Ibid., t. XVIII, pag. 417. — 3. Ibid., pag
4. Ascel. Ep. ad Ber. Guitm., ibid., lib. III, pag. 462, 463 ; Lanfranc, Uecorp, et sang, Dom., ibid., cap. n, iv, v, xxu, pag. 765, 766, 776.
ment que les sages ne dévoient pas « suivre les sentiments, ou plutôt les folies du vulgaire1. » Lanfranc et les autres lui faisoient voir que ce qu'il appeloit le vulgaire, c'étoit tout le clergé et tout le peuple de l'univers2; et après un fait si constant, sur lequel il ne craignoit pas d'être démenti, il concluoit que si la doctrine de Bérenger étoit véritable, « l'héritage promis à Jésus-Christ étoit péri, et ses promesses anéanties; » enfin que « l'Église catholique n'étoit plus; et que si elle n'étoit plus, elle n'avoit jamais été3. »
On voit encore ici un fait remarquable : c'est que, comme tous les autres hérétiques, Bérenger trouva l'Église ferme et universellement unie contre le dogme qu'il attaquoit : c'est ce qu'on a toujours vu. Parmi tous les dogmes que nous croyons, on n'en sauroit marquer un seul qu'on n'ait trouvé invinciblement et universellement établi lorsque le dogme contraire a commencé à faire secte, et où l'Église ne soit demeurée, s'il se peut, encore plus ferme depuis ce temps-là: ce qui seul suffiroit pour faire sentir la suite perpétuelle et l'immutabilité de sa croyance.
On n'eut pas besoin d'assembler de concile universel contre Bérenger, non plus que contre Pelage : les décisions du saint-siége et des conciles qu'on tint alors furent reçues unanimement par toute l'Église, et l'hérésie de Bérenger bientôt anéantie ne trouva plus de retraite que chez les manichéens.
Nous avons vu comme ils commençoient à se répandre par tout l'Occident, qu'ils remplissoient de blasphèmes contre la présence réelle, et en même temps d'équivoques pour se cacher à l'Église dont ils vouloient fréquenter les assemblées4. Ce fut donc pour s'opposer à ces équivoques que l'Église se crut obligée de se servir de quelques termes précis, comme elle avoit fait autrefois si utilement contre les ariens et les nestoriens; ce qu'elle fit en cette manière sous Innocent III, dans le grand concile de Latran l'an 1215 de Notre-Seigneur. « Il y a une seule Église universelle des fidèles, hors de laquelle il n'y a point de salut, où Jésus-Christ est lui-même le sacrificateur et la victime, dont le corps et le sang sont véritablement contenus sous les espèces du pain et du vin dans le sacrement de l'autel ; le pain et le vin étant transsubstantiés, l'un au corps et l'autre au sang de Notre-Seigneur par la puissance divine; afin que pour accomplir le mystère de l'unité nous prissions du sien ce qu'il a lui-même pris du nôtre5. » Il n'y a personne qui ne voie que le nouveau mot de transsubstantier , qu'on emploie ici, sans rien ajouter à l'idée de changement de substance qu'on vient de voir reconnue contre Bérenger, ne faisoit que l'énoncer par une expression qui par sa signification précise servoit de marque aux fidèles contre les subtilités et les équivoques des hérétiques, comme avoit fait autrefois « l'Homoousion » de Nicée et le « ïhéotocos » d'Ê-
i. Ascel. Ep. ad Ber. Guitm., ibid., lib.III, pa^. 462, 463 ; Lanfranc, De corp. t sang. Dom., ibid., c. n, iv, v, xxn, pag. 765, 766, 776.