Conc. Chai. y act. il; Labb., tom. IV, col. 325 et seq
2. Act. iv, col. 466 ?t seq. — 3. De fin. Ckalced., act. v, col. 561
s'il y manquoit quelque chose. » Ainsi la définition de ce concile n'a rien de nouveau, qu'une nouvelle déclaration de la foi des Pères, et des conciles précédents, appliquée à de nouvelles hérésies.
Ce qu'on fit alors à Chalcédoine, on l'avoit fait à Éphèse. On commença par y faire voir contre Nestorius, que saint Pierre d'Alexandrie, saint Athanase, le pape saint Jules, le pape saint Félix et les autres Pères avoient reconnu Jésus-Christ comme Dieu et homme tout ensemble, et par conséquent sa sainte mère comme étant vraiment mère de Dieu1; en sorte que saint Grégohe de Nazianze n'hésitoit pas à anathématiser ceux qui le nioient 2 : on renouvela la foi de Nicée, « comme pleinement suffisante » pour expliquer le mystère, et on montra que les saints Pères l'avoient entendu comme on faisoit à Éphèse ; on décida sur ce fondement « que saint Cyrille étoit défenseur de l'ancienne foi, et que Nestorius étoit un novateur qui devoit être chassé de l'Église. Nous détestons, disoit-on, son impiété: tout l'univers l'anathématise: que celui qui ne Panathématise pas, soit anathème 3. »
On vous dira qu'on n'entend parler que des Pères et des conciles, et que c'est trop négliger l'Écriture sainte. Détrompez-vous de cette erreur: loin de négliger par là l'Écriture, c'est le moyen qu'on prenoit pour en fixer l'interprétation, et ne varier jamais: on ne trouvoit point de plus sûre interprétation, que celle qui avoit toujours été publique et solennelle dans l'Église. Ainsi on faisoit gloire à Chalcédoine d'entendre l'Écriture sainte comme on avoit fait à Éphèse, et à Éphèse comme on avoit fait à Constantinople et à Nicée. Mais est-il vrai qu'à Nicée la foi de la Trinité fût encore « informe; » et qu'elle ne fut formée qu'à Constantinople, où l'on définit la divinité du Saint-Esprit? Il est vrai qu'on ne définit expressément à Nicée, que ce qui étoit expressément révoqué en doute; qui étoit la divinité du Fils de Dieu: car l'Église, toujours ferme dans sa foi, ne se presse pas dans ses décisions; et sans vouloir émouvur de nouvelles difficultés, elle ne les résout, par décrets exprès, qu'à mesure qu'on les lui fait: de sorte qu'on ne prononça aucun décret particulier sur la divinité du Saint-Esprit, dont on ne disputoit pas encore alors. Cependant, comme dit très-bier le concile de Chalcédoine 4, « la foi de la Trinité étoit parfaite; puisqu'après avoir déclaré qu'on croyoit au Père et au Fils, comme son égal; lorsqu'on disoit avec la même force et la même simplicité: Je crois au Saint-Ecprit, on nous apprenoit suffisamment à y mettre notre confiance, comme on la met en Dieu: mais parce que dans la suite on fit à l'Église une nouvelle querelle sur le Saint-Esprit, il en fallut déclarer plus expressément la divinité dans le concile de Constantinople; » non que la foi de Nicée fût « informe » et insuffisante : à Dieu ne plaise; mais afin de fermer la bouche plus expressément aux esprits contentieux.
En effet, il est bien certain que saint Athanase, qui étoit l'oracle dt
t. Conc. Eph., act. i, Labb., tom. III, col. 513.
2. Greg.Naz., Epist. ad Cledon, i, p. 738. — 3. Conc. Eph., act. i, col. 501.
k. Alloc. ad Marc. imp. Conc. Chalc, p. 3; Labb., tom. IV, col. 8?l
l'Église, avoit parlé aussi pleinement de la divinité du Saint-Esprit, qu'on fit depuis à Constantinople; et il fait voir clairement dans sa lettre où il expose la foi à l'empereur Jovien, que les Pères de Nicée en avoient parlé de même '. Aussi les Pères de Constantinople firent profession de n'exposer que la foi ancienne, dans laquelle tous les fidèles avoient été baptisés2. Par ce moyen, on n'innovoit rien à Constantinople: mais on n'avoit pas plus innové à Nicée. Saint Athanase a fait voir aux ariens que la foi de ce saint concile étoit celle dans laquelle a les martyrs avoient versé leur sang 3. » Ce grand homme avoit vu la persécution : il en restoit dans l'Église un grand nombre de saints confesseurs, avec qui il conversoit tous les jours, et personne n'ignoroit la foi des martyrs. Il démontre, dans un autre endroit, que la foi de la divinité de Jésus-Christ « avoit passé de Père en Père jusqu'à nous 4. » 11 prouve qu'Origène même, que les ariens vantoient le plus comme un des leurs, avoit très-bien expliqué la sainte doctrine sur ï'éternité et la consubstantialité du Fils de Dieu5. C'est a cette foi, dit-il6, qui a été de tout temps; » et c'est pourquoi, continue-t-il, o toutes les Églises la suivent (en commençant par les plus éloignées), celles d'Espagne, de la Grande-Bretagne, de la Gaule, de l'Italie, de laDalmatie, Dacie, Mysie, Macédoine; celles de toute la Grèce, de toute l'Afrique, les îles de Sardaigne, de Chypre, de Crète, la Pamphylie, la Lycie, Plsaurie, l'Egypte, la Libye, le Pont, la Cappadoce: les Églises voisines ont la même foi, et toutes celles d'Orient, à la réserve d'un très-petit nombre : les peuples les plus éloignés pensent de même; » et cela, c'étoità-dire non-seulement tout l'empire romain, mais encore tout l'univers. Voilà l'état cù étoit l'Église sous l'empereur Jovien, un peu après la mort de Constance; afin qu'on ne s'imagine pas que ce dernier prince pour avoir été défenseur des ariens, ait pu réduire l'Église à un petit nombre par ses persécutions: au contraire, poursuit saint Athanase, « tout Punivers embrasse la foi catholique, et il n'y a qu'un très-petit nombre qui la combattent. » C'est ainsi que l'ancienne foi et la foi des Pères s'étoit non-seulement conservée, mais encore répandue partout. Pour vous, disoit-il, ô ariens, « quels Pères nous nommerez-vous? » Il met en fait « qu'ils n'en peuvent produire aucun, ni nommer pour leur doctrine aucun homme sage, ni d'autres prédécesseurs que les Juifs et Caïphe 7. » Voilà comme parloit saint Athanase au commencement du quatrième siècle, dans le temps que la mémoire des trois premiers siècles étoit récente, et qu'on en avoit tant d'écrits que nous n'avons plus. Après que les ariens ont été condamnés par toute la terre, et que le fait de leur nouveauté, objecté en face à ces hérétiques par saint Athanase, a passé pour constant; nous serions trop incrédules et
1. Ath. expos, fid., 1. 1, pag. 100; Epist. Calk., orat. i et seq., cont. Arian. [>assim; Ep. i ad Serap., De Spir. S., tom. I, part. 2, pag. 5^8 et seq. ; ibid.. pag. 772; Ep. ad Antioch. Ep. ad Serap. m, iv ; ibid., pag. 691 et seq