment de Calvin et de Mestresat, et qu'il ne faut pas chercher l'Église de Dieu hors de l'état visible du ministère de la parole. »

C'est confesser très-clairement qu'elle ne peut être sans sa visibilité ei sans la perpétuité de son ministère : aussi l'auteur l'a-t-il reconnu

1. Rép* au dis*;, de M. de Cond., pag. 73. — 2. Ibid., pag. 82, 83 et suiv.

en plusieurs endroits, et en particulier en expliquant ces paroles1 • « Les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle2; » où il parle ainsi : « Si l'on entend dans ces paroles une subsistance perpétuelle du ministère dans un état suffisant pour le salut des élus de Dieu, malgré tous les efforts de l'enfer, et malgré les désordres et les confusions des ministres mêmes; c'est ce que je reconnois aussi que Jésus-Christ a promis, et c'est en cela que nous avons une marque sensible et palpable de sa promesse. »

Ainsi la perpétuité du ministère n'est pas une chose qui arrive par hasard à l'Église , ou qui lui convienne pour un temps : c'est une chose qui lui est promise par Jésus-Christ même; et il est aussi assuré que l'Église ne sera point sans un ministère visible , qu'il est assuré que Jésus-Christ est la vérité éternelle.

Ce ministre passe encore plus avant, et en expliquant la promesse de Jésus-Christ, « Allez, baptisez, enseignez; et je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles, » il approuve ce commentaire qu'on en avoit fait : « avec vous enseignant, avec vous baptisant3; » ce qu'il finit en disant : « Je reconnois que Jésus-Christ promet à l'Église d'être avec elle , et d'enseigner avec elle sans interruption jusqu'à la fin du monde4. » Aveu d'où je conclurai en son temps l'infaillibilité delà doctrine de l'Église avec laquelle Jésus-Christ enseigne toujours : mais je m'en sers seulement ici pour établir, par ses Écritures et par ses promesses, du consentement du ministre, la visible perpétuité du ministère ecclésiastique.

De là vient aussi qu'il définit ainsi l'Église : « L'Église, dit-il5, est les vrais fidèles qui font profession de la vérité, de la piété chrétienne, et d'une véritable sainteté, sous un ministère qui lui fournit les aliments nécessaires pour la vie spirituelle sans iui en soustraire aucun. » Où l'on voit la profession de la vérité et la perpétuité du ministère visible entrer manifestement dans la définition de l'Église : d'où il s'ensuit clairement qu'autant qu'il est assuré que l'Église sera toujours, autant est-il assuré qu'elle sera toujours visible; puisque la visibilité est de son essence, et qu'elle entre dans sa définition.

Si on demande au ministre comment il entend que l'Église soit toujours visible, puisqu'il veut que ce soit l'assemblée des vrais fidèles qui ne sont connus que de Dieu, et que la profession de la vérité, qui pourroit la faire connoître , lui est commune avec les méchants et les hypocrites aussi bien que le ministère extérieur et visible : il répond que c'est assez pour rendre visible l'assemblée des fidèles, qu'on puisse montrer au doigt le lieu où elle est, c'est-à-dire « le corps où elle est nourrie6, » et le ministère visible sous lequel elle est nécessairement renfermée; ce qui fait qu'on en peut venir jusqu'à dire, « Elle est là, » comme on dit en voyant le champ où est le bon grain avec l'ivraie,

1. Rép. au dise, de M. de Cond., pag. 105. — 2. Matt., xvi, 18.

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