Sy$t., pag. 237. —2. Ibid., liv. III, c. iv, pag
que le ministre attribue à l'Église universelle , emporte une certitude absolue et une certitude de démonstration; » et c'est « la plus sûre Tègle » pour décider les vérités les plus essentielles et à la fois les plus épineuses : elle est donc clairement fondée sur la parole de Dieu.
Lors donc que dorénavant nous presserons les protestants par l'autorité de l'Église universelle, s'ils nous objectent que nous suivons l'autorité et les traditions des hommes , leur ministre les confondra ei leur disant avec nous, que suivre l'Église universelle, ce n'est pa; suivre les hommes, mais Dieu même qui l'assiste par son Esprit.
Si le ministre répond que nous ne gagnons rien par cet aveu, puis* que l'Église où il reconnoît cette infaillibilité n'est pas la nôtre, et que toutes les communions chrétiennes entrent dans la notion qu'il nous donne de l'Église : il n'en sera pas moins confondu par ses propres principes; puisqu'il vient de mettre parmi les conditions de la vraie foi, qu'il faut entendre le Symbole a dans le sens de l'Église universelle, jj II faut donc entendre a en ce sens » l'article du Symbole où il est parlé de l'Église universelle elle-même. Or est-il que l'Église universelle n'a jamais cru que l'Église universelle fût l'amas de toutes les sectes chrétiennes : le ministre ne trouve point cette notion dans tous les lieux, ni dans tous les temps; il est au contraire demeuré d'accord que la notion qui réduit l'Église à une parfaite unité, en excluant de sa communion toutes les sectes, est de tous les siècles, et même des trois premiers1 : il l'a vue dans les deux conciles dont il reçoit les Symboles, c'est-à-dire, dans celui de Nicée et dans celui de Constantinople. Ce n'est donc point en ce sens, mais au nôtre, que la a simple femme, » qu'il fait marcher si sûrement dans la voie du salut, doit entendre dans le Symbole le mot d'Église universelle; et quand cette bonne femme dit qu'elle y croit, elle est obligée de regarder une certaine communion que Dieu aura distinguée de toutes les autres, et qui ne contient en son unité que les orthodoxes : communion qui sera le vrai royaume de Jésus-Christ parfaitement uni en soi-même, et opposé au royaume de Satan, dont le caractère est la désunion 2, comme on a vu.
Qaie si le ministre croit se sauver en répondant que quand nous aurions prouvé qu'il y a une communion de cette sorte, nous n'aurions encore rien fait, puisqu'il nous resteroit à prouver que cette communion est la nôtre : j'avoue qu'il y auroit encore quelques pas à faire avant que d'en venir jusque-là : mais en attendant que nous les fassions, et que nous forcions le ministre à les faire selon ses principes, nous trouvons déjà dans ses principes de quoi rejeter son Église. Car lorsqu'il nous a donné pour règle ce que l'Église universelle croit partout unanimement, de peur de comprendre les sociniens dans cette Église universelle dont il leur opposoit l'autorité, il a réduit l'Église aux a communions qui sont anciennes et étendues3, » en excluant les sectes qui n'ont ni l'un ni l'autre de ces avantages, et « qui pour cette
i. Ci-devant dans ce même livre. — 2. Luc. xi, 17. 1. Syst., liv. II, c. i, pag. 238.
raison ne pouvoient être appelées ni communions, ni communions chrétiennes. » Voilà donc deux grands caractères que doit avoir, selon lui, une communion, pour mériter d'être appelée chrétienne, « l'antiquité et l'étendue : » or est-il qu'il est bien constant que les Églises de la réforme n'étoient au commencement ni anciennes ni étendues, non plus que celles des sociniens et des autres que le ministre rejette : elles n'étoient donc « ni Églises, ni communions : mais si elles ne l'étoient pas alors, elles ne l'ont pu devenir depuis; elles ne le sont donc pas encore , et , selon les règles du ministre , on n'en peut trop tôt sortir.
Il ne sert de rien de répondre que ces Églises avoient leurs prédécesseurs dans ces grandes sociétés qui étoient auparavant, et qui conservoient les vérités fondamentales; car il ne tient qu'aux sociniens d'en dire autant. Le ministre les presse en vain par ces paroles : a Que ces gens nous montrent une communion qui ait enseigné leur dogme. Pour trouver la succession de leur doctrine, ils commencent par un Cérinthus; ils continuent par un Artémon, par un Paul de Samosate, par un Photin, et autres gens semblables, qui n'ont jamais assemblé en un quatre mille personnes, qui n'ont jamais eu de communion, et qui ont été l'abomination de toute l'Église K » Quand le ministre les presse ainsi, il a raison dans le fond; mais il n'a pas raison selon ses principes, puisque les sociniens lui diront toujours que le seul fondement du salut, c'est de croire un seul Dieu et un seul Christ médiateur; que c'est l'unité de ces dogmes où tout le monde convient, qui fait l'unité de l'Église; que les dogmes surajoutés peuvent bien faire des confédérations particulières, mais non pas un autre corps d'Église universelle; que leur foi a subsisté et subsiste encore dans toutes les sociétés chrétiennes; qu'ils peuvent vivre parmi les calvinistes comme les prétendus élus des calvinistes vi voient dans l'Église romaine avant Calvin; qu'ils ne sont non plus obligés à montrer, ni à compter leurs prédécesseurs, que les luthériens ou les calvinistes ; qu'il n'est pas vrai qu'ils aient été « l'abomination de toute l'Église, » puisque, outre qu'ils en étoient, toute l'Église n'a jamais pu s'assembler contre eux; que toute l'Église a n'enseigne rien, ne décide rien, » ne déteste rien; que toutes ces fonctions n'appartiennent qu'aux églises particulières ; qu'on a tort de leur reprocher la clandestinité, ou plutôt la nullité de leurs assemblées; que celles des luthériens ou des calvinistes n'étoient pas d'une autre nature au commencement; qu'à cet exemple ils s'assemblent lorsqu'ils le peuvent, et où ils en ont la liberté; que si d'autres l'ont arrachée par des guerres sanglantes, leur cause n'en est pas meilleure ; et qu'en quelque sorte qu'on obtienne du prince ou du magistrat une telle grâce, soit par négociation, ou par force, y attacher le salut, c'est faire dépendre le christianisme de la politique.
Après les grandes avances que le ministre vient de faire, pour peu qu'il voulût s'entendre lui-même, il seroit bientôt de notre avis. Le sentiment de l'Église universelle, c'est une règle; c'est une règle certaine contre les sociniens : il faut donc pouvoir montrer une Église
î. ovst., nv. H, c. :, p. 238.
universelle où les sociniens ne soient pas compris. Ce qui les en exclut, c'est le défaut d'étendue et de succession : il faut donc leur pouvoir montrer une succession qu'ils ne puissent trouver parmi eux : or ils y trouvent manifestement la même succession dont les calvinistes se vantent, c'est-à-dire une succession dans les principes qui leur sont communs avec les autres sectes : il faut donc en pouvoir trouver une autre; il faut, dis-je, pouvoir trouver une succession dans les dogmes particuliers à la secte dont on veut établir l'antiquité. Or cette succession ne convient pas aux calvinistes , qui dans leurs dogmes particuliers n'ont pas plus de succession ni d'antiquité que les sociniens : il faut donc sortir de leur église aussi bien que de l'église socinienne : il faut pouvoir trouver une antiquité et une succession meilleure que celle des uns et des autres. En la trouvant, cette antiquité et cette succession, on aura trouvé la certitude de la foi : on n'aura donc qu'à se reposer sur les sentiments de l'Église et sur son autorité; et tout cela qu'est-ce autre chose, je vous prie, que de reconnoître l'Église infaillible ? Ce ministre nous conduit donc par une voie assurée à l'infaillibilité de l'Église.
Je sais qu'il use de restriction. « L'Église universelle, dit-il1, est infaillible jusqu'à un certain degré, c'est-à-dire, jusqu'à ces bornes qui divisent les vérités fondamentales de celles qui ne le sont pas. » Mais nous avons déjà fait voir que cette restriction est arbitraire. Dieu ne nous a point expliqué qu'il renfermât dans ces bornes l'assistance qu'il a promise à son Église, ni qu'il dût restreindre ses promesses au gré des ministres. Il donne son Saint-Esprit, non pas pour enseigner quelque vérité, mais pour enseigner a toute vérité2; » parce qu'il n'en a point révélé qui ne fût utile et nécessaire en certains cas. Jamais donc il ne permettra qu'aucune de ces vérités s'éteigne dans le corps de l'Église universelle.
Ainsi quelle que soit la doctrine que je montrerai une fois universellement reçue , il faut que le ministre la reçoive selon ses principes : et s'il croit se sauver en répondant que cette doctrine, par exemple la transsubstantiation, le sacrifice, l'invocation des saints, l'honneur des images, et les autres de cette nature, se trouvent en effet dans toutes les communions orientales aussi bien que dans l'église d'Occident, mais qu'elles n'y ont pas toujours été, et que c'est dans cette perpétuité qu'il a mis le fort de sa preuve et l'infaillibilité de l'Église universelle, Une s'est pas entendu lui-même; puisqu'il n'a pu croire dans l'Église universelle une assistance perpétuelle du Saint-Esprit, sans comprendre dans cet aveu non-seulement tous les temps ensemble, mais encore chaque temps en particulier; cette perpétuité les enfermant tous : d'où il s'ensuit qu'entre tous les temps de la durée de l'Église, il ne s'en pourra jamais trouver un seul où l'erreur dont le Saint- Esprit s'est obligé de la garder prévale. Or on a vu que le Saint-Espri s'est également obligé de la garder de toute erreur, et pas plus di l'une que de l'autre; il n'y en aura donc jamais aucune.