Ubi supra. — 7. Syst., pag
Ainsi les juifs spirituels et « le vrai Israël de Dieu1, a c'est- à-dire ses véritables enfants, se trouvent dans la communion romaine, et s'y trouveront jusqu'à la fin ; puisqu'il est clair que cette sentence, « Sortez de Babylone, mon peuple2, » se prononce même dans ia chute et dans la désolation de cette Babylone mystique qu'on veut être l'Église romaine.
Pour expliquer comment on s'y sauve, le ministre distingue deux voies : la première, qu'il a prise de M. Claude, est la voie de séparation et de discernement , lorsqu'on est dans la communion d'une Église sans participer à ses erreurs et à ce qu'il y a de mauvais dans ses pratiques. La seconde, qu'il a ajoutée à celle de M. Claude, est la voie de tolérance du côté de Dieu, lorsqu'en vue des vérités fondamentales que Ton conserve dans une communion, Dieu pardonne les erreurs qu'on met par-dessus.
Savoir s'il nous faut comprendre dans cette dernière voie, il s'en explique clairement dans le Système où il déclare les conditions sous lesquelles on peut espérer de Dieu quelque tolérance « dans les sectes qui renversent le fondement par leurs additions sans Tôter pourtant3. » On voit bien par ce qui vient d'être dit, que c'est de nous et de nos semblables qu'il entend parler; et la condition sous laquelle il accorde qu'on se peut sauver dans une secte de cette nature, c'est a qu'on y communique de bonne foi, croyant qu'elle a conservé l'essence des sacrements, et qu'elle n'oblige à rien contre la conscience : » ce qui montre que, loin d'obliger ceux qui demeurent dans ces sectes d'en rejeter la doctrine pour être sauvés, ceux qui y peuvent le plutôt être sauvés sont ceux qui y demeurent de la meilleure foi, et qui sont le mieux persuadés tant de la doctrTne que des pratiques qu'on y observe.
Il est vrai qu'il semble ajouter deux autres conditions à celle-là: l'une, d'être engagé dans ces sectes par sa naissance 4; et l'autre, de ne pouvoir pas communier dans une société plus pure, ou parce qu'on n'en connoît pas, ou parce a qu'on n'est pas en état de rompre » avec la société où l'on se trouve1*. Mais il passe plus avant dans la suite; car après avoir proposé la question, s'il est permis « d'être tantôt Grec, tantôt Latin, tantôt réformé, tantôt papiste, tantôt calviniste, tantôt luthérien, » il répond que non, lorsqu'on fait « profession de croire ce qu'en effet on ne croit pas. » Mais si a on passe d'une secte à l'autre par voie de séduction, et parce que l'on cesse d'être persuadé de certaines opinions qu'on avoit auparavant regardées comme véritables, » il déclare a qu'on peut passer en différentes communions sans risquer son salut, comme on y peut demeurer, parce que ceux qui passent dans les sectes qui ne ruinent ni ne renversent les fondements ne sont pas en un autre état que ceux qui y sont nés : » de sorte que non-seulement on peut demeurer Latin et papiste quand on est né dans cette communion , mais encore qu'on y peut venir du calvinisme sans sortir delà voie du salut; et ceux qui se sauvent parmi nous ne sont plus,
i. Gai., vi, 16. — 2. Apoc. xviii, 4. — 3. Sysl., pag. 173, 174. — 4. Ibid. 5. Ibid.. 158, 164, 259 ; ibid., 174, 175, 195.
comme disoit M. Claude, ceux qui y sont sans approuver notre doctrine, mais ceux qui y sont de bonne foi.
Nos frères prétendus réformés peuvent apprendre de là que tout ce qu'on leur dit de nos idolâtries est visiblement excessif. On n'a jamais cru ni pensé qu'on pût sauver un idolâtre sous prétexte de sa bonne foi : une si grossière erreur, une impiété si manifeste ne compatit pas avec la bonne conscience. Ainsi l'idolâtrie qu'on nous impute est d'une espèce particulière; c'est une idolâtrie inventée pour exciter contre nous la haine des foibles et des ignorants. Mais il faut aujourd'hui qu'ils se désabusent; et ce n'est pas un si grand malheur de se convertir, puisque celui qui vante le plus nos idolâtries, et qui charge de plus d'opprobres et les convertisseurs et les convertis , demeure d'accord qu'ils peuvent être tous de vrais chrétiens.
Il ne faut non plus qu'on exagère la hardiesse nous impute
d'avoir d'un côté augmenté le nombre des sacrements, et de l'autre d'avoir mutilé la cène, dont nous retranchons, dit-on, une espèce: car ce ministre décide que ce seroit « une cruauté de chasser de l'Eglise » ceux qui admettent d'autres sacrements que les deux qu'il prétend seuls institués de Jésus-Christ1, c'est-à-dire le baptême et la cène; et loin de nous en exclure pour y avoir ajouté la confirmation, l'extrêmeonction, et les autres, il n'en exclut même pas les chrétiens éthiopiens à qui il fait recevoir la circoncision, non par une coutume politique, mais à titre de sacrement, encore que saint Paul ait dit: « Si vous recevez la circoncision, Jésus-Christ ne vous servira de rien2. »
Pour ce qui regarde la communion sous une espèce, il n'y a rien de plus ordinaire dans les écrits des ministres, et même de celui-ci, que de dire qu'en donnant ainsi le sacrement de l'eucharistie, on en corrompt le fond et l'essence; ce qui est dire dans les sacrements « la même chose que si on ne les avoit plus3. » Mais il ne faut pas prendre ces discours au pied de la lettre ; car M. Claude nous a déjà dit qu'avant la réformation, nos pères, qu'on ne communioit que sous une espèce, n'en avoient pas moins tous les aliments nécessaires « sans soustraction d'aucun4; » et M. Jurieu dit encore plus clairement la même chose, puisque après avoir défini l'Église, « l'amas de toutes les communions qui prêchent un même Jésus-Christ, qui annoncent le même salut, qui donnent les mêmes sacrements en substance, et qui enseignent la même doctrine5, » il nous compte manifestement dans cet amas de communions et dans l'Église : ce qui suppose nécessairement que nous donnons la substance de l'eucharistie, et par conséquent que les deux espèces n'y sont pas essentielles. Que nos frères ne tardent donc plas à se ranger parmi nous de bonne foi ; puisque leurs ministres leur ont levé le plus grand obstacle, et presque le seul qu'ils nous allèguent.
Il est vrai qu'il y paroît une manifeste opposition entre ce système et les Confessions de foi des églises protestantes ; car les Confessions de
i. Syst., pag. 529, 548. — 2. Gai., v, 2. — 3. Syst.7 pag. 548.