‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 174 sur 210 · Ber. apud Guitm., ibid · texte numérisé non relu

Ber. apud Guitm., ibid

3. Guitm., ibid., pag. 441, 449., 462, 463, 464 ; Alg. De sacr. corp, et sang., oraef., t. XXI, pag. 25 i.

les erreurs à mesure qu'elles se déclarent; après avoir si bien établi la présence réelle dans la première Confession de foi de Bérenger, lui en proposa encore une autre où le changement de substance étoit plus distinctement exprimé. Il confessa donc sous Grégoire VII, dans un concile de Rome, qui fut le sixième tenu sous ce pape, en 1079, q.ie le « pain et le vin qu'on met sur l'autel, par le mystère de la sacrée oraison et les paroles de Jésus-Christ, étoient substantiellement changés en la vraie, vivifiante et propre chair de Jésus-Christ, etc. !, » et on dit le môme du sang. On spécifie que le corps qu'on reçoit ici est le même qui « est né de la Vierge ,g qui a été attaché à la croix, qui ost assis à la droite du Père; et que le sang est le même qui a coulé du côté : » et afin de ne laisser aucun lieu aux équivoques dont les hérétiques fascinent le monde, on ajoute que cela se fait a non en signe et en vertu par un simple sacrement, mais dans la propriété de la nature et de la vérité de la substance. »

Bérenger souscrivit encore, et se condamna lui-même pour la seconde fois : mais à ce coup il fut serré de telle sorte, qu'il ne lui resta aucune équivoque, ni aucun retranchement à son erreur. Que si on insista plus précisément sur le changement de substance, ce n'étoit pas que l'Église ne le tint auparavant pour également indubitable; puisque dès le commencement de la dispute contre Bérenger, Hugues de Langres avoit dit a que le pain et le vin ne demeuroient pas dans leur première nature; qu'ils passoient en une autre; qu'ils étoient changés au corps et au sang de Jésus-Christ par la toute-puissance de Dieu , à laquelle Bérenger s'opposoit en vain*. » Et aussitôt que cet hérétique se fut déclaré, Adelman, évêque de Bresse, son condisciple qui découvrit le premier son erreur, l'avertit « qu'il s'opposoit au sentiment de toute l'Église catholique, et qu'il étoit aussi facile à Jésus-Christ de changer le pain en son corps, que de changer l'eau en vin, et de créer la lumière par sa parole*. * C'étoit donc une doctrine constante dans l'Église universelle, non que le pain et le vin contenoient le corps et le sang de Jésus-Christ, mais qu'ils le devenoient par un changement de substance.

Ce ne fut pas le seul Adelman qui reprocha à Bérenger la nouveauté et la singularité de sa doctrine : tous les auteurs lui disent d'un commun accord, comme un fait constant, que la foi qu'il attaquoit étoit celle de tout l'univers ; qu'il scandalisoit toute l'Église par la nouveauté ie sa doctrine; que pour suivre sa croyance, il falloit croire qu'il n'y avoit plus d'Église sur la terre; qu'il n'y avoit pas une ville, ni pas un village de son sentiment; que les Grecs, les Arméniens, et en un mot tous les chrétiens avoient en cette matière la même foi que l'Occident; de sorte qu'il n'y avoit rien de plus ridicule que de traiter d'incroyable ce qui étoit cru par le monde entier4. Bérenger ne nioit pas ce fait; \nais, à l'exemple de tous les hérétiques, il répondoit dédaigneuse-

1. Conc. Rom. vi, sub Gref. VII, t. X Conc. Labb., an. 1079, col 378.

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