‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 164 sur 210 · Art · texte numérisé non relu

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tendre, je l'avoue : mais c'est qu'en un mot on a connu par expérience t[u'il n'y a plus moyen de soutenir les Confessions de foi , c'est-à-dire les fondements de la réforme. Aussi est-il véritable que les ministres dans le fond ne s'en soucient guère, et que ce n'est que par honneur qu'ils se mettent en tête d'y répondre; ce qui a fait inventer au ministre Jurieu les réponses qu'on vient de voir, plus honnêtes et plus ménagées que solides et sincères.

Au reste, pour soutenir ce nouveau système, il faut avoir un courage à l'épreuve de tout inconvénient, et ne se laisser effrayer à aucune nouveauté. Encore qu'on soit animé les uns contre les autres <« jusqu'aux épées tirées, » il faut dire qu'on n'est qu'un même corps avec Jésus-Christ. Si quelqu'un se révolte contre l'Église, et qu'il la scandalise par ses crimes ou par ses erreurs, on croit en l'excommuniant le retrancher du corps de l'Église en. général; et c'est ainsi que les protestants ont parlé aussi bien que nous x : c'est une erreur : on ne retranche ce scandaleux et cet hérétique que d'un troupeau particulier; et il demeure, malgré qu'on en ait, membre de l'Église catholique par la seule profession du nom chrétien; quoique Jésus-Christ ait prononcé : « Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, tenez-le, » non pas comme un homme qui est retranché d'un troupeau particulier, et qui demeure dans le grand troupeau de l'Église en général; mais tenezle comme <r un païen et un publicain2, » comme un étranger du christianisme, comme un homme qui n'a plus de part avec le peuple de Dieu.

Au reste, ce qu'avance ici M. Jurieu est que opinion particulière, où il dément visiblement son église. Un synode national a défini l'excommunication en ces termes: « Excommunier, dit-il, c'est retrancher un homme du corps de l'Église comme un membre pourri, et le priver de sa communion et de tous ses biens3. » Et dans la propre formule de l'excommunication on parle ainsi au peuple : « Nous ôtons ce membre pourri de la société des fidèles, afin qu'il vous soit comme païen et péager4. » M. Jurieu n'oublie rien pour embrouiller cette matière avec ses distinctions de sentence déclarative et de sentence juridique; de sentence qui retranche du corps de l'Église, et de sentenco qui retranche seulement d'une confédération particulière5. On n'in vente ces distinctions qu'afin qu'un lecteur se perde dans ces subtilités, et ne puisse pas s'apercevoir qu'on ne lui dit rien. Car enfin on ne montrera jamais dans les églises prétendues réformées d'autre excommunication, d'autre séparation, d'autre retranchement, que celui que je viens de rapporter; et on ne peut pas s'en éloigner plus expressément que fait M. Jurieu. Il prononce, et il le répète en cent endroits et en cent manières différentes, « qu'on ne sauroit chasser un homme de l'Église universelle6; » et son église dit au contraire que l'excommunié doit être regardé comme «un païen, » qui n'est plus rien au

1. Art. 28. — 2. Matth. xvm, 17. — 3. // Syn de Paris, 1565. 4. Discif<; ch. v, art. 17, pag. 102. — - 5. Syst., liv. II, c. m. 6. Ibid., pag. 24, etc.

peuple de Dieu. M. Jurieu continue : « Toute excommunication se fait par une église particulière, et n'est rien que l'expulsion d'une église particulière * ; » et on voit que selon les règles de sa religion une église particulière ôte un homme du corps de l'Église « comme » on fait a un membre pourri, »qui sans doute n'est plus attaché à aucune partie du corps après qu'il en est retranché.

Voyons néanmoins encore ce que c'est que ces églises particulières et ces troupeaux particuliers dont il prétend qu'on est retranché par l'excommunication. Le ministre s'en explique par ce principe : « Tous les différents troupeaux n'ont pas d'autre liaison externe que celle qui se fait par voie de confédération volontaire et arbitraire, » telle qu'étoit celle «des églises chrétiennes dans le troisième siècle, à cause qu'elles se trouvèrent unies sous un même prince temporel2. » Ainsi dès le troisième siècle, où l'Église étoit encore saine et dans sa pureté, selon le ministre, les églises n'étoient liées que par une confédération arbitraire, ou, comme il l'appelle ailleurs, « par accident3. » Quoi donc! ceux qui n'étoient pas sujets de l'empire romain, ces chrétiens répandus dès le temps de saint Irénée, et même dès le temps de saint Justin, parmi les barbares et les Scythes, n'étoient-ils dans aucune liaison extérieure avec les autres églises, et n'avoient-ils pas droit d'y communier? Ce n'est pas ainsi qu'on nous avoit expliqué la fraternité chrétienne. Tout orthodoxe a droit de communier dans une église orthodoxe; tout catholique, c'est-à-dire tout membre de l'Église universelle, dans toute l'Église. Tous ceux qui portent la marque d'enfants de Dieu ont droit d'être admis partout où ils voient la table de leur commun Père, pourvu que leurs mœurs soient approuvées : mais on vient troubler ce bel ordre; on n'est plus en société que a par accident; » la fraternité chrétienne est changée en confédérations arbitraires, que l'on étend plus ou moins à sa volonté, selon les diverses confessions de foi dont il est convenu 4. Ces confessions de foi sont des traités où l'on met ce que l'on veut. Les uns y ont mis « qu'ils enseigneroient les vérités de la grâce, comme elles ont été expliquées par saint Augustin 5, » et c'est, dit-on, les églises prétendues réformées: il n'est pas vrai, il n'y a rien moins que saint Augustin dans leur doctrine; mais enfin il leur plaît de le dire ainsi. Il n'est pas permis à ceux-là d'être semi-pélagiens; « et les Suisses aussi bien que ceux de Genève les retrancheroient de leur communion6. » Mais pour ceux qui n'ont pas fait une semblable convention, ils seront semi-pélagiens, si bon leur semble. Bien plus : ceux qui sont entrés dans la confédération de Genève et dans celles des prétendus réformés où l'on se croit obligé de soutenir la grâce de saint Augustin, « peuvent se départir » de l'accord'; mais il faut aussi qu'ils trouvent bon qu'on les sépare « d'une confédération » dont ils auront violé les lois : et « ce qu'on toléreroit » partou/

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