Préj, lég., c. n, pag
6. IbP , pag. 21, î*- ~V., -, SysJ.,pag. 221. — 7. Ibid., pag. 125; Préj, lég, 32
nous donner le change. Il ne s'agit pas de savoir si l'Église par bonheur a toujours duré jusqu'ici dans sa visibilité; mais si elle a des promesses d'y durer toujours : ni si M. Jurieu le croit; mais si M. Jurieu a écrit que tous les chrétiens sont obligés de le croire comme une vérité révélée de Dieu, et comme un article fondamental inséré dans le Symbole. Constamment il Ta écrit, nous l'avons vu : il le nie aussi clairement, nous le voyons; et il continue à faire voir que la question de l'Église jette les ministres dans un tel désordre, qu'ils ne savent pas où en sortir, et ne songent qu'à se laisser quelque échappatoire.
Mais il ne leur en reste aucune, pour peu qu'ils suivent les principes qu'ils ont accordés: car si l'Église est visible, et toujours visible par la confession de la vérité; si Jésus-Christ a promis qu'elle le seroit éternellement: il est plus clair que le jour qu'il n'est permis en aucun moment de s'éloigner de sa doctrine; ce qui est dire en d'autres termes qu'elle est infaillible. La conséquence est très-claire ; puisque s'éloigner de la doctrine de celle qui enseigne toujours la vérité, ce seroit trop visiblement se déclarer ennemi de la vérité même ; encore une fois, il n'y a rien de plus clair ni de plus simple.
Voyons néanmoins par où les ministres ont tâché de parer ce coup. Jésus-Christ a promis, disent-ils, un ministère perpétuel; mais non pas un ministère toujours pur : l'essence du ministère subsistera dans l'Église, parce qu'on gardera les fondements; mais ce qu'on ajoutera par-dessus y mettra de la corruption : ce qui fait dire à M. Claude que le ministère n'en viendra jamais à la soustraction d'une vérité fondamentale', telle qu'on la voit par exemple, dans le socinianisme, où la divinité de Jésus- Christ est rejetée, mais qu'il n'y a pas un pareil inconvénient à corrompre par addition les vérités salutaires, comme on a fait dans l'Église romaine; parce que les fondements du salut subsistent toujours.
Selon les mêmes principes M. Jurieu demeure d'accord que Jésus- Christ a promis a qu'il y auroit toujours des docteurs avec lesquels il enseigneroit, et ainsi que la véritable prédication ne cesseroit jamais dans son Église2; » mais il distingue : il y aura toujours des docteurs avec lesquels Jésus-Christ enseignera les vérités fondamentales, il l'avoue; mais que jamais il n'y ait d'erreur dans ce ministère, il le nie : de même, « la vraie prédication ne cessera jamais dans l'Église : nous l'avouons, répond-il3, si par la vraie prédication on entend une prédication qui annonce les vérités essentielles et fondamentales; mais nous le nions, si par la vraie prédication on entend une doctrine qui ne renferme aucunes erreurs. »
Pour dissiper tous ces nuages, il n'y a qu'à demander en un mot à ces messieurs où ils ont appris à restreindre les promesses de Jésus- Christ : celui qui est puissant pour empêcher les soustractions, pourquoi ne le sera-t-il pas pour empêcher les additions dangereuses .
t. Rép. au dise, de if. de Cond., pag. 383 et suiv. — 2. Syst., pag. 22$, 229. 3.. ïbid.
Quelle certitude a-t-on donc que la prédication sera plus pure et le ministère plus privilégié du côté de la soustraction que du côté de Haddition? La parole, a Je suis avec vous1, » marque une protection universelle à ceux avec qui Jésus-Christ enseigne. Si la durée du ministère extérieur et visible est un ouvrage humain, il peut également manquer de tous côtés : si parce que Jésus-Christ s'en mêle selon ses promesses, on est assuré que la soustraction n'y a jamais régné; on n'entend plus comment l'addition y pourra régner plutôt.
Et certainement il n'est pas possible, en convenant, comme on fait, que Jésus-Christ a promis à son Église que la vérité y seroit toujours annoncée, et qu'il seroit éternellement avec les ministres de la même Église pour enseigner avec eux; il n'est, dis-je, pas possible qu'il n'ait voulu dire que la vérité qu'il promettait d'y conserver seroit pure et telle qu'il l'a révélée; n'y ayant rien de plus ridicule que de lui faire promettre qu'il enseigneroit toujours la vérité avec ceux qui en retiendroient un fond qu'ils inonderoient de leurs erreurs, et même qu'ils détruiroient, comme on le suppose, par la suite inévitable de leur doctrine.
En effet, je laisse à juger aux protestants si ces magnifiques promesses de rendre l'Église inébranlable dans la visible profession de la vérité sont remplies dans l'état que le ministre nous a représenté par ces paroles : « Nous disons que l'Église est perpétuellement visible; mais la plupart du temps et presque toujours elle est plus visible par la corruption de ses mœurs, par l'addition de plusieurs faux dogmes, par la déchéance de son ministère, par ses erreurs et par ses superstitions, que par les vérités qu'elle conserve2. » Si c'est une telle visibilité que Jésus-Christ a promise à son Église; si c'est ainsi qu'il promet que la vérité y sera toujours enseignée3; il n'y a point de secte, quelque impie qu'elle soit, qui ne puisse se glorifier que la promesse de Jésus-Christ s'accomplit en elle : et si Jésus-Christ promet seulement d'enseigner avec tous ceux qui enseigneront quelque vérité, de quelque erreur qu'elle soit mêlée , il ne promet rien de plus à son Église qu'aux sociniens, aux déistes, aux athées mêmes; puisqu'il n'y en a guère de si perdu qui ne conserve quelque reste de la vérité.
Il est maintenant aisé d'entendre ce que nous avons souvent avancé, que l'article du Symbole : « Je crois l'Église catholique et universelle, » emporte nécessairement la foi de son infaillibilité, et qu'il n'y a point de différence entre croire l'Église catholique, et croire à l'Église catholique , c'est-à-dire en approuver la doctrine.
Le ministre s'élève avec mépris contre ce raisonnement de M. de Meaux, et il y oppose deux réponses4. La première, que l'Église universelle n'enseigne rien; la seconde, que quand on supposeroit qu'elle enseigneroit la vérité, il ne s'ensuivroit pas qu'elle l'enseignât toute pure.
Mais il se contredit dans ces deux réponses: dans la première, en
1. Matth., xxviii, 20. — 2. Préj. lég., pag. 21. — 3. Matth., xvi, 18. 4. Syst., liv. I, ch. xxvi, p. 217-218.
termes formels, comme on va voir; dans la seconde, par la conséquence évidente de ses principes, comme on le verra dans la suite.
Écoutons donc comme il parle dans sa première réponse. « L'Église universelle, dit-il1, dont il est parié dans le Symbole, ne peut, à proprement parler, ni enseigner, ni prêcher la vérité; » et moi je lui prouve le contraire par lui-même, puisqu'il avoit dit deux pages auparavant que l'Église à laquelle Jésus-Christ promet une éternelle subsistance, en disant: « Les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle, » « est une Église confessante, une Église qui publie la foi2: » or cette Église est constamment l'Église universelle, et la même dont il est parlé dans le Symbole : donc l'Église universelle dont il est parlé dans le Symbole confesse et publie la vérité; et le ministre ne peut
publier nivers.
Mais enfonçons davantage dans les sentiments du ministre sur cette importante matière. Ce qu'il répète le plus , ce qu'il presse le plus vivement dans son Système, c'est que l'Église universelle a n'enseigne rien, ne décide rien, n'a jamais rendu, ne rendra jamais et ne pourra jamais rendre aucun jugement; et qu'enseigner, décider, juger, » c'est le propre des églises particulières *.
Mais cette doctrine est si fausse que, pour la trouver convaincue d'erreur, il ne faut que continuer la lecture des endroits où elle est établie; car voici ce qu'on y trouvera : « Les communions subsistantes, et qui font figure, sont les Grecs, les Latins, les protestants, les Abyssins, les Arméniens, les nestoriens, les Russes. Je dis que le consentement de toutes ces communions à enseigner certaines vérités, est une espèce de jugement et de jugement infaillible*. » Ces communions « enseignent » donc; et puisque ces communions, selon lui, sont l'Église universelle, il ne peut nier que l'Église universelle n'enseigne : il ne peut non plus nier qu'elle ne juge en un certain sens-, puisqu'il lui attribue « une espèce de jugement, » qui ne peut rien être de moins qu'un sentiment déclaré. Voilà donc, du consentement du ministre, un sentiment déclaré, et encore un sentiment infaillible de l'Église qu'il appelle universelle.
Il poursuit : « Quand le consentement de l'Église universelle est général dans tous les siècles, aussi bien que dans toutes les communions, alors je soutiens que ce consentement unanime fait une démonstration4. y>
Ce n'est pas assez : cette démonstration est fondée sur l'assistance perpétuelle que Dieu doit, selon lui, à son Église : « Dieu, dit-il «, ne sauroit permettre que de grandes sociétés chrétiennes se trouvent engagées dans des erreurs mortelles, et qu'elles y persévèrent longtemps. » Et un peu après : « Est-il apparent que Dieu ait abandonné
i. SUS*., pag. 218. -2. Pag. 215. - 3. îbid., pag. 6, 218, 233, 234, 23*. 4. Pag. 286. — 5. Pag. 237. — 6. Ibid.
l'Église universelle à ce point, que toutes les communions unanimement dans tous les siècles aient renoncé des vérités de la dernière importance? »
De là il suit clairement que le sentiment de l'Église universelle est une règle certaine de la foi ; et le ministre en fait l'application aux deux disputes les plus importantes qui puissent être, selon lui-même, parmi les chrétiens. La première est celle des sociniens, qui comprend tant de points essentiels : et sur cela, on ne peut, dit-il ' , « regarder que comme une témérité prodigieuse et une marque certaine de réprobation l'audace des sociniens, qui, dans les articles de la divinité de Jésus- Christ, de la Trinité des Personnes, de la rédemption, de la satisfaction, du péché originel, de la création, de la grâce, de l'immortalité de l'âme, et de l'éternité des peines, se sont éloignés du sentiment de toute l'Église universelle. » Elle a donc, encore un coup, un sentiment, cette Église universelle : son sentiment emporte avec soi une infaillible condamnation des erreurs qui y sont contraires, et sert de règle pour la décision de tous les articles qu'on vient de voir.
Il y a encore une autre matière où ce sentiment sert de règle : a Je crois que c'est encore ici la règle la plus sûre pour juger quels sont les points fondamentaux , et les distinguer de ceux qui ne le sont pas ; question si épineuse et si difficile à résoudre : c'est que tout ce que les chrétiens ont cru unanimement et croient encore partout, est fondamental et nécessaire au salut. »
Cette règle n'est pas seulement assurée et claire, mais encore trèssuffisante; puisque le ministre, après avoir dit que la discussion des textes, des versions, des interprétations de l'Écriture, et même la lecture de ce divin livre n'est pas nécessaire au fidèle pour former sa foi, conclut enfin a qu'une simple femme qui aura appris le Symbole des apôtres et qui l'entendra dans le sens de l'Église universelle (en gardant d'ailleurs les commandements de Dieu) sera peut-être dans une voie plus sûre que les savants qui disputent avec tant de capacité sur la diversité des versions 2. »
Il y a donc des moyens aisés pour connoître ce que croit l'Église universelle, puisque cette connoissance peut venir jusqu'à une simple femme. Il y a de la sûreté dans cette connoissance , puisque cette simple femme se repose dessus : il y a enfin une entière suffisance, puisque cette femme n'a rien à rechercher davantage, et que, pleinement instruite sur la foi, elle n'a plus à songer qu'à bien vivre. Cette croyance n'est ni aveugle ni déraisonnable, puisqu'elle se fonde sur des principes clairs et sûrs, et qu'en effet quand on est foible, comme nous le sommes tous, la souveraine raison est de savoir à qui il faut se fier.
Mais poussons encore plus loin ce raisonnement. Ce qui , en matière de foi, fait une certitude absolue, une certitude « de démonstration, et la meilleure règle » pour décider des vérités, doit être clairement fondé sur la parole de Dieu. Or est-il que cette espèce d'infaillibilité,