Lanfranc, De corp. et sang. Dom., ibid., c. iv, pag
3. Ibid., c. xxn, p. 776. — 4. Ci-dessus, liv. XI. 5. Conc. Later. iv. tom. XI Conc. Labb., col. 143.
phèse. Telle fut la décision du concile de Latran , le plus grand et le plus nombreux qui ait jamais été tenu, dont l'autorité est si grande, que la postérité l'a appelé, par excellence, le concile général.
On peut voir, par ces décisions, avec quelle brièveté, avec quelle précision, avec quelle uniformité l'Église s'explique. Les hérétiques, qui cherchent leur foi, vont à tâtons et varient. L'Église, qui porte toujours sa foi toute formée dans son cœur, ne cherche qu'à l'expliquer sans embarras et sans équivoques : c'est pourquoi ses décisions ne sont jamais chargées de beaucoup de paroles. Au reste comme elle envisage sans s'étonner les difficultés les plus hautes, elle les propose sans ménagement; assurée de trouver dans ses enfants un esprit toujours prêta se captiver, et une docilité capable de tout le poids du secret divin. Les hérétiques, qui cherchent à soulager le sens humain, et la partie animale où le secret de Dieu ne peut entrer, se tourmentent à tourner l'Écriture sainte à leur mode. L'Église ne songe au contraire qu'à la prendre simplement. Elle entend dire au Sauveur: « Ceci est mon corps, » et ne comprend pas que ce qu'il appelle « corps » si absolument soit autre chose que le corps même : c'est pourquoi elle croit sans peine que c'est le corps en substance, parce que le corps en substance n'est autre chose que le vrai et propre corps : ainsi le mot de substance entre naturellement dans ses expressions. Aussi Bérenger ne songea jamais à se servir de ce mot: et Calvin, qui s'en est servi, en convenant dans le fond avec Bérenger, nous a fait voir seulement par là que la figure que Bérenger admettoit ne remplissoit pas toute l'attente et toute l'idée du chrétien.
La même simplicité qui a fait croire à l'Église le corps présent dans le sacrement, lui a fait croire qu'il en étoit toute la substance; Jésus- Christ n'ayant pas dit: « Mon corps est ici, » mais, a Ceci l'est: » et comme il ne l'est point par sa nature, il le devient, il l'est fait par la puissance divine. Voilà ce qui fait entendre une conversion, une transformation, un changement : parole si naturelle à ce mystère, qu'elle ne pouvoit manquer de venir contre Bérenger; puisque même on la trouvoit déjà partout dans les liturgies et dans les Pères.
On opposoit ces raisons si simples et si naturelles à Bérenger. Nous n'en avons point d'autres encore à présent à opposer à Calvin et à Zuingle : nous les avons reçues des catholiques qui ont écrit contre Bérenger1, comme ceux-là les avoient reçues de ceux qui les avoient précédés, et le concile de Trente n'a rien ajouté aux décisions de nos Pères, que ce qui étoit nécessaire pour éclaircir davantage ce que les protestants tâchoient d'obscurcir : comme le verront aisément ceux qui savent tant soit peu l'histoire de nos controverses.
Car il fallut, par exemple, expliquer plus distinctement que Jésus- Christ se rendoit présent, non pas seulement dans l'usage, comme le pensent les luthériens, mais incontinent après la consécration, à cause qu'on y disoit, non point a Ceci sera, » mais « Ceci est : » ce qui néanmoins dans le fond avoit déjà été dit contre Bérenger, lorsqu'on atta-
le Dur. Troarn.t <*— XVIII Bib. PP.y pag. <*22; Guitm., ibid., 462, etc.
cha la présence, non à la m andu cation , ou à la foi de celui qui recevoitle sacrement, mais à la a prière sacrée et à la parole du Sauveur; » par où aussi paroissoit non-seulement l'adoration, mais encore la vérité de l'oblation et du sacrifice, ainsi que nous l'avons vu avoué par les protestants l : de sorte que dans le fond il n'y a de difficulté que dans la présence réelle, où nous avons l'avantage de reconnoltre que ceux mêmes qui s'éloignent en effet de notre doctrine tâchent toujours, tant elle est sainte, d'en approcher le plus qu'ils peuvent2.
La décision de Constance, pour approuver et pour retenir la cornmunion sous une espèce3, est une de celles où nos adversaires s'imaginent avoir le plus d'avantage. Mais pour connoître la gravité et la constance de l'Église dans ce décret, il ne faut que se souvenir que le concile de Constance, lorsqu'il le fit, a voit trouvé la coutume de communier sous une espèce établie sans contradiction depuis plusieurs siècles. Il en étoit à peu près de même que du baptême par immersion, aussi clairement établi dans l'Écriture, que la communion sous ies deux espèces le pouvoit être, et qui néanmoins avoit été changé en infusion , avec autant de facilité et aussi peu de contradiction que la communion sous une espèce s'étoit trouvée établie ; de sorte qu'il y avoit la même raison de conserver Fun que l'autre.
C'est un fait très-constamment avoué dans la Réforme, quoique quelques-uns veulent maintenant chicaner dessus, que le baptême fut institué en plongeant entièrement le corps; que Jésus-Christ le reçut ainsi, et le fît ainsi donner par ses apôtres; que l'Écriture ne connoît point d'autre baptême que celui-là; que l'antiquité l'entendoit et le pratiquoit ainsi; que le mot même l'emporte, et que baptiser c'est plonger : ce fait, dis-je . est avoué unanimement par tous les théologiens de la Réforme, même par les réformateurs, et par ceux mêmes qui savoient le mieux la langue grecque et les anciennes coutumes tant des juifs que des chrétiens; par Luther, par Mélanchthon, par Calvin, par Casaubon, par Grotius, par tous les autres, et depuis peu encore par Jurieu, le plus contredisant de tous les ministres4. Luther même a remarqué que le mot allemand qui signifioit le baptême, venoit de là, et que ce sacrement étoit nommé a Tauf, » à cause de la profondeur, parce qu'on plongeoit profondément dans les eaux ceux qu'on baptisoit. Si donc il y a au monde un fait constant, c'est celui-là : mais il n'est pas moins constant, même par tous ces auteurs, que le baptême sans cette immersion est valide, et que l'Église a raison d'en retenir la coutume. On voit donc, dans un fait semblable, ce qu'on doit juger du décret de la communion sous une espèce, et ce qu'on y oppose n'est qu'une chicane.
En effet, si on a eu raison de soutenir le baptême sans immersiony à cause qu'en le rejetant il s'ensuivroit qu'il n'y avoit plus de bap
1, Ci-dessus, liv. III, liv. VI. — 2. Ibid., liv. IX.